‹ HélénaChapitre 44 sur 80 · INTRODUCTION XLV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLV

souvenirs. Nous vîmes tous ces promontoires marqués par des temples ou des tombeaux. Nous touchâmes à différents ports ; nous admirâmes ces cités, dont quelques-unes portent le nom d'une fleur brillante, comme la rose, la violette, l'hyacinthe, et qui, chargées de leurs peuples ainsi que d'une semence féconde, s'épanouissent au bord de la mer, sous les rayons du soleil. Quoiqu'il peine sorti de l'enfance, mon imagination était vive et mon cœur déjà susceptible d'émotions profondes. Il y avait sur notre vaisseau un Grec enthousiaste de sa patrie, comme tous les Grecs. Il me nommait les lieux que je voyais : « Orphée entraîna les chênes de cette forêt au son de sa lyre ; cette montagne, dont l'ombre s'étend si loin, avait dû servir de statue à Alexandre ; cette autre montagne est l'Olympe, et son vallon, le vallon de Tempe ; voilà Délos, qui fut flottante au milieu des eaux ; voilà Naxos, où Ariane fut abandonnée ; Cécrops descendit sur cette rive ; Platon enseigna sur la pointe de ce cap ; Démosthène harangua ces vagues ; Phryné se baignait dans ces flots lorsqu'on la prit pour Vénus ! Et cette patrie des dieux, des arts et de la beauté, s'écriait l'Athénien en versant des pleurs de rage, est en proie aux barbares ^ ! » Mais Vigny a partagé les rôles. C'est Mora qui évoquera les glorieux souvenirs de la Grèce antique :

O regarde, Héléna ! que ta tête affligée

Se soulève un moment pour voir la mer Egée ;

O respirons cet air ! c'est l'air de nos aïeux.

L'air de la liberté qui fait les demi-dieux ;

La rose et le laurier qui l'embaument sans cesse

De victoire et de paix lui portent la promesse,

L Œuvres complètes, éd. Garnier, Paris, t. IV. 1859. pp. 57-58.

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