XXIV INTRODUCTION
Les sabres de Damas que le soldat admire, Et les habits moelleux tissus à Cachemire, Les calices chrétiens, les colliers, les croissants, Ces boucles, de l'oreille ornements innocents : Car aux fils de Judas toute chose est permise, Comme dans leurs trésors toute chose est admise ^.
L'idée de ce tableau serait-elle venue à l'esprit du poète, s'il n'avait eu dans la mémoire les récits, longuement détaillés par les journaux du temps, des massacres de Constantinople et d'Andrinople, des pillages qui les avaient accompagnés, et du rôle joué dans ces affaires par les juifs, qui trouvaient à glaner dans ces sanglantes bagarres - ? — Ce sont là des détails, dira-t-on, qui ne sont point indispensables au développement du poème, et que Vigny a pu intercaler dans son œuvre en la revoyant à la veille de la publication. Mais leur présence n'est-elle pas encore plus explicable, et ne fait-on pas l'économied'une hypothèse, si l'on admet quHéléna n'a été composée qu'en 1821 ?
Reste un dernier argument. « Le bon sens, ajoute M. Dupuy, ne dit-il pas aussi que les ouvrages d'imagination où les Grecs se trouvent en lutte avec leurs oppresseurs n'ont pas attendu l'insurrection de 1821 pour se produire ? Les turqueries de lord Byron et ses élans lyriques sur la Grèce, si admirés à leur apparition, sont d'une date antérieure. La dernière de ses Orientales, et l'une des meilleures, semble-t-il, le Siège de Corinthe, fut publiée en 1816, et si l'on constate que le poème d'Hélêna s'en inspire, à n'en pas douter, ce ne sera peut-être pas trop
2. Voir notamment le Journal des Déhais des 13 juin, 20 juillet. 23 juillet et 5 décembre 1821. Je cite ces passages eu note aux vers 222 et suiv. du chant m.