AU PAVOT DE YURMAM
Quel coolie a semé d'un poing large en sa glèbe, — Sorti de Bac Nam Fu — quel coolie a semé, Loin des regards, comme un voleur, l'air affamé, Ton grain, tige lunaire et savoureux Érèbe?
Pendant ces nuits de Chine où dorment tant de plèbes, Sur les canaux fumeux aux sampans embrumés, Tu fleuris puis mourus; mais toujours parfumé, Distillas l'élixir : ta myrrhe et ton cubèbe...
Or, maintenant, l'exil a porté jusqu'à moi
Le noir venin laqué qui coulait dans tes larmes.
Pavot! Le feu le gonfle; et l'aiguille, en mes doigts.
Malaxant le beau rêve où mon chagrin désarme, Fait jaillir sur l'écran les palais défendus, Les dieux en porcelaine et les dragons tordus !