INTRODUCTION XLI
la messe, et pendu à la porte de son église. Son cadavre, abandonné à la populace, fut traîné par les rues et jeté à la mer. Cette exécution donna le signal de scènes ignominieuses qui se continuèrent pendant les semaines suivantes. Le Journal des Débats du 31 juillet les rapporte en ces termes : (c On a aussi des nouvelles de Constantinople du 24 juin qui peignent l'état des choses sous les couleurs les plus sombres. La destruction de la flotte aA'ait exaspéré le sultan et le peuple ; les maisons des Grecs furent toutes livrées au pillage, et les juifs servaient d'espions et de guides à la populace. Les femmes et les enfants furent assassinés ou emmenés en esclavage... Cent cinquante vierges grecques, dont les parents étaient déjà assassinés, et qui étaient issues des premières familles grecques (il y avait parmi elles deux princesses Morusi et une princesse Maurojène, nièce du chargé d'affaires delà Porte à Vienne, rappelé depuis peu), furent abandonnées à la brutalité des Turcs en plein bazar, moyennant un écu. La plupart de ces lilles malheureuses périrent à la suite de cet affreux traitement. » De tant d'infortunées, victimes à Constantinople ou ailleurs de la luxure musulmane, le poète a voulu qu'une au moins n'eût pas péri sans vengeance, et qu'en cherchant dans la mort l'oubli d'une souillure involontaire, elle y entraînât avec elle les misérables qui la lui avaient infligée. De l'aveu de Vigny, le fond de son poème est là.
Cette aventure, émouvante en elle-même, offrait un sens symbolique qui n'était i)as pour déplaire à lame méditative d'Alfred de Vigny. Héléna est une martyre de l'honneur féminin. C'est aussi la (nèce, profanée par la barbarie musulmane, (pii se venge et se purifie par de sanglantes