LE CHŒUR
O tardive vengeance ! ô vengeance sacrée I 415 Par trois cents ans captifs sans espoir implorée, As-tu rempli ta coupe avec ces flots de sang ? (Juand la verseras-lu sur eux ?
Elle descend.
Voyez-vous sur les monts ces feux patriotiques
S'agiter aux sommets de leurs croupes antiques ? 420 Et Colone, et l'Hymète, et le Pœcile altier,
Que l'olivier brûlant éclaire tout entier ?
Comme aux fils de Eéda la flamme est sur leur tête ;
Les Grecs les ont parés pour quelque grande fête ;
C'est celle de la Grèce et de la liberté ; 425 Le signal de nos feux à leurs yeux est porté.
Quittez vos trônes d'or, Nations de la terre, Entourez-nous et dépouillez le deuil ; Votre sœur soulève la pierre Qui la couvrait dans son cercueil.
430 A la fois pâle, faible et fière,
Ses deux mains implorent vos mains; Ses yeux, que du sépulcre aveugle la poussière, Vers sesanciens lauriers demandent leurs chemins.
Vers 420. Indications topographiques vraisemblablemeut empruntées à \ Itinéraire. [Œuvres, t. V, p. 177.)
La victoire la rendra belle ; 435 Tendez-lui de vos bras les secours belliqueux,
Les dieux comballaient avec elle ;
Ètes-vous donc plus grandes qu eux ?
Du moins contre la Grèce, ô n'ayez point de haine !
Encouragez-la dans l'arène ; 440 Par des cris fraternels secondez ses efforts ;
Et, comme autrefois Rome en leur sanglante lutte, De ses gladiateurs jugeait de loin la cluite, Que vos oisives mains applaudissent nos morts.
Elle disait. Ses bras, sa tête prophétique 445 Se penchaient sur les eaux et tendaient vers l'Attique. En foule rassembles, remplis d'étonnement, Quand pâle, enveloppée en son blanc vêtement. Elle s'élevait seule au sein de l'ombre noire, Les Grecs se rappelaient ces images d'ivoire 450 Qu'auxpoupes des vaisseaux consacraientleursaïeux, Pour les mieux assurer de la faveur des dieux.