VIII INTRODUCTION
« Il n'ouvre les yeux qu'au moment de son aveu public et désespéré.
« Le lendemain, au clair de lune, il va gémir sur sa cendre dans les ruines, invoque Héléna et promet de passer sa vie à pleurer sur cette cendre.
« Cependant il se console dans un coin en réfléchissant, et dit à son ombre qu'il hésiterait à la ressusciter, s'il en avait le pouvoir, et qu'il l'aime mieux morte et à l'état de fantôme et de souvenir ; que leur amour sans honneur eût été très refroidi et fort troublé, et conclut :
Va, j'aime mieux ta cendre encor qu'un tel bonheur.
« C'est une aventure souillée par le fond même du sujet, et je remarquai après la publication que les personnes qui m'en parlaient avec le plus d'enchantement et qui appréciaient le mieux ce qu'il y avait là de digne de la grande cause grecque, ne prenaient aucun intérêt ni à l'héroïne cosaquée, comme il était trop d'usage de le dire après l'avoir souff"ert dans les deux invasions, ni surtout à l'amoureux refroidi par la découverte fâcheuse du dénouement.
« Refaire une autre aventure avec les mêmes personnages était une absurde et impossible tentative. — Moi-même j'étais saisi de dégoût et d'ennui seulement en relisant cet essai, et la conclusion de mon examen de moi-même fut de retrancher le poème entier de mes œuvres : je le fis, et fis bien.
« Aujourd'hui, mon avis est encore le même '. »
Ainsi donc Alfred de Vigny a composé Héléna à dix-neuf ans, — dans le courant de 1816 par conséquent, puisqu'il