INTRODUCTION XIII
hardis rebelles et à leur triomphe. Or le soulèvement contre la domination musulmane n'a éclaté en Moldo-Yalachie qu'au mois de mars 1821 ; le mois suivant, un mouvement analogue se produisait dans la Morée et dans les Iles ; on commençait à parler des escadrilles grecques et de leurs exploits; en juin 1821, Athènes, — sauf l'Acropole, où la garnison turque était serrée de près, — était au pouvoir des insurgés ^ Selon les règles ordinaires de la vraisemblance, c'est sous le contre-coup de ces événements que Vigny a dû concevoir le poème qu'il a publié au début de l'année suivante. Ainsi en a jugé le critique, et la chose lui a paru tellement évidente qu'il ne s'est pas donné la peine d'y insister. M. Ernest Dupuy l'en blâme, et entreprend de prouver que son assertion est mal fondée. Voyons par quels arguments.
Le premier semble un peu étranger à la cause. M. Dupuy s'empare d'une erreur commise dans la suite du « portrait » par Sainte-Beuve, qui date de 1823 la publication du Trappiste. Or le poème en question « avait été imprimé pour la première fois, observe M. Dupuy, au mois de juillet 1822. Il fut inspiré à Alfred de Vigny par un article du Journal des Débats qui rendait compte à une semaine de distance de la journée équivoque du 7 juillet, où la garde royale espagnole, désavouée par Ferdinand sous \a pression du parti libéral et forcée de s'évader de Madrid pour ne pas être désarmée au profit de l'émeute, put se considérer comme trahie - ». Et le critique fait cette re-
1 Voyez Gervinus, Insurrection et Régénération de la Grèce, trad. française par J.-F. Minssen et Léonidas Sgouta, 2 vol. in-8", Paris, Durand, 18G3, t. I. p. 242.