INTRODUCTION XXV
aventureux que de dire à propos du texte byronien : « Voilà l'événement qui suggéra à Vigny son ouvrage ^ » Que Vigny, avant d'écrire Hélénci, eût lu le Siège de Corinthe, et qu'il s'en soit inspiré, j'en suis aussi convaincu que M. Ernest Dupuy. Qu'il connût à ce moment les autres « turqueries » du poète anglais, qu'il eût admiré comme tant d'autres « ses élans lyriques sur la Grèce », cela ne fait aucun doute. Mais nous savons quelle était, à la veille même de l'explosion de 1821, l'opinion de lord Byron sur la possibilité d'une insurrection générale de la Grèce. Et en ce qui concerne le Siège de Corinthe, il faut avoir lu un peu rapidement cette « orientale », pour y voir un tableau de la lutte des Grecs contre leurs oppresseurs. Le poème de Byron développe un épisode de la rivalité des Vénitiens et des Ottomans en Morée, au début du XVIII® siècle ; loin d'exalter le présent ou d'anticiper sur l'avenir, il nous reporte en 1715 ; les personnages qu'il met en scène, Minotti, le gouverneur de Corinthe, Francesca, sa fille, Alp, le renégat, qui commande l'avant-garde des troupes musulmanes, sont des Vénitiens ; le nom des Grecs n'est pas même prononcé. Ce n'est pas lui qui a donné à Vigny Tidée première à'Héléna : il lui en a seulement suggéré une des parties. Il entrait dans le sujet choisi par le poète français de dépeindre l'assaut de la prise d'Athènes par les Hellènes insurgés : à défaut de documents, il a été chercher son modèle dans la description de l'assaut et de la prise de Corinthe par les Turcs. Mais, pour cela, encore fallait-il qu'il connût le poème byronien ; et non seulement il avait lu celui-là, mais aussi Childe