‹ HélénaChapitre 41 sur 80 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

hécatombes. Et l'on s'explique que Vigny ait choisi une Athénienne pour son héroïne. Non seulement l'attention était attirée sur la glorieuse cité par les premières péripéties de la guerre, mais, pour un occidental imbu des traditions de l'antiquité hellénique, Athènes est la capitale historique et le cœur de la Grèce, la patrie de ses souvenirs, le lieu idéal vers lequel se tourne invinciblement son imagination. (Comment mieux célébrer l'affranchissement inespéré de l'Hellade qu'en chantant la délivrance d'Athènes ?

Le poète avait ainsi les premiers éléments d'un récit dramatique. Il lui restait à dessiner le caractère du personnage principal et à trouver le dénouement. Sur l'un et l'autre point, il s'inspira de Byron. Depuis deux ans qu'il lisait et relisait les poèmes du grand Anglais, il y avait vu « toujours un personnage fatigué de la vie, et tourmenté par le désespoir profond que le sentiment d'une peine secrète et méritée ou qu'un remords criminel gravent seuls dans le cœur ' ». Il donna à son Héléna quelque chose de la physionomie morale et de l'allure de ces sombres héros. Il se la représenta victime comme eux de la fatalité, comme eux belle, farouche et mystérieuse ; si elle ne fut pas comme eux criminelle, elle fut comme eux dévorée de remords, comme eux détachée de la vie et vouée à une fin tragique et prématurée. Comment mourrait-elle ? et puisqu'elle ne devait pas mourir sans vengeance, comment serait-elle vengée ? Vigny se souvint de l'épisode par lequel se termine le Siège de (A)rinthe. La

1. A. de Vigny, article sur les Œiiiues complètes de lord Byron, dans le Conservateur littéraire, xxvi'- livraison, décembre 1820, t. III, pp. 212-216.

Page 1