‹ Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres;Chapitre 78 sur 85 · LES ŒUVRES DE BERLIOZ DANS LES CONCERTS DE PARIS · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES DE BERLIOZ DANS LES CONCERTS DE PARIS

ouR Berlioz, il s'est produit en France exactement le même retour d'opinion et de la même façon que pour Richard Wagner. C'est par les concerts, uniquement, qu'il s'est emparé, une fois mort, de la grande place à laquelle il avait droit en raison de son génie et qu'il avait vainement tenté de conquérir, au prix d'efîorts constamment répétés, tant qu'il avait vécu. Il peut donc être intéressant de suivre, programmes en main, les étapes de ce retour du public vers Berlioz et de voir comme elles se multiplièrent d'année en année jusqu'au triomphe définitif consacré par les bravos qui saluèrent la Damnation de Faust.

Berlioz a passé sa vie à donner des concerts et même, en dehors de ceux qu'il organisait lui-même, il a plus d'une fois trouvé dans certaines entreprises éphémères, comme les concerts de la Société de Sainte-Cécile ou ceux de la Société des Beaux- Arts, présidée par Félicien David, un accueil qui ne devait pas être absolument désintéressé. Ce n'est pas de ces concerts-là qu'il est utile de parler ; mais bien de ceux qui, en raison de leur solide établissement et de leur état prospère, pouvaient impunément ouvrir ou fermer leurs portes au grand compositeur. Et c'est précisément en voyant ces sociétés ou ces entrepreneurs faire à ses œuvres un accueil plus empressé de jour en jour, qu'on jugera bien des progrès de cette réparation complète, mais tardive.

La Société des Concerts du Conservatoire, avant la mort de Berlioz, ne lui avait guère ouvert ses portes que cinq ou six fois. En i8?3, le 14 avril, elle avait donné une ouverture du jeune musicien récemment revenu de Rome, l'ouverture de Rob-Roy, qui fut mal accueillie et qu'il n'hésita pas à sacrifier, sans la détruire à vraiment parler, mais en ne la faisant jamais rejouer ni graver; en 1849, le i5 avril, elle avait exécuté des fragments de la Damnation de Faust : le chœur et le ballet des Sylphes (avec soli par Alexis Dupont et Depassio), suivis de la Marche hongroise; en 1861, le 7 avril, elle donnait l'air de Méphisto, le chœur et le ballet des Sylphes, plus le double chœur des soldats et des étudiants, avec soli par Grisy et Cazaux — séance signalée par l'ovation que les artistes firent à Berlioz dans le foyer et qui eut le don d'exaspérer la presse hostile au compositeur ; — en i863, le 22 mars, M"i" Vandenheuvcl-Duprez et Viardot chantaient le nocturne de Béatrice et Bénédict, qui venait d'obtenir tant de succès à Bade l'année précédente ; en 1864, le 3 avril, la Fuite en Egypte était exécutée avec solo par M. Léon Achard; enfin, M. Warot rechantait le même morceau le dimanche de Pâques 1='' avril 1866. Un point, c'est tout.

Après la mort du maître, ce fut surtout par l'impulsion de M. Deldevez, — ■ dont Berlioz, vraisemblablement, n'aurait rien attendu de tel, tandis qu'il avait beaucoup espéré, mais vainement, de George Hainl, — que son nom revint souventefois sur les programmes de la Société. Non seulement la Fuite en Egypte et les fragments de

FrtîW? y reparaissent fréquemment, mais son ouverture du Carnaval i-omahi est exécutée (2 mars 187?), puis la marche des Pèlerins, à'Harold (3 avril 1874); l'ouverture des Francs- Juges (22 novembre 1874), le chœur de la Mort d'Ophe'lie (3 1 janvier 1875), les deux premières parties complètes de la Damnation de Faust (i3 février 1876) avec soli par MM. Bosquin, Bouhy et Auguez ; la Scène d'amour, de Roméo et Juliette (3 i décembre 1876), le même morceau, précédé de \si Fête cliei Capulet (10 février 1878); cinq parties de Roméo et Juliette avec solo du père Laurence par Auguez (5 janvier 1879), rejouées avec le Convoi de Juliette en plus (8 février 1880) ; enfin, l'ouverture du Co7-saire (5 décembre 1880). Depuis ce temps, la Société des Concerts n'a fait que répéter les morceaux précédents, sans rien donner de nouveau de Berlioz. Elle estime apparemment en être quitte avec lui pour le beau cadeau qu'elle a reçu de toutes ses partitions d'œuvres instrumentales ; mais on peut s'étonner, malgré tout, qu'elle n'ait pas cru devoir s'approprier la Sjymphonie fantastique et qu'elle n'ait jamais donné Roméo et Juliette absolument dans son entier.

Pour Berlioz, comme pour Wagner, comme pour Beethoven, Mozart, Haydn, pour tous les maîtres enfin de la musique, ce fut Pasdeloup le véritable initiateur. Par la fermeté de ses convictions, par la chaleur d'exécutions souvent imparfaites mais toujours impétueuses, il devait entraîner à sa suite plusieurs générations de mélomanes et renouveler le goût musical en France : il avait véritablement le feu sacré et le communiquait à ses innombrables auditeurs. Dès la première année des Concerts populaires, il exécutait avec succès l'ouverture du Carnaval romain (2 mars 1862), puis celle des Francs-Juges (22 janvier i865), le septuor des Troyens, avec M™= Charton- Demeur (7 mars 1866), — concert mémorable par les bravos que le public décerna à Berlioz dans la salle, après le morceau, et sur le boulevard, à la sortie du concert ; — enfin la Marche liongroise (19 janvier 1868), la Fête, de Roméo (16 mars 1868) et la Scène d'amour (5 avril). Mais il redoublait d'ardeur après la mort du maître et, malgré l'altitude souvent réservée, parfois tout à fait hostile, de son auditoire, il ne désespérait pas de faire apprécier quelque jour ces créations injustement méconnues.

Il exécutait Touverture du Roi Lear (14 novembre 1869), le menuet des Follets, la valse des Sylphes et la Marche hongroise, de la Damnation (9 janvier 1870), la Reine Mab, de Roméo (3o janvier), puis la Symphonie fantastique, dont il avait, par prudence, supprimé la Nuit de sabbat (23 février 1873), et qui reçut un accueil très froid, sans hostilité bruyante'. Le 2 5 octobre 1874, voici la marche des Pèlerins, d'Harold en Italie, le trio pour deux fiâtes et harpe, de l'Enfance du Christ (25 décembre 1875), tout Harold en Italie (9 janvier 1876), V Invocation à la Nature, de la Damnation, chantée par M. Maurel (3o janvier) ; le deuxième acte retranché des Trojyens à Carthage : Citasse royale et orage ,5 novembre). La Symphonie fantastique tout entière, avec le Songe d'une nuit de sabbat, était jouée le 3 1 décembre, et l'accueil chaleureux fait par le public à cette composition, que Pasdeloup devait faire réentendre quinze

I. C'est à propos de cette réapparition de la Symphonie fantastique, au moment où se dessinait un succès réparateur pour Berlioz, que surgit une dernière et violente protestation où semblaient reprendre corps toutes les attaques antérieures des Scudo, des Jouvin, des Azevedo, des Lasalle. Pour M. Victorin Joncières, qui consacra un feuilleton entier de la Liberté (10 mars 1873) à juger la composition de Berlioz, le premier morceau est xine véritable olla podrida, où toutes les sonorités, toutes les formules les plus disparates, sont froidement combinées de façon à produire une cacophonie imposante, propre à frapper l'esprit des personnes faciles à être impressionnées par la pose et le charlatanisme... Le Bal est d'un réalisme enfantin. La sonorité grêle de l'instrumentation rappelle le cliquetis agaçant des tableaux à musique, et l'analogie est d'autant plus frappante que certaines lacunes dans la mélodie sembleraient indiquer que les crans se sont rompus dans le mécanisme de la boîie; enfin, la Scène aux champs est un morceau champêtre, digne d'être pointé sur la serinette d'une bergerie de Nurem-

jours après, montrait que les temps de Berlioz étaient proches. Aussi Pasdeloup répétait-il à toute vapeur la Damnation de Faust, et comme il voulait absolument devancer M. Colonne, il en faisait chanter les deux premières parties, le 1 1 février 1877, avec MM. Talazac et Bonnehée comme solistes, et le dimanche suivant (i8 février), il exécutait l'œuvre entière avec les mêmes solistes, plus M"= Garnier dans Marguerite et M. Seguin dans Brander. Malheureusement, l'exécution se ressentit de la hâte des études et Pasdeloup ne put jouer qu'une fois ce chef-d'œuvre; après quoi, il termina la saison en donnant la seconde partie de l'Enfance dii Christ (avec solo par M. Caisso) et des fragments de la troisième partie du même ouvrage (soli par M"": Howe, MM. Caisso, Gailhard et Menu) au concert du vendredi saint 3o mars 1877.

Ensuite, et pour se rattraper de son échec, il faisait chanter deux fois la Damnation deFaust (3i mars et 7 avril 1878) par M'i'= Isaac, MM. Valdejo (Faust), Lauwers et Bonnehée (Méphisto) et Seguin (Brander) ; mais malgré tous ses efforts, et si souvent qu'il rejouât des morceaux du maître, en particulier la Symphojtie fantastique, on sentait que le vent avait tourné et que la grande mode était aux concerts du Châtelet pour Berlioz. Cependant il luttait toujours, avec désavantage, et le 23 novembre 187g il faisait chanter le premier acte de la Prise de Troie, les deux premiers actes le 3o novembre, enfin l'ouvrage entier le 7 décembre (Cassandre : M"<= Charton-Demeur; Ascagne: M"= Nadaud ; Hécube: M"= Rose Caron ; Enée : M. Stéphanne; Hélénus : M. Bolly; Corèbe : M. Piccaluga ; Panthée : M. Labis ; Priam et l'ombre d'Hector: M. Saint-Jean). Le vendredi saint 26 mars 1880, M"= Marie Tayau exécutait aux Concerts populaires la Rêverie et Caprice pour violon avec orchestre ; puis arrivèrent en mars 18S1 deux nouvelles auditions de la Damnation de Faust avec M.'^^ Rose Caron, MM. Léon Achard, Lauwers et Labis ; encore deux autres en novembre et décembre, avec M. Lhérie en place de Léon Achard ; le Dies irœ et le Tuba mirum du Requiem (vendredi saint 23 mars i883), enfin deux auditions très complètes de Roméo et Juliette, avec M""= Mauvernay, MM. Couturier et Thual comme solistes (9 et 16 mars 1884), — et là-dessus, Pasdeloup se retirait du champ, tout fier d'avoir pu rompre une dernière lance en l'honneur de Berlioz.

M. Colonne, outre le soin minutieux qu'il apportait à ses exécutions, eut, sur le pauvre Pasdeloup, un grand avantage : la clairvoyance. En présence de l'engouement dont le public se prenait pour Berlioz, il comprit vite que le temps était passé des morceaux isolés, des fragments détachés d'œuvres importantes, et qu'il fallait aviver encore et satisfaire le nouveau goût des amateurs pour cette musique en frappant des coups audacieux, en exécutant dans leur intégrité toutes les grandes compositions de concert du maître — et d'autres encore, une fois qu'on serait au bout de la série. Lui aussi, il avait bien, dans ses premiers concerts de l'Odéon, et pour ne pas effrayer le public, essayé de menus morceaux de Berlioz: la Valse des Sylphes (9 mars 1873), la Marche hongroise (6 avril), puis, au Châtelet, le trio des Jeunes Ismaélites (7 décembre), l'ouverture du Corsaire (i i janvier 1874) et la Marche troyenne (i" mars) ; mais

berg. La Marche au supplice trouve grâce aux yeux du jeune compositeur, tout secoué par cette phrase d'un réalisme poignant et prêt à convenir « que, lorsqu'il était véritablement ému, Berlioz, malgré son inexpérience des procédés de l'art musical, malgré la stérilité de son imagination, pouvait encore écrire de belles choses »; mais le plaisir que lui a causé ce dernier morceau ne l'empêche pas d'inviter Pasdeloup à ne plus rejouer de pareilles folies, qui feraient détester la musique et pourraient pervertir le goût du public : « Pas une lueur dans cette nuit noire, pas une apparence de plan, rien de ce qui constitue le style symphonique : le néant. Tout ici trahit l'indigence d'un cerveau épuisé par une désespérance précoce, voulant à tout prix créer du nouveau et s'en remeliant la plupart du temps aux combinaisons du hasard pour atteindre ce résultat. C'est en vain qu'on chercherait dans ce chaos une audace harmonique, une invention quelconque. Des sons ! des sons ! des sons ! »

dès le mois de janvier iS/5, le lo et le 17, il faisait chanter toute l'Enfance du Christ, avec M"»^ Galli-Marié (Marie), MM. Taskin (Hérode et Joseph), Prunct et Caisse (un récitant), Em. Louis (Polydore) et Maris (un centurion et un vieillard). Le 21 février 1875, il donnait le Bal, de la Sj^mphonie fantastique, et le 28 novembre, Roméo et Juliette en entier, avec soli par M"= Vergin, MM. Furst et Bouhy; l'ouverture des Francs- Juges (9 janvier 1876), celle du Carnaval romain [i^]din\\er 1877), le nocturne de Béatrice et Bénédict, par M"" Marie Dihau et Duvivier (28 janvier) et enfin, le 18 février 1877, '^ Damnation de Faust, chantée par M"<= Duvivier, MM. Prunet, Lauwers et Carroul.

L'exécution, beaucoup meilleure qu'au Cirque d'hiver, péchait cependant du fait de certains solistes; mais, Pasdeloup n'ayant pu jouer qu'une fois la Damnation, M. Colonne s'empressa d'appeler à lui M. Talazac, et, l'interprétation progressant de jour en jour, la Damnation, exécutée six fois de suite, acquit en moins d'un mois un succès retentissant. Ainsi commença cette fortune réellement prodigieuse et qu'on aurait cru réservée en France aux œuvres théâtrales, car il ne se passe pas d'hiver où l'on ne rejoué plusieurs fois ce chef-d'œuvre, et rien qu'aux Concerts du Châtelet, la Damnation en est présentement à sa 47= audition. M. Lauwers, le Méphistophélès en titre, n'a été remplacé qu'une ou deux fois par M. Claverie ou M. Beyle ; mais combien de ténors se sont succédé dans le personnage de Faust : MM. Villaret fils, Mouliérat, Lamarche, Stéphanne, Engel, Vergnet, Lubert, Clodio ; combien de basses dans Brander : MM. Luckx, Dethurens, Fournets, Jouhannet, Vernouillet, Ballard, Beyle ; et combien de mezzo-sopranos dans Marguerite : M'"=s Vergin, Caroline Brun, Ph. Lcvy, Durand-Ulbach, Tanési, puis — pour finir — M''-^ Krauss !

Dès la reprise des concerts, à l'automne, la Sy^nplionie fantastique entière était chaleureusement applaudie au Châtelet (28 octobre 1877); Mii= Duvivier chantait la Captive (25 novembre) ; enfin le 2« acte des Troyens : Chasse royale et orage, était exécuté le 17 février 1878. Quatre auditions solennelles et intégrales du Requiem, avec solo par M. Mouliérat, étaient données les 17, 24, 3i mars et 19 avril 1878; puis venaient les exécutions complètes de Roméo et Juliette, avec soli par M"° Vergin, MM. Villaret fils et Lauwers (2, 9 et 16 février 1879), et celles de la Prise de Troie avec M™" Leslino (Cassandre), P. Puget (Ascagne), Schad (Hécube), MM. Lauwers (Corèbe), Piroîa (Énée), Morini (Hélénus), Fontaine (Panthée), et Luckx (Priam et l'ombre d'Hector), 7, 14, 31 et 28 décembre 187g. Au premier concert de la saison suivante (17 octobre 1880), l'ouverture de Benvenuto Cellini obtenait un grand succès; puis on la redonnait le 21 novembre avec la romance du second acte du même opéra, chantée par M. Vergnet, et l'ouverture du Carnaval romain ^ Le 12 décembre arrivait l'ouverture du Roi Lear, et le vendredi saint i5 avril 1881, M. Colonne exécutait les trois morceaux réunis sous le titre de Tristia : le chœur Méditation religieuse, la ballade de la Mort d'Ophélie et la Marche funèbre pour la dernière scène d'Hamlet.

Le 6 novembre 1881, le programme annonçait tout V Episode de la vie d'un artiste, qui n'avait jamais été rejoué dans son entier à Paris depuis le concert donné par Berlioz au Conservatoire, le 9 décembre i832, à son retour de Rome, et la Symphonie fantastique était suivie du mélologue de Lélio, sans les tirades déclamées, mais avec M. Bos-

I. Dans un grand concert en plein air qu'il avait été chargé de diriger le soir du 14 juillet 1880, dans les jardins du Luxembourg, M. Colonne exécuta la Marseillaise, orchestrée par Berlioz, et la Marche des drapeaux, détachée du Te Deum : c'est la seule fois, croyons-nous, que ce dernier morceau ait été, depuis bien longtemps, entendu à Paris.

quin pour la ballade du Pêcheur et le Chant de bonheur ; M. Auguez pour la chanson du Brigand et MM. Saint-Saëns et Diémer pour la partie de piano dans la fantaisie sur la Tempête. Enfin, le 11 décembre 1881, dans un festival donné pour célébrer l'anniversaire de la naissance du maître, on chantait la ballade à trois chœurs et orchestre : Sara la Baigneuse, et tout le troisième acte des Trqyensà Carthage, avec M™^^ Brunet- Lafleur (Didon), Storm (Anna), Marie Dihau (Ascagne), MM. Bosquin (Enée), Auguez (Narbal), Delaquerrière (lopas) et Crépaux (Panthée). Le 22 janvier 1882, c'était le tour de la Symphonie funèbre et triomphale, et le 28 novembre 1886, M. Sauret exécutait la Rêverie et Caprice, pour violon et orchestre. Après quoi, M. Colonne, ayant épuisé la série entière des compositions de Berlioz qui se pussent produire au concert, devait se contenter de les répéter toutes, et très souvent, pour entretenir, exciter et contenter à la fois l'empressement du public.

M. Lamoureux, de son côté, se gardait bien de négliger Berlioz, encore qu'il fût venu trop tard pour aider au mouvement ascensionnel, et, dès ses deux premiers concerts (23 et 3o octobre 1881), car les programmes étaient alors identiques pour les deux séries d'abonnés, il donnait l'ouverture du Carnaval romain et le nocturne de Béatrice et Bénédict, chanté par M"" Hervix et Armandi ; puis il exécutait la Marche hongroise les 12 et 19 février 1882. Il s'en tenait à ces différents morceaux jusqu'au 3 février 1884, jour où il fit chanter la Damnation de Faust en entier, par M'"= Brunet-Lafleur, MM. Van Dyck, Blauwaert et Jouhannet: grand succès. Il la répéta en entier les trois dimanches suivants, puis en donna des fragments isolés et joua aussi, les 9 et 16 novembre, deux fragments à^Harold en Italie: la Marche des Pèlerins et la Sérénade d'un montagnard des Abruzzes à sa maîtresse. II faisait exécuter le trio pour deux flûtes et harpe, de l'Enfance du Christ (21 décembre), et redonnait trois auditions de la Damnation de Faust (28 décembre 1884, 11 et 18 janvier i885), qui portaient à 7 chez lui le total des exécutions intégrales. M"= Brunet-Lafleur chantait le récit et l'air de Didon au cinquième acte des Troyens, en même temps qu'elle soupirait le nocturne de Béatrice avec M"= Raunay (6 et i3 décembre i885) ; puis venaient l'ouverture des Francs-Juges (7 et 14 novembre 1886), et enfin la Symphonie fantastique, qui devait être un des grands succès de ces concerts (9 et 16 janvier 1887), sans atteindre au chiffre d'exécutions de l'ouverture du Carnaval romain, pour laquelle M. Lamoureux doit avoir un faible particulier, car il l'a sûrement jouée au moins quinze ou vingt fois en sept années : on pourrait avoir plus mauvais goût.

Voilà donc qui va fort bien, et Berlioz, aujourd'hui, a obtenu réparation pleine et entière, au moins dans les concerts : mais il conviendrait à présent de rejouer ses différentes créations dramatiques que le public connaît seulement de renommée. Et cependant comme il aimerait à voir représenter Benvenuto Cellini, comme ilferait fête aux Troyens à Carthage, à Béatrice et Bénédict ! La place de chacun de ces ouvrages serait nettement indiquée à l'Opéra ou à l'Opéra-Comique, et tant qu'on ne les aura pas remis en lumière, là réparation sera incomplète et l'hommage insuffisant. C'est le public qui a réhabilité Berlioz en indiquant clairement aux entrepreneurs de concerts de quel côté penchaient ses préférences et ses admirations; il appartiendrait donc au public de compléter cette glorification, qui est son œuvre, par de nouveaux bravos, mais il faut pour cela qu'on lui donne occasion d'applaudir le maître au théâtre, et tout dépend des directeurs, qui ne connaissent, en fait de musique, que le doux bruit des écus. Ah ! comme Berlioz avait raison de les mépriser, de les détester, de les honnir...! Et encore ne connaissait-il que ceux de son temps 1

CATALOaUE DES ŒUVRES MUSICALES, THÈORiaUES ET CRITiaUES DE BERLIOZ

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