SCENE Vil
POLYMESTOR, HECUBE, AMPHISE LE CHŒUR, puis le corps de Polyxène, puis PYRRHUS.
POLYMESTOR, au chcBur, Pourquoi me tenez-vous? Ah! femmes I lâchez-moi,
Hécube, dévoilant le corps de sa fille. Voici mon cher trésor, regarde bien, ô roi !
POLYMESTOR
Oh! trahison! A moi? Pyrrhus! à moi mes gardes!
Hécube Regarde ce collier ensanglanté! regarde
L'or sanglant des cheveux! regarde bien, vieillard: C'est le dernier objet que verront tes regards.
POLYMESTOR
Que veux-tu donc?... Oh! non, pitié!
Voici le glaive Que je t'ai promis! Tiens! tiens!
Elle lui en crève les yeux.
POLYBIESTOR
Dieux! hélas! Achève!
Achève-moi!
Pyrrhus, survenant.
Que vois-je? O reine, qu'as-tu fait?
HÉCUBE, montrant sa fMe.
J'ai vengé cette enfant.
EUe s'agenouille près d'elle,
Pyrrhus! ahl quel forfait
Terrible I
Pyrrhus
Malheureux 1
PoLYMESTOR, marchant sur ses mains.
L'infernale Bacchante, Où donc est-elle? mains aveugles, mains sanglâmes, Saisi&sez-là! frappez! déchirez son vieux corps! Ah ! la saisir ! Marchez, mes mains, marchez encor ! chienne! de ton sang puissé-je me repaître!
Par tous les dieux! Pyrrhus, livre-la moi.
Eyrrhus
VU traître!
Me prends-tu pour un traître aussi fourbe que toi?
POLYMESTOR
Ah! douleur!
Pyrrhus
Je sais bien que tu souffres. Mais crois Qu'il souffre plus encor le cœur de cette mère.
Comment! tu la défends cette horrible étrangère. Cette ennemie! Et moi, Tas-tu donc oublié?
Je suis Fami des Grecs, je suis leur allié!
Ah! lâche roi, je veux qu'Agamemnon...
Pyrrhus
Silence !
Dans cette rude main je sens frémir ma lance: Prends garde!
Hécube, intervenant.
Non, Pyrrhus I Non, laisse! Inflige-lui Le supplice de vivre en son atroce nuit.
Qu'il erre sur ce sol tant convoité de Troie! L'hyène et le chacal fassent de lui leur proie Et que sa chair semée à tous les carrefours Souffre et veuille mourir et survive toujours ! O ma fille, ma fille, en ce matin funeste.
Mère, me disais-tu, si tu restes, je reste.
Et moi, pour abuser ton tendre désespoir.
Je t'ai dit: mon enfant, je te joindrai ce soir. Je ne puis me passer de toi, de tes caresses; J'ai promis de te suivre et je tiens ma promesse.
Elle se frappe^
Pyrrhus O dieux Il'infortunéel
Amphise
Ah ! reine ! affreux trépas !
Je vais revoir ma fille : enfant, ne me pfaîns pas. Et toi, dont Fâme noble a pitié d'une mère, Accorde-moi, Pyrrhus, une grâce dernière:
Qu'on porte nos deux corps dans cette ville en fei Fais-nous sur ce bûcher brûler toutes les deux, Que ma cendre mêlée à sa cendre chérie^ Nous ayons pour tombeau les murs de la patrie. Adieu, Pyrrhus; Amphise, adieu; puisse le ciel...
EUe expireS
Amphise Maîtresse!... Elle n'est plus. O sort! ô sort cruel!
Pyrrhus, au chœur,
A son suprême vœu, femmes, qu'on obéisse!
Hâtez-vous: la nuit vient; les vents nous sont propices Et 4éjà, balançant leurs voiles, nos vaisseaux Comme des cygnes purs s'élancent sur les flots.
Imp. J. DumodUn, rae des Grands-Angnstins, 5, Paris.