CONCLUSION
L'idée mère de la doclrine de Uégcl , le but qu1l poursuit de tous sesefforts, c'est Tunîté. Son histoire de la philosophie tout entière, sa polémique si rigoureuse et si originale contre les systèmes contemporains, ne sont qu'une croisade contre le dualisme , qu'il nomme le ver rongeur delà philosophie. Presque tous les systèmes ont prétendu à l'unité, mais c'était une unité abstraite , ex-^ clusive, une moitié du dualisme, qui laissait subsister horsd'elle-mémel'autre moitié. Le système de Condillac est un, mais seulement parce qu'il ne tient compte que d'un ordre de faits. Le panthéisme de Spinosa est un aussi , parce quil se renferme dans sa substance morte, son dieu pétrifié, sans s'inquiéter de la vie et de la variété de l'univers. Ce n'est pas ainsi que Hégel pouvait comprendre l'unité. L'unité pour lui devait étreabsolne, et par conséquent ne rien laisser an-dehors d'elle ; pour dompter le dualisme, elle devait le renfermer dans son
propre sein, et c'est là ce qui explique cette définilion
qui, au premier abord , peut paraître singulière et même barbare: la vérité, Dieu, ^ est Fidentité de Fidentilé ( abstraite) et de la non identité (le dualisme, la différence). On yoit que toute la valeur scientiGque de la doctrine de Hegel doit dépendre du rapport proportionnel qu'il a établi entre ces deux élémens. A-t-il tenu la balance d*une main ferme? est-il arrivé à la neutralité parfaite ? C'est sur ce point que nous allons essayer d'exposer nos doutes, et nous nous servons à dessein de cette expression, car, quoique nous soyons aussi peu disposés que qui que ce soit à jurer sur la parole du maître, nous croyons aussi qu'en présence de ces'monaments scientifiques, qui sont le résultat d'une vie tout entière de labeur et de génie, on ne saurait trop se garder d'un jugement prématuré, surtout quand il faut arriver aux idées à travers une langue étrangère, et une terminologie hérissée de difficultés. 11 est donc bien entendu que nous ne pouvons avoir la prétention de juger en dernier ressort la philosophie de Hegel, et ces réserves faites, quelle que soit la valeur de notre opinion , nous allons Fexposer franchement et' sans arrière-pensée.
Le nom même d'idéalisme absolu qu'Hegel a donné à sa doctrine, semble renfermer un aveu implicite que le problème de ridentification de l'idéal et du réel, n'a pas été résolu complètement. Si Tidéal domine, si l'absolu défient le prédicat de l'un des termes à l'exclusion de l'autre, la synthèse ne peut être absolue elle-
tnème. Cette prédominance de Tidéal sur le réel , nous la verrons se reproduire sous toutes les formes dans rarchitectonique du système^ Ce sera tour-à*tour : dans 'la logique, la prédominance de Tidentité abstraite surla différence ; dans la philosophie de la nature, la suhor-^ dination de Texpérience à la synthèse à pnort; dans le droit naturel , l'individu disparaissant devant l'état ; dans la religion , les faits sans valeur devant l'idée, Dieu absorbant le monde, Timmortalité de l'âme admise substantiellement et non personnellement , et enfin dans l'histoire, la nécessité étouffant la liberté, et les individus condamnés au rôle presque passif d'instruments. Dans la logique, cette inclinaison d'un des plateaux de la balance est beaucoup plus difficile à constater que partout ailleurs. Outre la difficulté qu'il y a à sui« vre Hegel, dans ce pur royaume des abstractions, où . l'air manque à l'âme pour soutenir ses ailes, la logique est, en quelque sorte, une équerre que Hegel commence à fabriquer, pour l'appliquer ensuite à toutes les parties de son système. Or, il faut un coup-d'œil bien exercé pour apercevoir dans l'instrument une légère irr^ularité ; mais prolongez les lignes , qui d'abord TOUS semblaient exactement parallèles, et vous aurez un angle dont les côtés vont se fuir indéfiniment. Cependant, même dans la logique, ce prodige de patience et de génie, on s'aperçoit de la lutte acharnée que Hegel a sans cesse à soutenir. A tout instant, l'identité
menace d'engloutir la différence, il a beau agrandir le "vase où il mêle les éléments , toujours le liquide bouillonne et déborde. L'on diraitquelquefois,que, de guerre lasse, Hegel est prêt à avouer sa défaite; deux ou trois* fois il s'écrie : «Les différences ne sont qu'un jeu, l'iden- » tilé seule est réelle. » Mais bientôt son énergie renaît, et cet Hercule de la pensée recommence à lutter avec l'hydre, entasse chef-d'œuvre sur chef-d'œuvre, et donne au monde un spectacle plus beau peut-être que l'homme luttant contre l'infortune : l'homme luttant contre l'erreur.
Considérée comme présentant dans un ensemble organique la totalité de nos concepts, leur filiation, leur subordination réciproque, il n'y aura qu'une voix pour proclamer la logique de Hegel , un des plus beaux monuments de l'esprit philosophique, un prodige d'analyse. Cette subtilité, cette délicatesse de discernement, n'est accessible qu'à des esprits eux-mêmes profondément analytiques, et Schelling qui, malgré son. immense génie, est peu compétent en fait de méthode, a commise notre avis une grande injustice, en affirmant que la logique de Hegel, a exaltée outre-mesure par des esprits bornés, est un voyage sur des pointes d'épingle. » Mais, comme on le sait déjà, Hegel a répudié pour la logique ce rôle purement formel , et l'identifiant avec la métaphysique, il a voulu voir dans les lois de la pensée, l'essence même des choses. Ici le principe théorique,
en roeltant même de côléles conséqaeoces qa*il renferme, devait soulever, et les répugnancesduseDSComman,et de nombreuses objections scientifiques. Nous sommes bien loin de donner aux inclinations ou aux répulsions instinctives des masses une valeur absolue ; mais qaand il s'agit de ces faits primitifs» qui sont la racine de l'esprit humain» le témoignage de la conscience collective doit se trouver avec la spéculation dans le rapport de Texpérimenlation à la théorie.
Hegel a la prétention de tout déduire d'un principe unique» qui, se prouvant par lui-même» est en dehors de toute contestation; mais ce principe qui doit tout rendre clair » est lui-même la chose du monde la plus obscure , le mystère le plus étrange. L'être pur est identique au néant» il est Tabsolu» vide de toute différence» et cependant tous les êtres doivent sortir de ce néant par une série de négations. Hais de deux choses Tune» ou l'être est une abstraction vide comme le dit Hegel » et alors la négation ne saurait en rien tirer» ou il est déjà concret» et, dans ce cas» toute la doctrine devient une hypothèse qui ne s'appuie sur rien. Cette objection^ que nous croyons sans réplique» n'est pas nouvelle » elle s'applique à tous les systèmes qui cherchent leur point de départ ailleurs que dans la psychologie. C'est ce que sentit très bien Descartes, dont le bon sens égalait le génie; il aima mieux faire son admirable cercle vicieux » que de bâtir dans les nuages.
L'ètrc-néant met à une rade épreove la foi des adeptes de ridéalistne absolu ; mais ce n'est pas le seul mystère du symbole de Hegel, et si Ton veut arriver à la science universelle, il faut encore accorder :
Que les deux abstractions dêtre et de non-être se mettent en mouvement pour produire le devenir;
Que les différences existent au sein de l'identité sans en altérer la pureté;
Enfin, qu'au sein de cette identité, positif et négatif ont la même valeur.
Si on est doué d'un esprit assez spéculatif pour admettre ces quelques principes, grâce aux ressources que fournit la langue allemande pour franchir les transitions scabreuses, l'idée poursuit peut-être, sans encombre, son mouvement antonomique tant qu'elle reste dans le domaine de la logique pure ; mais quand il s'agit d'arriver à la nature , à la réalité , le fil se rompt, et une nouvelle hypothèse devient nécessaire. Je pense ce corps , mais en même temps , je le vois, je le touche , la substance m'est donnée par la raison , mais le phénomène , je ne pais le connaître à priori. Mettez le phénomène aussi bas que vous voudrez, faites-en une pure négation de l'essence, toujours est-il que cette négation ne vous est pas donnée à priori, et suppose l'intervention d'un nouveau principe. La nature, dit Hegel, n'est autre chose que l'idée dontles différents
moments acquièrent une existence indépendante^ soit ; mais pourquoi Tidée qui Jusqu'alors, était restée dans l'unité, ou du moins, dont les différences n'avaient été qu'idéelles, arrive-t-elle à ce morcellement? Pourquoi maintenant se révèle-telle aux sens, tandis que, précédemment, elle n'existait que pour Tesprit. Nous savons bien que cette rupture du fîl dialectique n'est point particulière au système de Hegel; un grand nombre de philosophes se perdent dans ce problème, ou se contentent de poser, comme un fait primitif, ce passage du rationnel au réel, et toutes les religions regardent le commencement de la nature comme un impénétrable mystère; mais Hegel s'était chargé de jeter un pont sur Tabime, et ce pont c'est un mot, une formule, qui laisse subsister le problème dans toute son intégrité. Adaiettons, pour un instant , qu'il soit résolu , nous aurons alors ridentité de la nature et de l'esprit, et nous ne pourrons échapper au panthéisme, accusation que Hegel considère toutefois comme infamante, et contre laquelle il se révolte avec un ton si tranchant qu'on ne peut le pardonner qu'au génie. Nous ne voudrions pas que ces accusations de panthéisme fussent une espèce de talisman destiné à évoquer la peur, un mot magique qui dispense de raisonner; mais lorsque c'est au nom et avec les armes de la raison, qu'on attaque un système exposé dans sa totalité , et qui a déjà produit ses principales conséquences , vou-
loir ÎDterdire reiamen à un point de vae quel qu*îf soit, c'est exclure toute liberté scientifique au nom de cette même liberté. En prononçant le mot de panthéisme, dit Hegel, on ne sait même pas ce que Ton dit ; le panthéisme serait une divinisation des êtres particuliers, collectivement pris , tandis que les systèmes qu'on flétrit de ce nom , celui de Spinosa , par exemple , sont au contraire, une négation du fini, un acbsmisme. Hegel insiste si souvent sur cette distinction , qu'il semblerait, au premier abord, que c'est seulement à ce point de vue qu'il ne yeut pas être panthéiste, et on pourrait le lui accorder d'autant plus facilement que, dans le sens étymologique, le panthéisme n'existe nulle part que nous sachions ; pas plus dans l'Inde que chez Spinosa. Le fétichisme est la plus grossière des religions connues , et cependant elle serait encore au-dessus du panthéisme ainsi compris, car, chez le sauvage, ce n'est pas le fétiche , en tant que tel , qui est l'objet du culte, mais le principe divin qui se révèle spécialement en lui. Ainsi donc , cette distinction pourrait être ramenée à un abus de termes , abus incontestable sans doute , mais tellement inTétéré , que Hegel lui-même, dans tous ses ouvrages, ne cesse de parler du panthéisme de Spinosa. Cette discussion de mots écartée, Hegel est panthéiste, panthéiste au même titre que Spinosa et Schelling, car, chez lui, il.y a une unité interne, une essence commune par rapport à laquelle les individus
ne sont que des accidents. Appelez celte unité substan-« lîelle idée» appelez-la Dieu , peu importe; les mots ne changent pas la nature des choses. Le panthéisme de Schelling est poétique , celui de Hegel est logique , scientiGque, voilà toute la différence; ou plutôt nous nous trompons , il en est une beaucoup plus profonde, et qui semble d'abord être toute à l'avantage de Hegel : ce sont les conséquences morales. Pour Spinosa et Scheliing, le panthéisme est le point de départ, pour Hegel , il est le but du progrès. Pour Spinosa et Scheliing, l'absolu concret est le principe dans lequel toutes les différences sont actuellement identifiées, pour Hegel, au contraire , cette identification est successive, et n'est jamais complète pour l'individu, qui doit dépouiller le fini, le mal, pour arriver à ne faire qu'un avec les concepts éternels du vrai , du bon , du beau ; avec l'idée absolue. On voit que cette morale présente de grandes analogies avec la morale chrétienne , mais c'est au prix d'une heureuse inconséquence, car, au point de vue de Hegel, l'existence du mal est incompréhensible. Le mal, dit-il, est la négation ; le bien consiste dans la négation de cette négation, qui donne l'affirmation absolue. Mais Hegel lui-même n'a-t-il pas montré , dans la logique , que l'affirmation et la négation sont identiques , et ne prend-il pas indifféremment comme positif, l'un des termes contradictoires du concept? Au point de vue de la théologie spéculative, cette existence du mal
est encore plus inexplicable, s'il est possible. Dieu en se niant Jui-méme pose le fini , le mai ; mais pourquoi précisément le fini sera-t-il le mal? ne vient-il pas de Dieu, n*est-il pas Dieu comme Tinfini? Admettons cependant , que Texistence du mal soit rigoureusement déduite , voilà Thomme aux prises avec cet ennemi redoutable qu'il porte dans son sein ; quelles sont les peines qui l'attendent , s'il succombe lâchement, où est la couronne qui doit être la récompense d'une glorieuse victoire? L'immortalité sans doute, mais l'immortalité sans conscience, l'immortalité du néant. En vouloir une autre , serait de l'égoïsme , dit Hegel ; mais prenez-y garde, cet égoïsme est inséparable de la personnalité , il est la personnalité même. Quoil vous prétendez , ajuste raison, que, dans l'histoire, dans les grands événements que la providence accomplit par l'homme , l'individu a aussi ses droits; que ses inclinations, ses intérêts, doivent trouver et trouvent réellement leur satisfaction , et quand il s'agit d'une vie tout entière d'amertume et de dévouement, ma récompense, c'est de m'ablmer dans la mer de l'infini, avantage que, du reste, le ruisseau limpide partage avec le ruisseau immonde, l'hoDoète homme avec le scélérat I Et cependant , la personnalité de Dieu et l'immortalité de l'esprit , jouent un grand rôle dans la terminologie de Hegel ; mais voyons si ces mots ne ressemblent pas à ces fruits du Jourdain, dont parle M. de Chateaubriand, et qui , sous une enveloppe
brillante , ne renferment qu'une froide poussière. Jusqu'à présent , on avait entendu^ par Dieu personnel, un Dieu distinct du monde , et surtout de l'homme qui ne peut être libre qu'à cette condition ; mais pour Hégel, c'est bien autre chose. Dieu n'est pas une personne, c'est la personnalité. Dieu devient personnel dans l'humanité, chez elle il arrive à l'état de conscience. Une partie de l'école hégélienne distingue bien, à la vérité, de l'esprit divin , cet esprit qui va se développant sans cesse par unesérie d'évolutions, mais alors il est facile de voir que la doctrine de Hegel perd ce caractère d'unité, qui la rend si remarquable, et qu'elle devient même incompréhensible. A quoi bon, en effet , celte polémique acharnée contre Kant, Jacobi et tous les représentans du dualisme, si c'est pour revenir au dualisme par un autre chemin ? 11 y a plus, c'est qu'en faussant les idées du maître, pour le faire rentrer, bon gré, mal gré, dans l'orthodoxie luthérienne, le côté droit de l'école se jette à son insçu dans des conséquences plus désastreuses encore que celles qu'il voulait éviter. Car, si Dieu et l'homme sont distincts dans le système de Hegel, l'homme est plus noble et plus grand que la divinité elle-même, il domine ce Dieu néant de la logi-' que, ce Dieu pétrifié de la nature, de tonte la hauteur de la conscience et de la liberté. Ainsi donc, Dieu et l'homme sont identiques; séparés l'un de l'autre, ce ne sont que des abstractions. En tant qu'il se renferme
dans sa nature unie, rhomme n'est qu'une pure négation, mais Dieu à son tour n'acquiert d'existence réelle qu'en devenant fini , qu'en se fesant homme. Signalons en passant une contradiction manifeste. De ce que la personnalité de Dieu est la conscience collective de l'humanité, il semblerait résulter que la conscience individuelle doit vaincre la mort et persister au sein de la divinité. Il n'en est rien cependant, et c'est seulement ce qu'il y a d'impersonnel, la raison, qui survit à la mort de l'individu. Ainsi, d'une part , la conscience est Dieu, Dieu à sa plus haute puissance, et d'autre part, elle est soumise aux conditions du temps, elle est ce qu'il y a de périssable dans l'homme (1). Sans nous arrêter aux conséquences de cette doctrine, que chacun peut aisément déduire , il devient évident que toute cette ontologie est en opposition directe avec le dogme chrétien , et cependant Hegel , suivant en cela les errements de Eant et de ses successeurs, a en la singulière prétention de montrer, sous ce qu'il appelle l'enveloppe mythique du christianisme, la substance de sa philosophie ; il y a plus , il veut être orthodoxe :
(1) Dans son livre de Ja Gnose chrétienne , Baur reproduit sur ce point l'opinion de Hegel dans toute sa nudité : « Logiquement, par cela seul que l'esprit absolu l'individualise éternellement , il y a éternellement des individus; mais, que ces individus déterminés existent aussi éternellement ( et c'est là évidemment le sens qu'on donne à la question de l'immortalité de l'Ame ) , j'avoue que , sur ce point, la logique m'abandonne. »
« Je suis et veux mourir luthérien »» s'écric-(-il quelque part.
Pas plus que les individus, les doctrines ne peuvent vivre dans l'isoleinentii cette tendance qu*ont les systèmes à s'assimiler ce qui les entoure est un des faits les plus curieux de Tesprit humain , et nous le retrouvons partout et toujours. Cest Platon qui reconnaît ses idées dans les mythes poétiques de la Grèce, Julien qui christianise le polythéisme , Philon qui fait sortir toute la philosophie grecque des livres de Moïse, etc; Mahomet cria à une montagne de venir ^ et, comme elle ne bougeait pas, il marcha vers elle ; c'est là l'histoire de Uégel et de tous les philosophes qui ont poursuivi le même bul. A part toute croyance religieuse positive, le christianisme est puissant, il règne sur le monde civilisé; encore debout après 18 siècles, il ne veut pas abdiquer en faveur d'une doctrine née d'hier ; mais il est un moyen de tout concilier, il n'y a qu'à montrer qu'on est soi-même le christianisme élevé à sa plus haute expression , le 'christianisme perfectionné non dans son essence, car il est la vérité absolue et par conséquent identique avec la vraie philosophie, mais dans sa forme, qui, très convenable sans doute , pour la conscience vulgaire, ne saurait satisfaire un esprit scientifique. « Le fond du christianisme reste intact, dit Hegel, mais, de même qu'Homère dit de certaines choses, qu'elles ont deux noms, un dans la
langue des dieux , un autre dans celle des simples mortels > il y a aussi deux langues pour exprimer ce fond commun de vérité qui constitue le christianisme : la langue de l'imagination , du sentiment, et celle de la spéculation (1). )>
Ce respect pour la religion révélée , ce langage conciliant de la part d'un homme qui était à la tète de la science et exerçait sur la classe éclairée de la nation allemande ^ Tinfluence contagieuse du génie , Gt concevoir les plus hautes espérances. De toute part , on salua Taurore du beau jour qui devait sceller Tunioa indissoluble de la religion et de la philosophie , de la raison et de la foi, elles avances ne manquèrent pas du côté des théologiens qui, dans cette circonstance, se signalèrent plus par leurs intentions bienveillantes , que par leur perspicacité (2). Un coup de tonnerre vint interrompre tous ces beaux rêves ; l'apparition du livre de Strauss rendit l'illusion désormais impossible , et l'école se divisa en plusieurs camps. Le côté gauche reconnut dans Strauss le fidèle interprète de Hégel , tandis que le côté droit lui déniait injustement ce titre et commençait une polémique où trop souvent les
(1) Hégel, Encyclopédie, préf. de la 2« édit., p. 21.
(2) Gœschei, aujourd'hui complèteineDt séjyaré de Fécole hégé- Henné, écrivît ses Axiomes sur l'ignorance absolue et le savoir absolu, pour montrer l'identité substantielle de la philosophie spéculative et du christianisme.
injares remplacèrent les raisons. Nous ne donnerons pas rhisloire de cette lotte , qui eut aussi son côte politique et pour laquelle on peut consulter Texcellent ouvrage de M. Michelet^ mais nous tenons à montrer que la Vie de Jésus est la conclusion nécessaire des prémisses posées par Hégel, et les motifs qui nous y engagent, c'est que le christianisme , étant plus connu dans, son ensemble que les sciences naturelles , le droit y etc. , on pourra mieux apprécier les procédés et les résultats de la méthode de construction à priori, et s'assurer facilement s'il est vrai , comme nous l'avons avancé, que toutes les erreurs de Hegel aient une source commune : la prédominance de l'idéal sur le réel.
Nous prenons, pour point de départ, des notions vulgaires adoptées à la fois par la science et par la conscience de tous les hommes. Si l'on demandait ce que c'est qu'un mammifère , on ne croirait pas répondre à la question en donnant la définition de l'animal, et si l'on voulait savoir en quoi consiste la monarchie , la définition de gouvernementseraittout-à-faitinsuffisante. Cependant, la définition d'animal renferme ce qu'il y a de commun , d'identique dans le mammifère et les autres animaux', et le caractère général de gouvernement entre nécessairement dans la définition du gouverne-ment monarchique. C'est qu'on a une conscience plus ou moins claire, que l'identité pure sans la différence
se réduit à une abstracliou vide , et Hegel Ta reconnu lui-môme en identïGant l'être et le néant.
On a dit et répété bien des fois que la religion et la philosophie avaient un fond commun, et qu'elles ne différaient que par la forme , parce que toutes les deux se posent les mêmes questions : Dieu, Thomme, et leur rapport. En admettant pour un instant que cela soit bien exact, peut-on en conclure que l'essence de la philosophie et du christianisme soit la même*! 11 faudrait pour cela faire ce raisonnement : le christianisme €l la religion en général sont identiques; or, nous avons vu que cette identité existe déjà entre la philosophie et la religion, donc, etc.. Mais il est évident pour tout le monde, que ce qui constitue (elle ou telle religion , ce n'est pas les questions qu'elle se pose , mais la solution qu'elle en donne; retranchez cette solution particulière, et la religion n'existe plus en tant que religion positive.
Le christianisme est à la fois un grand fait intellectuel , et un grand événement historique; non-seulement il a des dogmes qui lui sont particuliers, mais ces dogmes sont connus par une voie spéciale : la révélation. Ici la forme se confond avec le fond, le révélateur et la vérité révélée ne sont qu'une seule et même chose. Le chrislianisme tout entier est dans la divinité de son fondateur, et c'est ce qui se trouve très nettement exprimé dans ces mots de l'apôtre Paul : « si Christus non
resurrexit, vana est fides vestra. )> Or, Hegel ne lient aucun compte de celte partie historique y positive , du christianisme y ou plutôt les mots sont conservés, mais ne sont plus attachés à quelque chose de réel, de vivant; ils sont les signes de catégories logiques , d'une sorte de fantasmagorie insaisissable, si bien, qu'après avoir lu et relu les ouvrages de Hegel, il nous serait impossible de formuler son opinion sur J.-C. Nous avons bien encore , il est vrai, le vêtement sacerdotal du christianisme: pas un dogme ne manque, ni la trînilé, ni Tincarnation, ni la rédemption, voire même les sacrements, mais ne vous arrêtez pas à Fenveloppe , qu'est-ce que la trinité? le général, le particulier et rindividuel; et rincarnation? l'abstrait qui devient concret, l'infini qui devient fini, etc. Cela s'appelle traduire le christianisme, transformer l'élément imaginatif en catégories rationnelles; il faut avouer que la transformation est complète.
Cette erreur est capitale selon nous, mais la méthode de Hegel y amenait nécessairement; pour lui l'idée. Te général, étant donné à priori, et renfermant en soi Te particulier , la différence , l'observation n'a d'autre valeur que de faire reconnaître ce qu'on sait déjà, et, pour le dire en passant, cette doctrine a la plus grande analogie avec la théorie du souvenir exposée par Platon. Donner à l'observation une plus haute portée ,
c'était renverser de fond en comble l'édifice élevé par
Hégcl, et, avec un pea plas de coarage, il ajurait pu se débarrasser de cet élément parasite , comme, da reste, Font fait après lui bon nombre de philosophes naturalistes. Mais alors aussi on aurait coupé court à une étrange illusion.
L'idéalisme fait à Tobservation une petite place bien honteuse, mais nous croyons qu'en cela il est bien peu reconnaissant. On prend une idée générale et l'on montre qu'elle cadre parfaitement avec les faits; mais, franchement, ces faits sont-ils donnés dans le concept? Un homme qui, depuis sa naissance, aura vécu au fond d'une caverne, et à qui vous aurez découvert les lois de la pesanteur , pourra-t-il en déduire Texistence du soleil , des planètes, etc.? Les catégories rationnelles s'appliquent à tous les faits, soit ; mais elles n*en désignent aucun en particulier.
On comprend maintenant la position particulière dans laquelle Hegel se trouvait placé par rapport an christianisme. La raison, la priori, lui donnait ce qu'il y a en lui d'universel : le principe religieux, le concept de religion ; mais ce par quoi le christianisme est une religion particulière est donné par le fait, l'événement. D'une part, ces faits ne pouvaient être déduits rigoureusement de ridée générale, et, d'un autre côté, ils étaient en opposition trop violente avec la base du système pour qu'on Toulùt même essayer de le faire; il ne restait donc d'autre parti à prendre que de les écarter , ou , ce qui
revient au même, de les traduire en formules logiques; pour cela Hegel s'était préparé une arme excellente dans la proposition déjà citée: (( tout ce qui est rationnel est réel, tout ce qui est réel est rationnel. » L^applica* lion de cette maxime au christianisme, c'est que sa partie historique n'a pas d'existence réelle , qu'elle n'a qu'une valeur phénoménale. On sait le parti que Strauss a tiré de cette idée.
Nous croyons avoir montré que la doctrine de Hegel est inconciliable avec le christianisme/ mais alors pourquoi ce langage mystique, pourquoi, en combattant un ennemi, adopter son drapeau. Pour expliquer cette anomalie, nous croyons qu'il n'est pas besoin de recourir, comme on la fait, à la supposition d'une doctrine ésotérique. Les Allemands pensent beaucoup, mais ils agissent peu; tout en rêvant l'avenir, ils restent attachés an présent; chez eux, la théorie et la pratique sont séparées par uqe barrière rarement franchie. Ce contraste, qui forme un des traits distinctifs du caractère national, est très bien marqué chez Hegel. Révolutionnaire par la pensée, il est en même temps scrupuleux conservateur ; à part quelques rares exceptions que nous avons signalées dans la philosophie du droit, sa doc* trine est bien moins une aspiration vers l'avenir qu'nne légitimation du présent. Dès-lors, on comprend que cette circonspection devait augmenter en abordant la religion qui, selon l'expression de Hegel lui-même, est la vie la
plus intime du peuple, le foyer daosleqad toulesles antres sphères vieaaeni concenirer leurs rayons. Atta-^ qoer directement le christianisme eût d'aiUenrs été pen rationnel. Puisque, ao point de voe defiégel , le christianisme est la forme mythique sous laquelle la vérité existe pour tous les hommes, lerepousser, àcausedune défectuosité formelle, c'était exclure de la vérité une majorité immense, éternellement condamnée à ignorer Texistence même de la spéculation. Ce respect de H^el pour rordreétabliyaquelquefoissiloinqu*on pourrait y Toir de l'hésitation, et même une tendance à retourner à la religion positive, mais, évidemment, ce sont là des inconséquences, qui n'ont aucune portée par rapport à l'ensemble de ses idées.
La solidarité qui enchaîne tous les déments de la doctrine de Hegel est telle , que nos objections contre la philosophie de la religion , n'auraient guère qu'à changer de forme pour s'appliquer à une partie quelconque du système. Nous excepterons toutefois Vhisioire de la philosophie^ à laquelle l'immense érudition de Hegel donne une valeur indépendante de toute vue systématique. Hegel a été un des hommes qui ont le plus contribué à relever l'étude delà philosophie ancienne, et ses beaux travaux sur Aristote ont déjà exercé en France une influence qu'on ne peut contester. Cependant, il est deux reproches qu'on pourrait adresser à Hegel. Le premier , c'est de faire quelquefois violence aux doc-
tnne& qa'il expose , poar les faire rentrer dans des catégories tracées à l'avance ; le second ^ c'est de négliger complètement la philosophie dn moyen-âge» ou plutôt de n'en parler qu'avec undédainquî ya jusqu'à l'injure. Cela est d'autant plus étonnant , que c'est surtout au sein de cette prétendue barbarie scolastique, que l'on trouye des systèmes offrant avec celui de Hegel la plus frappante analogie ; et si l'on ne sayait qu'une basse jalousie et une grande intelligence s'associent rarement ensemble, on serait tenté de croire que Hegel ne peut pardonner à Scott Erigène , Abailard , Giordano Bruno , Campanella, etc., d'ayoir fourni une grande partie des matériaux qui ont servi à la construction de l'idéalisme absolu (1).
(1) Ne dirait- on pas, par exemple, que ce passage du cardinal de Cusa est emprunté à Hegel lui-même ? « Ce plus grand ( Dieu ), est aussi l'absolu, Tun , le tout , ce qui est en tout^ et a tout en lui, le plus grand et le plus petit , car rien ne peut lui être opposé , bien plus, Tétre et le non-étre.... Il est le principe de tout nombre en qualité de plus petit , et la fin en qualité de plus grand.... Çest enfin l'acte pur , le vrai et l'absolue nécessité, en un mot celui que nous atteignons incompréhensiblement au-dessus des sens et de la raison ; puissance infinie, en qui se confondent les contradictoires , que ne peut combiner le principe de notre raison. Ce plus grand qui existe dans l'absolu , comme unité suprême et comjne Dieu , existe aussi dans l'univers comme unité contractée en pluralité, et qui, sans cette pluralité , ne pourrait être. Enfin, il existe comme la fin de cet univers multiple, car la fin doit être toute perfection.» Telle est la trinité qui se retrouve dans tous les développements religieux que Cusa donne à son idée première, et le dogme chrétien sert d'enveloppe à cet immense panthéisme. ( Cusa, de doct. ignor. t. 2. ibid. 1. 5, Renouvier, Phil, mod. )
Sans^noas arrêter à la philosophie da droit|qai, à paît cette hypothèse d'ane substance de l'état en dehors des individasy ne présente pas d'idées bien neures, sans nons préoccuper de l'esthétique, dont les disciples même de Hegel font anjoard'hai bon marché, nous dirons en finissant quelques mots de l'histoire de la philosophie.
Nous avons déjà signalé ce que la philosophie de rhistaire nous paraissait avoir d'incomplet, et ces critiques, Hegel les a acceptées d'avance , car , s'il affirme avoir découvert la méthode absolue , jamais il n'a eu la prétention d'y coulw la science d'un seul jet ; bien souvent il a répété que la science absolue étant le partage , non de l'individu, mais de l'espèce, l'application* de la méthode à toutes les branches des connaissances humaines ne pouvait être que successive. Mais les attaques contre la philosophie de l'histoire ne se sont pas renfermées dans ces limites, et on a étéjusquà lui reprocher, non seulement de manquer de cette exactitude rigoureuse que Ton admire dans l'histoire de la philosophie par exemple, mais encore de répudier complètement le progrès dialectique, en adoptant la division tetrachomîque (1) , et alors on argumente ainsi : ou bien la division trichotomique est vraie, essentielle, fondée sur la nature des choses, et dans ce cas là philosophie de l'histoire n'a plus aucune valeur scientifique ; on bien, cet ordre
(1) A. de Cieszkowski , Prolcgomena zur historiographie, Berlin, 1838.
ternaire, loi de développement de l'idée, n'est qu'une vaine formule, et dès-lors c'est le système de Hégd qui s'écroule tout entier.
La réponse à cette objection est facile. Hegel n'a pas voulu abandonner Tordre ternaire, et mettre ainsi en question le fondement de sa doctrine, mais il ne pouvait, ni ne devait l'appliquer à l'histoire. L'histoire, c'est ridée se développant dans le temps. Or, ce développement continue encore, et continuera jusqu'au but à atteindre: l'identification complète' de l'esprit humain , et de l'esprit divin. Tant que ce but n'est pas réalisé, l'histoire est nécessairement fragmentaire, et ne saurait être adéquate à l'idée considérée dans sa totalité concrète. Appliquer à une phase quelconque de l'histoire, qui n'est qu'une totalité relative, la synthèse absolue de l'idée, c'eût été, non pas rester fidèle à la méthode, mais cacher, sous la rigueiTr apparente de la formule , une inconséquence flagrante , et clore l'histoire de sa propre autorité. Mais , dira-t-on , l'essence de lavenir ne peut pas plus être cachée à la science.de l'absolu que l'essence du présent , et, dans ce cas, la spéculation qui pouvait embrasser l'histoire dans sa totalité, pouvait aussi lui appliquer les catégories logiques deiidée, et^ conséquemmcnt , la faire rentrer dans l'ordre ternaire.
La philosophie connaît ce qu'il y a d'identique dan» le passé, le présent et l'avenir, mais elle ne connaît pa&
revenir en tant qa'opposé au présent, par la diyer^té des faits conting^ents qui ont lieu et dans Fun et dans l'autre. Bans le premier sens, le mot avenir est un langage inexact, et devient synonyme de l'absolu , qui , de sa nature, est en dehors du temps. Dans la seconde acception du mot, l'avenir ne serait pas de la philosophie , mais de la divination. Ce que peut faire la philosophie et ce qu'a fait Hégel , c'est d'affirmer que l'esprit a une loi de développement uniforme, qui s'exprime sans cesse par trois termes : la thèse, l'antithèse, la synthèse, ou l'unité abstraite, la différence et Tunité concrète; peu importe les mots, et que cette loi s'applique à l'histoire comme à toutes les autres s(^hères de la connaissance; mais aller plus loin et marquer d'avance les périodes déterminées auxquelles correspondront ces différents termes, c'est abandonner le domaine de l'essence pour empiéter sur le phénomène, c'est confondre le contingent et le nécessaire. Pour la construction totale de l'histoire , l'a priori ne suffit pas comme dans la logique. La construction n'est possible que pour le passé, l'idée déjà réalisée, parce que, dans le fait, nous sont donnés à la fois Yà priori, et Va posteriori.
Nous concluons, qu'en divisant l'histoire déjà accomplie en quatre grandes périodes : le monde oriental , grec, romain et germanique, Hégel n'a pas répudié l'ordre trichotomique, qui est pour lui néceâlsaire, absolu ; il a seulement voulu montrer les moments de
ridée qui, jusqu'à présent, ont trouvé leur réalisation en laissant libre carrière à Tayenir.
Nous ayons essayé de montrer que, dans la philosophie de l'histoire, Hegel est conséquent ayec le reste de son système, et ne mérite pas le reproche de contradiction qu'on lui adresse ; mais cette rigueur logique l'expose à une accusation beaucoup plus grave. Le fatalisme est un corollaire du panthéisme, et Hegel n'a reculé devant aucune des conséquences de sa doctrine. Du reste, lors même qu'il n'aurait pas été amené à ces tristes conclusions , par le principe qui domine tout son système, et qui implique l'unité substantielle de l'homme et de Dieu, une fausse analyse de la liberté devait l'y conduire. Pour Hegel, en effet, être libre, c'est ne relever que de soi, ne pas sortir.de soi, et par conséquent être infini; or, toutes les idées qui sont complètes dans leur genre et n'ont rien à emprunter aux antres, sont infinies, et par conséquent libres ; la gravitation, par exemple, est une force libre. On voit dès-lors, à quoi se réduit ce mot pompeux de liberté, et en présence des conséquences pratiques d'une pareille théorie , on ne se sent pas le courage d'en critiquer les bizarreries terminologiques. Ainsi donc , n'allez pas chercher dans l'histoire des enseignements et des exemples, car, pour les mettre en pratique, pour en retirer quelques fruits, il faudrait que ces pauvres pygmées qu'on appelle des hommes , pussent se révolter contre le bras puissant qui leur
imprime le mouvement, et fait jouer leurs mille ressorts:. Si^ parmi ces automates, qui croient naïvement réaliser leurs petites fantaisies, il en est un plus grand que les autres, il n'aura d'autre mérite , que de recevoir immédiatement l'impulsion de l'idée absolue. A la fois^ acteur et spectateur dans ce théâtre où l'humanité joue son rôle nécessaire, le sage voit sans s'émouvoir les empires s'écrouler, les révolutions, ensanglanter le monde; il se console en démontrant que la philosophie n'y peut rien , et qull devait en être ainsi et pas autrement. Voilà les conséquences qui résultent inévitablement de l'application des principes de Hegel à l'histoire. On pourrait, nous le savons, s'étayer de quelques passages de ses écrits pour contester la justice de noire critique, mais, sans s'arrêter à un mot, à une phrase, qu'on aille au fond même des choses, et l'on se convaincra de la vérité de ce que nous avançons (1).
En résumé, nous ne reconnaissons pas à la philoso-
(1) On pourrait , rapprochant de notre critique les éloges que nous donnons à Hegel ( p. 238 ), nous accuser de contradiction , et nous allons volontiers au devant de ce reproche. Ce n'est pas le principe de Hegel que nous blâmons , mais son exagération. Sacrifier )a liberté humaine à l'action providentielle , ou réciproquement, est à la fois impie et anti-scientifique. La liberté nous est donnée par la conscience , la providence par la raison , et nier des faits marqués du même caractère de certitude , parce qu'on ignore la loi qui les unit, c'est violer ouvertement la vraie méthode philosophique. ^
phîe de Hegel une valear absolue. À la yérité, il s*est proposé de fondre «nsemble Fidée et le fait, l'a priori et Yà posteriori, mais, à notre avis, ce but n'a pas été atteint; la raison a tout envahi, est devenue le principe unique de nos connaissances , les caractères distinctifs des êtres se sont effacés devant le général , l'identique , le nécessaire, etFidée est seule restée debout sur les ruines de la nature et de Thomme. Cela posé, il devient inutile de dire que, malgré toute notre admiration pour Hégel, nous ne pouvons ni ne voulons le suivre dans ses erreurs , et considérer son système comme le dernier mot de la science, la clôture de Fhistoire de la philosophie. Il y aurait sans doute de l'injustice à méconnaître, par un esprit de patriotisme étroit, ce que la philosophie allemande en général, et celle de Hégel en particulier, renferme de vues profondes, d'aperçus remarquables, de grandes vérités désormais acquises à la science ; mais ce serait se heurter contre un autre écueil , que de renier les glorieuses traditions philosophiques de la France , pour se laisser aller à une admiration exagérée, ou même à une imitation servile. Heureusement, un engouement aveugle est peu à redouter pour un peuple qui se distingue surtout par un sens droit et des tendances pratiques ; ce serait plutôt l'excès contraire, qui serait à craindre. Bien souvent, on nous a reproché de ressembler un peu à l'artiste d'Horace , et de perdre de vue l'ensemble à force de
spécialiser : que cette magnifiqoe arcfaitectare da système de Hegel réveille en noas le sentiment de Tharmonie : étudions la philosophie dlemande, poar noas élever aa-dessos d'elle , et réalisons ainsi la pensée de Sehelling qni nous sert d'épigraphe : n Partout où deux pôles opposés se touchent y il jaillit une Inmière nour velle.»