‹ HélénaChapitre 56 sur 80 · LVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LVI INTRODUCTION

JDepiiis Chaleaiibriand, le pittoresque est devenu un des éléments essentiels du style poétique, Atala a révélé aux écrivains français un art de peindre la nature qui laisse loin derrière lui les descriptions de Rousseau et de Bernardin. L'auteur des Martyrs a repris dans son poème en prose le procédé traditionnel de l'épopée classique et pseudo-classique, la comparaison développée. Il l'a renouvelé, il est vrai, en renouvelant, grâce à ses souvenirs, la matière de ces comparaisons. Les poètes de 1820 brûlent de marcher sur ses traces. Mais n'a pas qui veut les mêmes ressources à sa disposition. Il faut avoir vécu, voyagé, regardé, enrichi sa mémoire. Tout le monde ne peut, comme le maître, « aller chercher des images » ^ en Amérique ou en Grèce. Faute de mieux, on lui emprunte les siennes. Si les Martyrs ne suffisent pas, les ouvrages d'un autre « pèlerin » sont là, comme un autre réservoir ouvert. On y puise sans vergogne, Vigny tout le premier. Il n'y a pas lieu de s'en étonner. L'auteur de Moïse et iVEloa, du 3/077/ des Oliviers et de la Bouteille à la mer est un grand poète par la grâce et la délicatesse du sentiment ou par la profondeur de la pensée, mais c'est un médiocre inventeur d'images. Des grands symboles qui expriment sa conception de l'amour et de la vie, les plus admirés peut-être ne lui appartiennent pas. La Maison du berger vient en droite ligne des Martyrs -, et la Mort du Loup est sortie d'une stance de Childe Harold •'. A plus forte raison, dans les poèmes de sa jeunesse, s'est-il inspiré de (Chateaubriand et de Byron. J'ai montré ailleurs ce (pie doivent à

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