MUSIQUE, POUR TOI SEUL
César Franck, le chagrin a, ce soir, dévasté Mon pauvre cœur de solitaire, o César Franck... Je pense à ce prélude; et tes sanglots me manquent Pour pleurer sur moi même en t'écoutant chanter.
J'évoque le silence assombri d'une église Où nul ne vient prier, si ce n'est mon chagrin... J'aimerais te savoir à l'orgue souverain. Improvisant vers Dieu dans la douleur qui grise...
El comme ton génie en appels déchirants Vivrait les souvenirs d'un baiser éphémère, Tout humble et tout petit j'écouterais se faire En moi le calme pur qui grandit les mourants.
Le calme des sommets où n'atteint plus la rage
Ni la stupeur du vent, ni le brutal éclair;
Je dirais un adieu plus tranquille et plus fier
Au tourment d'aimer ceux qui ont un beau visage...
N'es tu point l'ange obscur couronné de désirs
Qui veille au palais blanc qu'ont élu nos vieux songes?,
O musique infinie où l'ardeur se prolonge,
Grand cri désespéré qui s'apprête à souffrir,
Que ton violoncelle exalte la tristesse De rhomme dont Thier fut plus fort que l'oubli, Que tes accords d'argent fassent surgir, pâlis. Les regards tout mouillés au moment des caresses,
0 Franck! tu sus bercer nos repentirs humains. Tu rendis par tes chants nos souffrances meilleures Et l'on dirait, mon Dieu, quand ton crescendo pleure Que Saint François d'Assise est là, qui tend les mains.
Amour au pied léger, amour insaisissable,
Quel pauvre fol a cru jamais te retenir?
Aux instants du baiser ta lèvre sait mentir...
Et tu n'écris le mot '* Toujours " que sur le sable !
Pourtant nous sommes pris à ton jeu délectable Malgré ces grands seigneurs qu'on nomme souvenirs. Pour les ardents lointains, au risque de périr, Je veux appareiller, bel Amour tant aimable !
Nous ne regarderons ni le soir embaumé
Fumant comme un parfum au bord de la mer morte,
Ni l'humide matin, ce tremblant nouveau-né;
Mais sans voir où je vais, vivant d'être avec toi, Tu me prendras la main dès le seuil de la porte. Et l'oiseau du Bonheur tremblera sous mes doigts...