SCENE I POLYXENE - POLYMESTOR, survenant
POLYXÈNE
Hé bien, quelle réponse, ô roi, viens-tu nous faire? En même temps que moi peux-tu sauver ma mère? Mais voici ton regard qui se détourne encor:
Je he sais quel secret, quel redoutable sort Se cache dans ces yeux, se tait dans ce silencp Je ne suis déjà plus dans la timide enfance:
Parle. Digne d'Hector et de mon sang divin, Je saurai, quel qu'il soit, soutenir le destin.
POLYMESTOR
Crains cette vérité dont mon âme s'étonne.
POLYXÊNE
Aurait-elle l'aspect terrible de Gorgone, Montre-la mol.
PoLYMESTOR, comme parlant à soi-même.
Faut-il à ce vœu consentir?
Devant sa fille, Hécube a préféré mentir; Mais rheure inévitable avance et je suis lâche. Si je laisse une mère accomplir cette tâche.
POLYXÈNE
Quel malheur va jaillir de tes sombres discours?
POLYMESTOR
La couché de Pyrrhus ne veut pas ton amour:
C'est la tombe d'Achille où tu seras menée!
POLYXÈNE
Grands dieux! que m'as-tu dit? quelle est ma destinée?
POLYMËSTOR
Je te dis que ce soir, sur son cruel tombeau, Les Grecs t'immoleront aux mânes du héros.
POLYXÈNE
Quoi I Ton veut que je meure : ah ! que je plains ma mère I
Sans moi, que fera-t-elle en une île étrangère?
J'étais seule à calmer ses pleurs de mes baisers.
Et que de maux encor ma fin va lui causer î
mère, seras-tu par ta fille laissée?
Le meurtrier d'Hector me veut pour fiancée:
Qui donc approuverait cet hymen criminel?
Ami des heureux jours, cher hôte paternel,
A la haine des Grecs ne peux-tu me soustraire?
N'avais-tu pas promis mon salut à ma mère?
POLYME'STOR
On n'agit pas toujours selon sa volonté.
POLYXÈNE
Hé bien! que l'un d'entre eux tente de m'emporter,
Celui-là connaîtra la reine de Pergame
Et la force qu'Amour donne aux plus faibles femmes:
Malgré que tout l'Olympe à ces Grecs semble jointr Tant qu'Hécube est vivante, ils ne me prendront point.
POLYMESTOR
Qu'elle ose te défendre, elle y perdra la vie, Et de ta prompte mort, sa mort sera suivie.
Ah! si ton cœur vraiment l'aime comme tu dis, Qu'à l'exemple d'Hécube il devienne hardi Et, la sauvant ainsi d'un trépas inutile.
Sans elle, marche libre à la tombe d'Achille.
POLYXÈNE
Si ma mort préservait des jours si précieux, Combien sous le couteau mon cœur serait heureux! Mais, pour ce front déjà qui penche vers la terre. C'est un joug trop pesant qu'un exil solitaire.
Hécube ne vivrait pas seule.
— oo —
POLYXÈNE
Que dis-tu?
POLYMESTOR
Si leurs funèbres soins ne sont pas combattus Et si ta mère aux Grecs abandonne tes cendres, Ils lui ramèneront Laodice et Cassandre.
PoLYXÈNE
En es-tu bien certain?
POLYMESTOR
Pyrrhus me Ta promis.
POLYXÈNK
Quel serment t'a juré ce cruel ennemi?
POLYMESTOR
Sur son sceptre tenant la main droite immobile Il a pris à témoin TOmbre même d'Achille.
POLYXÈNE
Puisqu'il en esl ainsi, puisque mes teriSres sœurs Doivent me remplacer près d'une mère en pleurs, Je ne veux pas défendre, au péril de la sienne, Ma vie, et je mourrai, digne d'elle, en Troyenne.
Il en est temps; fuyons de sa présence. Viens.
POLYXÈNE
Hé quoi! tu veux briser ainsi de tels liens!
Crains-tu devant ses yeux que lâchement je pleure* Ou n'oses-tu, parlant de tes sûres demeures, Lui feindre que ma fuite...