INTRODUCTION XI
littéraire, céder à la tentation de rajeunir quelques-uns de ses écrits. Nous n'avons d'autre preuve de l'authenticité de la date assignée à la composition (ÏHéléna que le témoignage — ne faudrait-il pas dire plutôt : la boutade? — du Journal : « Hcléna est un essai fait à dix-neuf ans. » Cette note, combien d'années après l'événement a-t-elle été rédigée ? Longtemps après, sans doute, et cela ressort de la dernière ligne même du passage ; assez longtemps tout au moins pour que Vigny ait pu confondre certains détails de son poème, et transformer la jeune Athénienne dont il avait chanté les malheurs en une Grecque des îles Ioniennes ; assez longtemps pour qu'il ait perdu de vue la chronologie, et se soit reproché de n'avoir pas calqué le nom de son Mora sur ceux « des Botzaris, Canaris, etc., etc. », tous personnages inconnus de lui, — et pour cause,
— en 1816. J'ajouterai que, malgré sa rigueur apparente,
— on n'a dix-neuf ans qu'une fois, tandis qu'on a vingt ans, avec un peu de bonne volonté, au moins jusqu'à trente, — l'affirmation du Journal me semblerait infiniment plus décisive si elle avait épargné au lecteur la peine, d'ailleurs légère, de déduire de l'âge de l'auteur le millésime de l'œuvre. En recourant à ces évaluations indirectes, on gagne une chance de plus de se tromper : c'est ce qui est arrivé une fois au moins à ma connaissance à Alfred de Vigny. La deuxième préface des Poèmes de 1829, écrite en juillet, pour le second tirage de cette édition, cl supprimée dans les réimpressions postérieures, débutait par les lignes suivantes : « Ces poèmes viennent dètre réimprimés, et voilà qu'on les imprime encore peu de jours après. Lorsqu'ils parurent il y a neuf ans, ils furent presque inaperçus du public. » Or, en 1829, il y avait non