SCENE V HECUBE, LE CHŒUR
Vous, des guerriers troyens, veuves infortunées,
Vous, .vierges, qu'on destine à d'impurs hyménées,
Au sceptre de Priam appuyée, autrefois
En l'honneur de nos dieux, je dirigeais vos voix
Et vos danses au son des phrygiennes lyres.
Mais il n'est plus de jeux pour nous, ni de sourire.
Pleurons et lamentons et que vos chants plaintifs^
Disent Pergame en cendre et nos lares captifs.
Une vierge
Grecs^ nous avons, devant nos portes, Trouvé votre énorme cheval :
Empli d'invisibles cohortes, Qu'il nous devint fatal !
Vers nos autels, comme une offrande Propice à nos combats futurs, Traînons-le! Sa taille est trop grande?
Faisons brèche à nos murs!
L'ennemi caché nous observe Et se flatte et se réjouit, Quand, jusqu'au temple de Minerve, Le cheval est conduit.
Au seuil du portique on le laisse, Ce colosse affreux et sournois.
Et, confiants en la déesse.
Nous rentrons sous nos toits.
Une veuve
C'était dans la nuit ténébreuse, Après le doux repas du soir
Où mon époux, ma race heureuse Etaient venus s'asseoir.
Déjà, d'une légère bouche, J'avais baisé le front vermeil De mes enfants et, dans leur couche, Contemplé leur sommeil.
Otant de sa pique une hampe Brisée au dur combat du jour, Mon héros, au clair de la lampe.
Me souriait d'amour.
Et, devant le miroir fidèle, Pour la nuit formant mes cheveux.
Je voyais jaillir l'étincelle Du désir dans mes yeux.
Une vierge Soudain un bruit s'élève et gronde :
Les Grecs franchissent nos remparts Et cette troupe furibonde Accourt de toutes parts.
Une veuve
De mon lit je sors et m'élance, Le corps d'u^i seul voile vêtu, Hélas! et je vois sous la lance Mon époux abattu.
Il n'est plus d'enfant qui se joue Et rie, et chante à mon côté:
Laissez-moi déchirer ma joue D'un ongle ensanglanté.
Une vierge Loin des bords où j'ai pris naissance, Les nefs vont cingler d'un vol prompt Et, sur la molle intumescence Des mers, m'emporteront