‹ Hector Berlioz; la vie et le combat, les œuvresChapitre 33 sur 35 · LA PRISE DE TROIE I9I · texte numérisé non relu

LA PRISE DE TROIE I9I

qu^à moitié produit et qu'on le devine seulement avec la partition sous les yeux.

Au début du troisième acte, Papparition d'Hector à Enée et l'ordre qu'il lui donne de fuir ont été remarquablement rendus par Berlioz au moyen d'un récit vocal descendant lentement par demi-tons, tandis que les sons bouchés du cor donnent à la scène entière une teinte des plus sombres. Cette première partie me paraît mieux valoir que la deuxième, lorsque Enée et les chefs troyens courent se battre une dernière fois avant de gagner la mer. Les supplications des Troyennes embrassant l'autel de Cybèle et les furieuses exhortations de Cassandre forment une scène vraiment belle où les chœurs de femmes, écrits toujours à trois parties, ont une plénitude et une vigueur rares. Les violentes apostrophes de la divinatrice chassant les femmes lâches du temple sont admirablement soutenues par l'orchestre, et toutes les héroïnes succombant sous le nombre, lancent à la face de leurs vainqueurs ce dernier cri prophétique : Italie! Italie!

Cette belle partition, qui saisit à une première audition les personnes même les moins musiciennes, quand elles se donnent la peine d'écouter,

ne vaut cependant pas les Troyens à CarthagCy à ce qu'assurent ceux qui ont pu entendre cet-opéra presque autant de fois qu'on Pa donné. Que serait-ce donc si un théâtre lyrique quelconque, à défaut de POpéra, reprenait cet ouvrage trop vite oublié après une vingtaine de représentations et qui donna seulement à Berlioz la faculté de secouer le joug du critique et de vivre autrement qu'à coups de plume et de feuilletons !

M, Colonne a fait étudier cette partition difficile avec le soin religieux qu'il apporte à tout ce qui concerne Berlioz, et il est arrivé à un excellent résultat : son orchestre et ses chœurs marchent à merveille et semblent partager la foi de leur jeune chef. Il n'y a guère que deux solistes importants : Cassandre et Corèbe. M"® Leslino, qui débuta par Valentine à l'Opéra et que son ancien directeur de Marseille empêche dé continuer ses débuts à Paris, chante le rôle de Cassandre avec intelligence et sentiment, mais d'une voix sans portée dans le médium et assez forte dans le haut : le malheur est que le rôle est écrit presque constamment dans les cordes médianes. Chez M. Pasdeloup, c'est M°®Charton- Demeur, l'interprète préférée de Berlioz et la

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