‹ Hécube: tragédie en trois actesChapitre 9 sur 23 · SCENE I POLYXENE - POLYMESTOR, survenant · texte numérisé non relu

SCENE I POLYXENE - POLYMESTOR, survenant

POLYXÈNE

Hé bien, quelle réponse, ô roi, viens-tu nous faire? En même temps que moi peux-tu sauver ma mère? Mais voici ton regard qui se détourne encor:

Je he sais quel secret, quel redoutable sort Se cache dans ces yeux, se tait dans ce silencp Je ne suis déjà plus dans la timide enfance:

Parle. Digne d'Hector et de mon sang divin, Je saurai, quel qu'il soit, soutenir le destin.

POLYMESTOR

Crains cette vérité dont mon âme s'étonne.

POLYXÊNE

Aurait-elle l'aspect terrible de Gorgone, Montre-la mol.

PoLYMESTOR, comme parlant à soi-même.

Faut-il à ce vœu consentir?

Devant sa fille, Hécube a préféré mentir; Mais rheure inévitable avance et je suis lâche. Si je laisse une mère accomplir cette tâche.

POLYXÈNE

Quel malheur va jaillir de tes sombres discours?

POLYMESTOR

La couché de Pyrrhus ne veut pas ton amour:

C'est la tombe d'Achille où tu seras menée!

POLYXÈNE

Grands dieux! que m'as-tu dit? quelle est ma destinée?

POLYMËSTOR

Je te dis que ce soir, sur son cruel tombeau, Les Grecs t'immoleront aux mânes du héros.

POLYXÈNE

Quoi I Ton veut que je meure : ah ! que je plains ma mère I

Sans moi, que fera-t-elle en une île étrangère?

J'étais seule à calmer ses pleurs de mes baisers.

Et que de maux encor ma fin va lui causer î

mère, seras-tu par ta fille laissée?

Le meurtrier d'Hector me veut pour fiancée:

Qui donc approuverait cet hymen criminel?

Ami des heureux jours, cher hôte paternel,

A la haine des Grecs ne peux-tu me soustraire?

N'avais-tu pas promis mon salut à ma mère?

POLYME'STOR

On n'agit pas toujours selon sa volonté.

POLYXÈNE

Hé bien! que l'un d'entre eux tente de m'emporter,

Celui-là connaîtra la reine de Pergame

Et la force qu'Amour donne aux plus faibles femmes:

Malgré que tout l'Olympe à ces Grecs semble jointr Tant qu'Hécube est vivante, ils ne me prendront point.

POLYMESTOR

Qu'elle ose te défendre, elle y perdra la vie, Et de ta prompte mort, sa mort sera suivie.

Ah! si ton cœur vraiment l'aime comme tu dis, Qu'à l'exemple d'Hécube il devienne hardi Et, la sauvant ainsi d'un trépas inutile.

Sans elle, marche libre à la tombe d'Achille.

POLYXÈNE

Si ma mort préservait des jours si précieux, Combien sous le couteau mon cœur serait heureux! Mais, pour ce front déjà qui penche vers la terre. C'est un joug trop pesant qu'un exil solitaire.

Hécube ne vivrait pas seule.

— oo —

POLYXÈNE

Que dis-tu?

POLYMESTOR

Si leurs funèbres soins ne sont pas combattus Et si ta mère aux Grecs abandonne tes cendres, Ils lui ramèneront Laodice et Cassandre.

PoLYXÈNE

En es-tu bien certain?

POLYMESTOR

Pyrrhus me Ta promis.

POLYXÈNK

Quel serment t'a juré ce cruel ennemi?

POLYMESTOR

Sur son sceptre tenant la main droite immobile Il a pris à témoin TOmbre même d'Achille.

POLYXÈNE

Puisqu'il en esl ainsi, puisque mes teriSres sœurs Doivent me remplacer près d'une mère en pleurs, Je ne veux pas défendre, au péril de la sienne, Ma vie, et je mourrai, digne d'elle, en Troyenne.

Il en est temps; fuyons de sa présence. Viens.

POLYXÈNE

Hé quoi! tu veux briser ainsi de tels liens!

Crains-tu devant ses yeux que lâchement je pleure* Ou n'oses-tu, parlant de tes sûres demeures, Lui feindre que ma fuite...

Page 1