‹ Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres;Chapitre 29 sur 85 · VOYAGE EN ALLEMAGNE. GRANDS CONCERTS A PARIS · texte numérisé non relu

VOYAGE EN ALLEMAGNE. GRANDS CONCERTS A PARIS

EPTEMBRE 1 842 : uiie date importante dans la vie et dans la carrière de Berlioz. Dans sa vie, parce que c'est l'époque oi^i, rompant les derniers liens d'une passion depuis longtemps éteinte, il se sépare absolument de sa femme et se crée un nouvel intérieur ; dans sa carrière, parce que c'est le temps où, las de toujours lutter sans pouvoir s'imposer au public français, il se retourne vers ces auditoires d'outre-Rhin qui faisaient si grand accueil à ses ouvrages et entreprend ses pérégrinations à l'étranger. Au commencement de l'année, les i*-'"" et i5 février, il avait donné deux séances aux Concerts-Vivienne avec le concours de Halle, le « foudroyant pianiste » ; il y avait répété toujours à peu près les mêmes compositions : Harold, la Symphonie fantastique, V Invitation à la valse, la Symphonie funèbre et triomphale, en ajoutant les deux fois un solo de violon joué par Alard avec accompagnement d'orchestre. Mais cette production laborieuse, intitulée Rêverie et caprice et composée en i83g pour son ami Artot, avait été reçue assez froidement, si bien que la Galette musicale elle-même avait traité ce petit morceau de « rêverie trop capricieuse ou de caprice trop rêveur » , en ajoutant que l'auteur, musicien chercheur et curieux, faisait souvent des trouvailles, mais était sujet, tout comme un autre, à s'égarer. Visiblement, Berlioz tournait dans le même cercle; il s'agitait sur place sans avancer, et s'il répondait toujours aux ovations que lui faisaient ses amis, s'il rencontrait un jour dans Paris une bande de conscrits qui revenaient de tirer au sort au Palais de Justice et qui défilaient en chantant le motif de la Symphonie funèbre et triomphale, il sentait bien que le vrai public demeurait en défiance et ne se dérangeait pas pour entendre des morceaux qui ne variaient guère. Il était temps pour Berlioz de changer ses batteries, et comme il recevait fréquemment de bonnes nouvelles de l'étranger, comme il apprenait encore au mois de mars que trois morceaux de son Requiem venaient d'être applaudis avec frénésie à Winterthur, en Suisse, il jugea que l'heure était venue de suivre le conseil de Schumann, et l'idée d'un prochain départ fut bientôt ancrée dans son esprit.

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Ce projet lui souriait d'autant plus qu'il voyait là le seul moyen d'en finir avec sa femme, dont la jalousie tracassière était devenue insupportable, encore qu'il évitât, dit-il, d'y donner prétexte. En se faisant plus blanc que neige, il se vante, assurément, car un ami de la première heure, un des confidents attitrés de Berlioz en matière amoureuse, a minutieusement analysé ce long supplice, ce détachement insensible de deux artistes unis dans un élan d'amour shakespearien, a Quand Berlioz épousa miss Smithson, écrit M. Legouvé dans ses Souvenirs, il l'aimait comme un fou; mais quant à elle, pour me servir d'un mot qui le jetait dans une sorte de fureur, elle l'aimait bien : c'était une tendresse blonde. Peu à peu^ cependant, la vie commune l'apprivoisa aux farouches transports de son lion, peu à peu, elle y trouva du charme, et bientôt enfin ce qu'il avait d'original dans l'esprit, de séduisant dans l'imagination, de communicatif dans le cœur, gagna si bien la froide fiancée, qu'elle devint une épouse ardente, et passa de la tendresse à l'amour, de l'amour à la passion, et de la passion à la jalousie. Malheureusement il en est souvent d'un mari et d'une femme comme des deux plateaux d'une balance ; ils se maintiennent rarement de niveau ; quand l'un monte, l'autre descend. Ainsi en arriva-t-il dans le nouveau ménage. A mesure que le thermomètre Smithson s'élevait, le thermomètre Berlioz baissait. Ses sentiments se changèrent en une bonne amitié, correcte et calme; mais en même temps éclatèrent chez sa femme des exigences impérieuses, des récriminations violentes et malheureusement trop légitimes. Berlioz, mêlé par l'exécution de ses oeuvres et par sa position de critique musical à tout le monde des théâtres, y trouvait des occasions de faillir qui auraient troublé de plus fortes têtes que la sienne ; en outre, son titre de grand artiste méconnu était un prestige qui changeait facilement .<ies interprètes en consolatrices. M"^ Berlioz cherchait dans les feuilletons de son mari les traces de ses infidélités ; elle les cherchait même ailleurs, et des fragments de lettres interceptées, des tiroirs indiscrètement ouverts, lui faisaient des révélations incomplètes, qui suffisaient pour la mettre hors d'elle-même, mais ne l'éclairaient qu'à demi. Sa jalousie retardait toujours »

Le chagrin, la jalousie, les scènes de ménage, et sans doute aussi l'habitude de boire, augmentant avec les ennuis, avaient précipité les ravages du temps chez miss Smithson, déjà trop âgée pour Berlioz quand il l'avait épousée. Plus elle vieillissait de visage, écrit encore M. Legouvé, plus elle rajeunissait de cœur, plus son amour s'accroissait, s'aigrissait, devenait une torture pour elle et pour lui, si bien qu'une nuit leur jeune enfant, qui couchait dans leur chambre, fut

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éveillé par de si terribles éclats d'indignation et d'emportement de la part de sa mère, qu'il se jeta en bas de son lit, et courant à elle : a Maman! maman! ne fais pas comme M'"'^ Lafarge! » Au mois de septembre 1S42, après avoir fait sortir à la dérobée et les paquets de musique et les bagages indispensables, Berlioz partait subrepticement pour la Belgique, en laissant à sa femme une simple lettre en guise d'adieu. Mais il ne partait pas seul; il emmenait avec lui certaine cantatrice, du nom de Martin-Recio ', qui avait su le prendre en ses rets, une grande personne sèche, extrêmement brune, aux yeux durs, à l'humeur difficile, et dont les prétentions de chanteuse eurent toujours le don d'exaspérer Berlioz. Après avoir débuté à l'Opéra, le 3o octobre 1841, par le petit rôle d'Inès, dans la Favorite, elle avait chanté Isolier, dans le Comte Ory, et, après chacune de ces tentatives, les journaux amis, comme la Galette musicale et les Débats, où Berlioz signait en toutes lettres, avaient atténué son échec en parlant de voix fraîche et d'intentions louables, en expliquant le manque de justesse et l'incertitude de la mesure par un tremblement ' bien explicable en présence d'un public aussi sévère. Elle avait, parait-il, les qualités requises pour bien porter le travesti, et Berlioz ne se tenait pas de lui en faire compliment, avant même qu'elle ne se fut montrée en page ; mais ces avantages physiques ne suffirent pas à charmer le public, car au bout de deux mois M""" Stoltz reprenait son rôle et M"" Recio quittait bientôt l'Opéra pour courir le monde avec Berlioz. En arrivant à Bruxelles, celui-ci trouva tout un orchestre recruté et déjà dressé par Snel, le directeur de la société royale de la Grande- Harmonie, si bien qu'il lui suffit d'indiquer quelques nuances pour tout vivifier de son feu personnel. Au premier concert, donné dans le local de la Grande-Harmonie (26 septembre), il fit entendre le prologue de Roméo, la Marche des Pèlerins, avec Ernst comme alto-solo, la Symphonie funèbre et triomphale. 11 avait eu la prudence de faire venir de Paris M"^" Wideman, qui avait souvent dit les strophes du prologue de Roméo, et M"" Recio soupira, « avec une expression mélancolique tout à fait touchante », la romance du Jeune Pâtre breton; après quoi les deux cantatrices se réunirent pour chanter le célèbre duo de Norma. A Bruxelles, pas plus qu'à Paris, les choses ne marchèrent tout droit, et quelques malveillants cherchèrent à entraver ce concert ; mais ces menées envieuses et maladroites, où Berlioz pensait retrouver la main de son vieil ennemi Fétis, demeurèrent sans résultat ~. Cependant il

1. M"" Recio, la mère, née Sothera ViUas-Recio, qui marqua touiours beaucoup d'affection à Berlioz, e'tait la veuve d'un commandant de la grande armée, nommé Martin, qui l'avait épousée en Espagne ; de là, pour la fille, le double nom de Martin-Recio.

2. Cette insinuation, qui se troijve dans vine correspondance adressée de Bruxelles à la Ga^et(ç

ne voulut pas partir sans avoir fait connaître aux Belges sa Symphonie fantastique ; il organisa donc une seconde séance, pour le g octobre, au temple des Augustins. Ce concert n'attira guère que ses partisans déclarés et Berlioz, grandement applaudi par ses amis, eut l'illusion d'un succès décisif, illusion encore accrue par les articles empha-

D'après une lithographii: (iSïg).

tiques de quelques journaux, de l'Éclair, par exemple, où certain critique alors très estimé, Zani de Ferranti, rédigea l'analyse la plus

musicale, et qu'on peut, sans invraisemblance, attribuer à Berlioz lui-même, fut vivement relevée par M. Edouard Fétis, qui e'crivait déjà, sous la signature XX., à l'Indépendant (la future Indépendance belge), et qui répliqua que Berlioz, au contraire, avait rencontré de toutes parts à Bruxelles la plus grande obligeance. « ... Il a voulu donner un grand concert aux Augustins ; le ministre, qui a refusé le même local à d'autres artistes, le Uii a accordé sans difficulté. Tous les élèves du Conservatoire (dirigé par Fétis) et les instruments appartenant à cet établissement ont été mis k sa disposition ; il n'a payé qu'une partie du formidable orchestre qui l'a secondé, lui qui sait ce que coûte le concours des artistes de Paris. Comment, après des services aussi récents, rendus avec tant de bonne grâce, a-t-il pu laisser publier en son nom qu'il avait été ici, comme à Paris, en butte aux menées envieuses çt maladroites de la malveillance ? » [Indépendant dii 20 octobre iS.|3.)

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enflammée et la plus propre à flatter l'auteur, en vantant chez lui le don supérieur de rendre visibles par la musique les scènes, les catastrophes, les hallucinations qu'il avait essayé de traduire : « Alors, disait le critique, qui ne s'est pas rappelé les paroles de Méphistophélès dans Gœthe : « Le seigneur Mammon n'illumine-t-il pas magni- « fiquement son palais pour cette fête ? Quel bonheur pour toi d'avoir « vu ceci ! » Je suis presque tenté de dire de même : « Berlioz n'a-t-il ce pas, par la magie de ses accords, éclairé d'une manière admirable « la scène déserte du sabbat et la sauvage bacchanale des sorcières? « Que je suis heureux d'avoir entendu, j'allais presque dire d'avoir vu « tout cela ! »

Quand il revint à Paris, Berlioz, par faveur insigne, obtint de glisser sa Symphonie funèbre et triomphale dans une représentation ordinaire de l'Opéra, le lundi 7 novembre, entre un acte de Gustave III et le ballet de Giselle. Il avait, pour un soir, fait la paix avec Habeneck, et chacun d'eux dirigeait un des grands orchestres nécessaires à l'exécution de la Symphonie, qui lui valut, parait-il, un succès triomphal, malgré l'infériorité numérique des chœurs'. Cinq jours après ce concert, une élection avait lieu à l'Académie des Beaux-Arts, dans la section de musique, et, sur le premier moment, Berlioz aurait eu, ce semble, l'intention de se mettre sur les rangs, car, dès le 3 avril, la Gaiette musicale le portait parmi les candidats qui se disputeraient le fauteuil de Cherubini ; mais s'il avait jamais caressé cette idée, il y renonça au moment décisif, et ce fut Onslow qui l'emporta sur Adam, après deux tours de scrutin. Quant à Berlioz, il bouclait sa valise et ficelait d'énormes ballots de musique, afin d'entreprendre la conquête musicale des pays d'outre-Rhin.

Son premier grand voyage ne comprit que l'Allemagne et dura de cinq à six mois. Dès le milieu d'octobre 1842, on annonçait son prochain départ pour Francfort ; mais il ne dut partir qu'en novembre et encore arriva-t-il à Francfort plus tôt qu'il ne pensait, après avoir presque brûlé Bruxelles et Mayence, où il avait projeté de faire un plus long séjour. Dans la première de ces villes, il aurait bien désiré,

I. Ici, il faut remarquer : i° Que Berlioz, dans ses Mémoires, avance d'un an son voyage en Allemagne, en le datant : 1841-1842 ; — 2° Qu'il confond en un seul festival, qui aurait eu lieu en 1840, les deux grands concerts qu'il donna à l'Opéra le i"' novembre 1840 et le 7 novembre 1842; — 3" Qu'il place la représentation du Freischût^, a. l'Opéra, après son retour à Paris, tandis qu'elle eut lieu un an et demi avant son départ pour l'Allemagne. Ces graves inexactitudes proviennent-elles simplement d'un manque de mémoire, ou faut-il y voir, avec M. Hippeau, l'intention bien arrêtée chez Berlioz de faire de l'ombre sur les années 1841 et 1842, pendant lesquelles il rompit avec sa femme et se lia ouvertement avec M"° Recio ? Il me parait plus juste et plus prudent de s'en tenir à la première hypothèse, car, dans la seconde, il aurait été bien naïf à Berlioz de ne pas prévoir que les allégations des Mémoires seraient tôt ou tard détruites soit par ses lettres ayant date certaine, soit par les entrefilets de la Galette musicale et des Débats

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sur l'avis favorable de Snel, donner un concert avec l'orchestre de la Grande-Harmonie, mais il ne voulut pas s'y risquer sans avoir le concours d'une chanteuse chère aux Bruxellois, M"'" Nathan-Treillet, qu'un malaise imprévu retint à Paris, et quand il fut à Mayence, il apprit qu'il n'y avait dans cette ville aucun des éléments indispensables pour la réussite d'un concert, ni orchestre, ni public, ni argent. Berlioz, doublement déconfit, partit pour Francfort. Là, du moins, il était sûr de pouvoir donner deux concerts, puisqu'il en était convenu d'avance avec le maître de chapelle, Guhr, et qu'on y avait déjà fait entendre avec succès son Roi Lear ; mais quelle ne fut pas sa déception lorsque Guhr, tout bouleversé de le voir arriver si tôt, lui dit qu'il n'y avait rien à tenter en fait de grande musique et de concerts tant que deux jeunes violonistes, les sœurs Milanollo, n'auraient pas fini de fanatiser le public ! Berlioz se consola comme il put de cette malchance en entendant chanter Fidelio par deux artistes de premier ordre, Pischek et M"'^ Capitaine ; il eut aussi le bonheur de retrouver là Ferdinand Hiller avec lequel il reprit aussitôt ses relations de bonne camaraderie, et, quelques jours après, il partait pour Stuttgart.

Il ne connaissait guère dans cette ville que le docteur Schilling, auteur de nombreux ouvrages théoriques et critiques sur l'art musical, excellent homme au demeurant, mais de chétive assistance pour l'organisation d'un concert ; alors, il prit le parti d'aller voir le maître de chapelle, le vieux Lindpaintner, qui le reçut à bras ouverts, lui donna de sages avis et le mit en rapport le soir même, au théâtre, avec ses futurs exécutants. Cet orchestre était excellent et comptait dans ses rangs un bon harpiste, l'oiseau rare en Allemagne à cette époque, ainsi que Berlioz avait déjà pu s'en convaincre ; de plus, les violons, presque tous élèves du célèbre Molique, étaient de premier ordre et toute cette troupe déchiffrait la musique la plus difficile avec un aplomb imperturbable : aussi, Berlioz n'eut-il qu'à se féliciter en faisant répéter la Fantastique, les Francs-Juges, la marche d'Harold, etc. Mais voilà qu'au jour solennel la moitié de ces incomparables violons lui manquent de parole ; le concert eut lieu quand même et l'exécution fut, sinon très puissante, au moins exacte et chaleureuse : à la fin, le roi, qui n'était nullement connaisseur, fit transmettre à Berlioz ses félicitations; Lindpaintner lui adressa quelques compliments sur son ouverture sans souffler mot du reste, et Molique aff"ecta de n'avoir rien compris.

L'excellent docteur Schilling avait-il reçu meilleure impression de toute cette musique ? Il n'en témoigna rien au compositeur ; il le recommanda néanmoins au prince de Hohenzollern-Hechingen, dont il était conseiller intime, et le prince, grand amateur de musique, enga-

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gea tout aussitôt le voyageur à lui faire visite dans sa petite principauté, sur les confins de la Forêt-Noire. Berlioz y arriva juste au moment des fêtes de la nouvelle anne'e 1848 ; il s'entendit vite avec le maître de chapelle Techlisbeck, pour approprier le Roi Lear, la Marche des Pèlerins, le bal de la Symphonie fantastique aux ressources restreintes de ce petit orchestre, et l'exécution marcha sans accroc trop grave, avec l'aide du souverain qui se tenait à côté du timbalier pour lui compter ses pauses et surveiller ses entrées. Et tous les invités d'applaudir, et le prince de le féliciter avec effusion ; mais, dès le surlendemain, Berlioz, si touché qu'il fût de cet accueil, reprenait sa route à travers la neige et regagnait Stuttgart, où il demeura quelques jours assez perplexe entre les divers chemins qu'il pouvait suivre... Une réponse favorable lui étant arrivée de Weimar, il remonta vers le nord et rallia d'abord Carlsruhe, puis Mannheim, où il trouva comme maître de chapelle un artiste plein de modestie et de talent : c'était le frère cadet du célèbre compositeur Lachner. Il eut bien vite fait d'organiser un concert où les trois premières parties à'Harold furent fort applaudies, et cependant Berlioz ne garda qu'un souvenir assez triste de cette ville endormie, en dépit du zèle affectueux de Lachner, malgré fe.xtrême amabilité de la princesse Stéphanie qui crut retrouver le calme heureux des nuits italiennes dans la Sérénade au milieu des Abruzzes : il lui tardait tant d'arriver à Weimar. Encore quelques tours de roue et le voilà de retour à Francfort, où il retombe dans les bras d'Hiller qui fait justement exécuter le lendemain sa Chute de Jérusalem et le convie à cette soirée ; mais Berlioz a bien le temps d'entendre de la musique. 11 vole à Weimar et surtout fuit sa compagne de voyage qui commençait à lui porter sur les nerfs en voulant toujours chanter de sa musique : a Plaignezmoi, mon cher Morel, écrivait-il justement de Francfort; Marie a voulu chanter à Mannheim, à Stuttgart et à Hechingen. Les deux premières fois, cela a paru supportable ; mais la dernière !... Et l'idée seule d'une autre cantatrice la révoltait ! »

Berlioz, exaspéré, pensait rompre les chiens à Francfort, et comme Hiller insistait pour qu'il vînt à son concert : « Impossible, répondit-il en des termes que Hiller a notés dans son carnet journalier, à la date du 16 janvier 1843. Impossible. Tu sais que je voyage en compagnie d'une cantatrice. Elle chante comme une chatte, ce n'est pas là le malheur ; le pis est qu'elle veut figurer dans tous mes concerts. Je vais d'ici à Weimar, nous y avons un ministre et il est impossible qu'elle m'accompagne, mais j'ai mon plan. Elle croit que je suis invité ce soir chez Rothschild. Je vais quitter l'hôtel à sept heures, ma place

est retenue à la diligence, mes malles sont prêtes, je pars et deux heures après, elle recevra par le maître d'hôtel une lettre l'informant de mon excursion. » Mais l'imprudent Berlioz, en s'inscrivant à la

Jules Janin. David d'Angers. Victor Hugo. Berlioz. P. Delaroclie.

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