‹ Hécube: tragédie en trois actesChapitre 7 sur 23 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

HECUBE, LE CHŒUR, POLYMESTOR, AMPHISE

POLYMESTOR

Chère Hécube, aussitôt que je t'ai su captive, Mes pas se sont hâtés vers ces néfastes rives Et j'ai d'Agamemnon réclamé Tentretien.

Je voulais obtenir que tes champs phrygiens Fussent par sa faveur unis à mes provinces ' Et, crois-moi, je t'aurais, au départ de ce prince, Rendu ton territoire et ton rang souverain.

Mais, a-t-il soupçonné mon fidèle dessein?

Loin de me confier ton peuple, il t'en exile Et Polyxène meurt sur le tombeau d'Achille 1

Cruel Agamemnoii ! je l'ai prié, flatté,

Par un large tribut je l'ai même tenté.

La pitié, la raison, l'âge de l'innocente

Et, sur un cœur guerrier, l'ambition puissante,

Rien n'a su le convaincre et ni rien l'émouvoir:

Les Grecs accompliront leur funèbre devoir.

Et je venais ici, le pas lent, l'âme grave,

Quand j'ai sur mon chemin rencontré cette esclave.

Un tel meurtre par toi sera-t-il donc permis? Peux-tu voir égorger l'enfant de ton ami?

POLYMESTOR

Hé! que puis-je tenter contre toute une armée? Mes gardes, et toi-même, et cette fille aimée. Si je veux la soustraire aux Achéens sanglants. Vous seriez massacrés sur mon corps pantelant.

On dit que le désordre aux victoires succède ; De ce camp mal fermé, si tes gardes nous aident, Nous fuirons.

POLYMESTOR

Admettons pour juste ton avis:

Jusque dans mon palais nous serions poursuivis.

N'as-tu donc pas d'armée, ô roi, dans ton royaume Ou bien tremblerait-elle à l'aspect d'un fantôme?

La Victoire se donne au camp le plus nombreux : Les Grecs submergeraient mes Thraces valeureux Et, par vaine pitié de ta fille égorgée,

D'autres mères sans nombre au deuil seraient plongées?

Prîam raisonna moins quand tu Tas supplié; Ses offices déjà seraient-ils oubliés?

Lorsqu'un fier ennemi vint assiéger ta ville, Qui donc, quittant sa femme et son trône tranquille. Te secouruî? Qui donc a tranché cette mam Qui dirigeait un fer mortel contre ton sein?

Qu'il t'aimait! quelle foi te dévouait son âme! Quand nos fils furent morts, quand il vit que Pergame Chancelait, c'est à toi, de ses nombreux amis. Que le royal trésor par ses mains fut commis.

POLYMESTOR |

A garder ce dépôt mon palais est fidèle.

Chère Hécube, et jamais ne doute de mon zèle.

Hé! j'en doute si peu que je voudrais encor,

Ami, te confier le plus cher des trésors:

Oui, reçois Polyxène: elle est belle, elle est tendre Et les sages vieillards se taisent pour l'entendre. Pyrrhus, elle le sait, a demandé sa main, Mais elle ignore encor pour quel funèbre hymen: Garde donc d'en parler devant elle.

Non, reine, Laisse, je ne veux pas la voir.

Qu'elle survienne Et parle et te supplie et, mon cœur en est sûr, Tu céderas, sensible à son charme si pur.

PoLYMESTOR

Hé bien, je vais penser à ce que tu demandes Et demain...

C'est ce soir qu'ils font Thorrible offrande!

POLYMESTOR

Il faut que de leur camp j'inspecte le pourtour. Patiente: avant peu, je serai de retour.

Ah! je le savais bien que ton âme était bonne! Hécube et son enfant à tes soins s'abandonnent. Amphise, appelle-la: que d'un tendre merci Ce roi récompensé...

Ampuise

Maîtresse, la voici!

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