‹ Hei Hsiang =Chapitre 17 sur 18 · CRAS ENIM MORIEMUR · texte numérisé non relu

CRAS ENIM MORIEMUR

Par ce soir calme et grave où la lune se lève, Prométhée! unissons nos rêves à ton rêve...

Caprée au profil dur, que Michel Ange aimait Repose ainsi qu'un sphinx en bronze violet.

Les rythmes alternés de la mer thyrrénienne Mêlent à ma tristesse une amertume ancienne.

C'est là que tu fus pris d'un délire furieux,

Sur ces rocs de Gapri, cambrés vers le ciel bleu.

Adolescent pensif, crispant tes poings sublimes. Tu as dû marteler les volcans et les cimes.

Tes bras trop tôt lassés par la douceur des chairs, Saignaient allègrement sous l'étreinte du fer.

Ton dos marmoréen a gardé l'équilibre

De ces poids monstrueux de pierre dans l'air libre

Tu as pu concevoir rétonnant piédestal De ta beauté, et bâtir à l'orgueil ancestral

De l'homme en lutte avec le destin invisible,

Un temple, que les Dieux viendraient prendre pour cible.

Et puis, quand d'un seul coup le travail fut parfait, Lorsque ton rire pur réalisa l'effet

Produit par l'escalade au ciel,

un vautour d'ombre Profitant de ta joie autant que du soir sombre

Troua ce cœur humain tout fiévreux d'infini !..

Mais tes cris! Je les entends encor dans la nuit... Mais ta voix, nul au monde encor ne l'a couverte; C'est toi qui grondes, Prométhée, et qui nous jettes

L'appel divin ou l'anathème, et qui nous dis Quels voluptueux bonheurs et quels lents paradis

Sont promis aux élus qui ceindront la couronne ! ...

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Oh, ce soir où la lune éblouit, tu me donnes Je ne sais quel orgueil, quel chant, quelle fierté !

Moi aussi j'imagine des palais de clarté

Dans le ciel musical où tinte le cristal

Des mots, et l'or sculpté du doux parler natal...

Moi aussi, j'ai brandi mes mains vers des statues, J'ai tendu vers l'amour des mains maigres et nues,

Et j'ai offert mes yeux en yjrières à Dieu...

Moi aussi, trop grossier, trop timide ou trop pieux,

J'ai demandé, j'ai supplié, sans qu'on m'écoute...

Du silence — quand on vit seul — naît comme un doute

Personne n'est venu m'embrasser sur le front... Je n'ai jamais senti la fraîcheur d'un bras blond

Errer sur mon visage endolori de larmes...

A présent : oublier, je n'ai plus que cette arme,

Et je vois, peu à peu, glisser entre mes doigts Le sable du bonheur que je croyais pour moi.

66 II K 1 H s I A N (;

Proinélhée, aux déçus, gardes ton dernier geste'; Que Ion exemple soit le suprême qui reste.

Si le dépari s'annonce, apprends nous à partir

En fils de Hoi, sans baisser le front, sans souiîrir...

Prométhée, endors nous sur les genoux des rêves. Donne moi ta folie et ton dédain. Elève,

Brutalement mon cœur sur ce seuil de rochers. Et lorsque le vautour,

A son tour,

Viendra pour m'arracher la vie,

Que ta révolte excite un cri dont soit vengé Le poète... Toi que j'envie,

O Prométhée !

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