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LXVI INTRODUCTION

les poètes de la pléiade de la Restauration ont pu sembler à quelques-uns être nés d'eux-mêmes, sans tradition prochaine dans le passé littéraire, déconcertant les habitudes du goût et la routine, c'est bien sur M. de Vigny que tombe en plein la remarque. Ces poètes, à en juger par lui, étaient en effet des âmes orphelines, sans parents directs en littérature française. Hormis M. de (Chateaubriand, qui encore ne les reconnaissait pas bien authentiquement, je ne vois guère de qui ils se seraient réclamés. Oui, dans cette Muse si neuve qui m'occupe, je crois voir, à la Restauration, un orphelin de bonne famille qui a des oncles et des grands-oncles à l'étranger (Dante, Shakespeare, Klopstock, Ryron : l'orphelin, rentré dans sa patrie, parle avec un très bon accent, avec une exquise élégance, mais non sans quelque embarras et lenteur, la plus noble langue française qui se puisse imaginer ; quelque chose d'inaccoutumé, d'étrange souvent, arrête, soit dans la nature des conceptions qu'il déploie, soit dans les pensées choisies qu'il exprime. Les sources extérieures du talent poétique de M. deVign}', si on les recherche bien, lurent la Bible, Homère, du moins Homère vu par le miroir d'André Chénier, Dante peut-être, Milton, Klopstock, Ossian, Thomas Moore lui-même, mais tout cela plus ou moins lointain et croisé, tout cela surtout fondu et absorbé goutte à goutte dans une organisation concentrée, fine et [)uissante ', » Avec quelques retouches, cette page vive et pénétrante pourrait être définitive, Ai-je besoin d'avertir

1. Revue des Deux Mondes, octobre 1830. Article sur Senùtudc et Grandeur militaires, recueilli clans les Portniils cunlcniporains, Paris, 1869, t, II, pp. 52 et suiv.)

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