‹ Hector ServadacChapitre 29 sur 47 · IC · texte numérisé non relu

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■- Que TOUS m'ouvriiv, monsieur Ben-Zouf i. >Page 215.)

— Ouvre, te dis-je ! »

Ben-Zouf obéit. Aussitôt Jsac Hakhabut, enveloppé de sa vieille houppelande, se précipita vivement dans la galerie. Le capitaine Servadac revint vers la salle centrale, et Isac le suivit en le poursuivant des qualilicalions les plus honorifiques.

« Que voulez-vous? demanda le capitaine Sarvadac, en regardant bien en face Isac Hakhabut.

— Ah ! monsieur le gouverneur, s'écria celui-ci, est-ce que vous ne savez rien de nouveau depuis quehiues heures ?

— Ce sont des nouvelles que vous venez chercher ici ?

AVENTURES D'HECTOR SERVADAC

dit Un. ;Pa^e m.)

— Sans doulo, monsieur le gouverneur, et j'espère que vous voudrez bien iii'apprendre...

— Je ne vous apprendrai rien, maître IsaCj parce que je ne sais rien.

— Cependant un nouveau personnage est arrivé dans la journée d'hier à la Terre-Chaude ?..

— Ah ! vous savez déjà ?

— Oui, monsieur le gouverneur! De ma pauvre tartane j'ai vu le you-you partir pour un grand voyage, puis revenir I Et il m'a semblé qu'on en débarquai! avec précaution...

— Kh bien?

— Eh bien, monsieur le gouverneur, n'est-il pas vrai que vous avez recueilli un étranger...

— Que vous connaissez ?

— Oh! je ne dis pas cela, monsieur le gouverneur, mais, enfin, j'aurais voulu...' j'aurais désiré...

— Quoi?

— Parler à cet étranger, car peut-être vient-il?...

— D'où?

— Des côtes septentrionales de la Méditerranée, et il est permis de croire qu'il apporte.. .

— Qu'il apporte?...

— Des nouvelles d'Europe !» dit Isac, en jetant un regard avide sur le capitaine Servadac.

Ainsi, l'obstiné en était là encore, après trois mois et demi de séjour sur Gallia ! Avec son tempérament, il lui était certes plus difficile qu'à tout autre de se dégager moralement des choses de la terre, bien qu'il le fût matériellement! S'il avait été forcé de constater, à son grand regret, l'appai'ition de phénomènes anormaux, l'accourcissement des jours et des nuits, la désorientalion de deux points cardinaux par rapport au lever et au coucher du soleil, tout cela, dans son idée, se passait sur la terre! Cette mer, c'était toujours la Méditerranée! Si une partie de l'Afrique avait certainement disparu dans quelque cataclysme, l'Europe subsistait tout entière, à quelques centaines de lieues dans le nord! Ses halMtanls y vivaient comme devant, et il pourrait encore trafiquer, acheter, vendre, en un mot commercer! La Hansa ferait le cabotage du littoral européen, à défaut du littoral africain, et ne perdrait peut-être pas au change! C'est pourquoi Isac Hakhabut était accouru sans retard pour apprendre à Nina-Ruche des nouvelles de l'Europe.

Cherchera désabuser Isac, à confondre son entêtement, c'était peine inutile. Le capitaine Servadac ne songea même pas à l'essayer. Il ne tenait pas, d'ailleurs, à renouer des relations avec ce renégat qui lui rJ'pugnait, et, devant sa requête, il se contenta de hausser les épaules.

Quelqu'un qui les haussait encore plus iiaul ([ue lui, c'était Ben-Zouf. L'ordonnance avait entendu la demande fornudée par Isac, et ce fut lui qui répondit aux instances d Hakhabut, auquel le capitaine Servadac venait de tourner le dos.

« Ainsi, je ne me suis pas trompé? reprit le trati([uanl, dont l'œil s'alkunait, l'n étranger est arrivé hier ?

AVENTURES D'HECTOR SERYADAC 210

— Oui, répondit Ben-Zouf.

— Vivant ?

— On l'espère,

— Etpuis-je savoir, monsieur Ben-Zout, de quel endroit de l'Europe arrive ce voyageur ?

— Des îles Baléares, répondit Ben-Zouf, qui voulait voir où en viendrait isac Hakhabut.

— Les îles Baléares! s'écria celui-ci. Le joli point de la Méditerranée pour commercer! Que j'y ai fait de bonnes affaires autrefeis! La Hnnsn éiait bien connue dans cet archipel!

— Trop connue !

— Mais ces îles ne sont pas à vingt-cinq lieues de la côte d'Espagne, et il est impossible que ce digne voyageur n'ait pas reçu et apporté des nouvelles d'Europe.

— Oui, Manassé, et il t'en donnera qui te feront plaisir!

— Vrai, monsieur Ben-Zouf?

— Vrai.

— Je ne regarderais pas.., reprit Isac en hésitant... non... certainement... bien que je ne sois qu'un pauvre homme... je ne regarderais pas à quelques réaux pour causer avec lui...

— Si ! tu y regarderais !

— Oui!... mais je les donnerais tout de même... à la condition de lui parler sans délai !

— Voilà! répondit Ben-Zouf. Malheureusement, il est très-fatigué, notre voyageur, et il dort !

— Mais en le réveillant...

— Hakhabut ! dit alors le capitaine Servadac, si vous vous avisez de réveiller qui que ce soit ici, je vous fais mettre à la porte.

— Monsieur le gouverneur, répondit Isac d'un ton plus humble, plus suppliant, je voudrais pourtant savoir...

— Et vous saurez, répli([ua le capitaine Servadac. Je tiens même à ce que vous soyez présent, lorsque notre nouveau compagnon nous donnera des nouvelles de l'Europe!

— Et moi aussi, Ezéchiel, ajouta Ben-Zouf, car je veux voir la réjouissante figure que tu feras ! »

Isac Hakhabut ne devait pas longtemps attendre. En ce moment, Palniyrin Rosette appelait d'une voix impatiente.

A cet appel, tous de courir au lit du protesseur, le capitaine Servadac, le comte Timascheff, le lieulenant Procope et Ben-Zouf, dont la main vigoureuse avait quelque peine à retenir Hakliabut.

Le professeur n'était qu'à demi éveillé, et probablement, sous l'influence de quelque rêve, il criait : « Eh ! Joseph ! Le diable emporte l'animal! Viendras-tu, Joseph ? ))

Joseph était évidemment le domestique de Palmyrin Rosette ; mais il ne pouvait venir, par la raison, sans doute, qu'il habitait encore l'ancien monde. Le choc de Gallia avait eu pour résultat de séparer brusquement et à jamais, sans doute, le maître et le serviteur.

Cependant, le professeur s'éveillait peu à peu, tout en criant :

(1 Joseph ! Satané Joseph ! Oii est ma porte?

— Voilàî dit alors Ben-Zouf, et voire porte est en si'u'eté ! »

Palmyrin Rosette ouvrit les yeux et regarda fixement l'ordonnance en fronçant ie sourcil.

« Tues Joseph? dit-il.

— Pour vous servir, monsieur Palmyrin, répondit imperturbablement Ben Zouf.

— Eh bien, Josepii, dit le professeur, mon café, et plus vite que cela!

— Le café demandé ! » répondit Ben-Zouf, qui courut à la cuisine. Pendant ce temps, le capitaine Servadac avait aidé Palmyrin Rosette à se relever à demi.

« Cher professeur, vous avez donc reconnu votre ancien élève de Cliarlemagne? lui dit-il.

— Oui, Servadac, oui! répondit Palmyrin Rosette. J'espère que vous vous èles corrigé depuis douze ans?

— Tout à fait corrigé ! répondit en riant le capitaine Servadac.

— C'est bien ! c'est bien! dit Palmyrin Rosette. Mais mon café! Sans café jias d'idées nettes, et il faut des idées nettes aujourd'hui ! »

Fort heureusement, Ben-Zouf arriva, apportant le breuvage en question, — une énorme tasse pleine de café noir, bien chaud.

La lasse vidée, Palmyrin Rosette se leva, quitta son lit, entra dans la salie commune, regarda d'un u'il distrait, et, finalement, se campa dans un fauteuil, le meilleur de ceux qu'avait fournis la /Joijri/na.

Alors, bien que son air fût encore rébarbatif, le professem-, d'un ton salislail qui rappelait les « ail right » , les « va benc » , les « nil desperandum m des notices, entra en matière par ces paroles :

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« Eh bien, messieurs, que dites-vous de Gallia? »

Le capitaine Seivadac, avant toutes choses, allait demander ce que c'était (jue Gallia, lorsqu'il fut devancé par Isac Hakhabut.

A la vue d'Isac, les sourcils du professeur se froncèrent de nouveau, et, avec l'accent d'un homme auquel on manque d'égards:

(c Qu'est-ce que cela? s'écria-t-il, en repoussant Hakhabut de la main.

— Ne faites pas attention,» répondit Ben-Zouf.

Mais il n'était pas facile de retenir Isac, ni de l'empêcher de parler, l'i revint donc obstinément à la charge, sans aucunement se soucier des personnes présentes.

« Monsieur, dit-il, au nom du Dieu d'.Vbraham, d'Israël et de Jacob, donneznous des nouvelles de l'Europe ! »

Palmyrin Rosette bondit de son fauteuil, comme s'il eût été mù par un ressort.

« Des nouvelles de l'Europe ! s'écriaf-îl. Il veut avoir des nouvelles de l'Europe !

— Oui... oui... répondit Isac, qui s'accrochait au fauteuil du professeur pour mieux résister aux poussées de Ben-Zouf.

— Et pourquoi faire? reprit Palniyrin Rosetlte.

— Pour y retourner !

— Y retourner! — A quelle date sommes-nous aujourd'hui? demanda le professeur en se retournant vers son ancien élève.

— Au 20 avril, répondit le capitaine Servadac

— Eh bien, aujourd'hui 20 avril, reprit Palmyrin Rosette, dont le front sembla rayonner, aujourd'hui, l'Europe est à cent vingt-trois millions de lieues de nous 1 »

Isac Hakhabut se laissa aller comme un homme auquel on viendrait d'arracher le cœur.

» Ah çà! demanda Palmyrin Rosette, on ne sait donc rien ici?

— Voici ce qu'on sait ! » répondit le capitaine Servadac.

Et, en quelques mots, il mit le jjrofcsseur au courant de la situation. Il raconta fout ce qui s'était passé depuis la nuit du 31 décembre, comment la Dohnjna avait entrepris un voyage d'exploration, comment elle avait découvert ce qui restait de l'ancien continent, c'est-à-dire quelques points de Tunis, de la Sardaigne, de Gibraltar, de Formentera, comment, à trois reprises, les documents anonymes étaient tombés entre les mains des explorateurs, comment enfin l'île Gourbi avait été abandonnée pour la Terre-Chaude, et l'ancien jjoste pour Nina- Ruche.

Palmyrin Rosette avait écouté ce récit, non sans donner quelques signes d'impatience. Lorsque le capitaine Servadac eut achevé :

« Messieurs, demanda-t-il, où croyez -vous donc être en ce moment ?

— Sur un nouvel astéroïde qui gravite dans le monde solaire^ répondit le capitaine Servadac.

— Et, suivant vous, ce nouvel astéroïde serait ?

— Un énorme fragment arraché au globe terrestre.

— Arraché! Ah ! vraiment, arraché! Un fragment du globe terrestre! Et par qui, par quoi arraché?. . .

— Par le choc d'une comète, à laquelle vous avez donné le nom de Gallia, cher professeur.

— Eh bien, non, messieurs, dit Palmyrin Rosette en se levant. C'est mieux que cela !

— Mieux que cela ! répondit vivement le lieutenant Procope.

— Oui, reprit le professeur, oui ! Il est bien vrai qu'une comète inconnue a heurté la terre dans la nuit du 31 décembre au 1" janvier, àdeux heures quarantesept minutes et trente-cinq secondes six dixièmes du matin, mais elle n'a fait que l'effleurer pour ainsi dire, en enlevant ces quelques parcelles que vous avez retrouvées pendant votre voyage d'exploration !

— Et alors, s'écria le capitaine Servadac, nous sommes?.. .

— Sur l'astre que j'ai appelé Gallia, répondit Palmyrin Rosette d'un Ion triomphant. Vous êtes sur ma comète! »

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