‹ HélénaChapitre 79 sur 80 · Alkoran. [Note de Vigny · texte numérisé non relu

Alkoran. [Note de Vigny

2. Ange féminin chez les Mahométans : il vit dans le Soleil et parmi les Astres. (Alkoran.) [Note de Vigny.]

Vers 69-7 S. Les Péris avaient été mises à la mode par le poème de Thomas Moore, Lalla Roùkh 1817), traduit en français par Amédée Pichot en 1820. Moore les définit " de belles créatures de l'air, qui vivent de parfums ». C'est ainsi du reste que les représente d"Herbelot, auprès de qui il s'est renseigné. [Bibliothèque orientale, article Péri.) Le Coran n'en parle point, et je ne sais sur quoi Viguj' s'est appuyé pour les faire vivre, comme le dit sa note, « dans le soleil et parmi les astres ». Mais il n'est pas difficile de voir d'où viennent les six derniers vers de la strophe. Ils traduisent ce passage du Giaour : '< Il mourut les armes à la main et il ne fut pas vengé... Mais les vierges du paradis s empressent de le recevoir dans les demeures célestes, et les yeux brillants des houris lui souriront à jamais. Elles vont à sa rencontre en agitant leurs voiles couleur d'émeraude ; elles accueillent le brave avec un baiser. » (Trad. Pichot. 11'^ édit.. t. Il, p. 29.) I) après une note de Byron lui-même, « c est presque la traduction littérale d'un chant guerrier des Turcs : « Je vois la fille du paradis aux yeux noirs; elle fait flotter un voile coulcurdémcraude: elle me crie: Viens, accorde-moi les baisers, car je t'aime, etc., ctc )i ( Ibidem, p. 54.)

Ses doigts ont travaillé la soie 75 Où le brave doit reposer ;

I/entoLirant d'une éeliarpe verte, Sa bouche de rose entr'ouverle L'accueillera par un baiser.

Qui puisera les eaux sacrées 80 Dans la fontaine de Cafour *,

Où les houris désaltérées Chancellent et tombent d'amour ?

Leurs yeux doux, qu'un cil noir protège,

1. Fontaine du Paradis turc : elle roule des pierreries. {Alkoran.) [Note de Vigny.]

Vers 79-82. Le Coran dit au chapitre lxxvi que « les justes boiront un vin exquis mêlé avec l'eau de Cafour ». Il n'ajoute point que cette fontaine du paradis « roule des pierreries ». Vigny a pu se référer à un passage de Sale : « Comme l'abondance des eaux est une des choses qui contribuent le plus à rendre un lieu agréable, aussi l'Alcoran parle-t il souvent des rivières du Paradis. On dit que ce jardin est arrosé d'une infinité de sources et de fontaines dont les cailloux ne sont que rubis et émeraudes. . » (Ouvrage cité, t. I, p. 195)

Vers 83-SS. Les descriptions des houris abondent dans le Coran, et Vigny n'a eu que l'embarras du choix « Les justes habiteront les jardins de la volupté. A l'abri des peines de 1 enfer, ils jouiront des faveurs du ciel. Rassasiez-vous, leur dira-t on, des biens qu on vous offre : ils sont le prix de vos vertus. Reposez sur ces lits rangés en ordre. Ces vierges au sein d'albâtre, aux beaux yeux noirs, vont devenir vos épouses... On leur présentera des coupes remplies d'un vin délicieux dont la vapeur ne leur fera tenir aucun propos indécent et ne les excitera point au mal. ))(Chap. lui ) — L'épithète de chaude, appliquée à la liqueur que boiront les justes,'^ne laisse pas de surprendre. Le Coran insiste d'ordinaire sur la fraîcheur des boissons du paradis, et réserve aux impies les rasades d eau bouillante ou d'étain fondu. Mais peut-être la rime est-elle responsable de cette inexactitude.

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Vous regardent : leurs bras de neige 85 ^Applaudiront au combattant ;

Et dans des coupes d'émeraude Une liqueur vermeille et chaude Coule de leurs doigts et l'attend.

Allah prépare leur défaite, 90 II a pris le glaive de feu ;

Priez, chantez : Dieu seul est Dieu, Et Mahomet est son Prophète.

Si de grands bœufs errans surles bords d'un marais Combattent le loup noir sorti de ses forêts,

95 Long-temps en cercle étroit leur foule ramassée Présente à ses assauts une corne abaissée, Et, reculant ainsi jusque dans les roseaux, Cherche un abri fangeux sous les dormantes eaux. Le loup rôde en hurlant autour du marécage :

100 II arrache les joncs, seule proie à sa rage,

Car, au lieu du poil jaune et des flancs impuissans. Il voit nager des fronts armés et mugissans.

Vers 93-1 12. « Tel on voit un troupeau de loups affamés se précipiter sur un taureau sauvage, malgré le feu que lancent ses yeux et les rugissements de sa colère : c'est en vain qu'il foule aux pieds ou fait voler dans les airs avec ses cornes sanglantes ceux qui osent l'attaquer les premiers ; tels les musulmans marchent aux remparts ; tels les l)lus audacieux succombent sous les coups des assiégés. » (Le Siège de Corinlhe, xxni ; trad. Pichot, II" édit., t. I, p. 177 ) Vigny n"a point copié la comparaison de Byron, mais il s en est inspiré ; il l'a en quelque sorte retournée, et l'a développée avec une vigueur qui fait de ce morceau un des meilleurs de son poème Brizeux, qui connaissait bien et admirait Iléténa, (voir V Introduction, m), s'est souvenu de ce

Mais que les aboiemens d'une meute lointaine Rendent sûrs ses dangers et sa fuite incertaine,

105 II s'éloigne à regret ; son œil menace et luit Sur l'ennemi sauvé que lui rendra la nuit : Tandis que, rassuré dans sa retraite humide, Le troupeau laboureur, devenu moins timide, Sortant des eaux ses pieds fourchus et limoneux,

110 Contemple le combat des limiers généreux. Tels les Athéniens, du haut de leurs murailles, Ecoutaient, regardaient les poudreuses batailles. (( Quels pas ont soulevé ce nuage lointain ? (( Ces sables volent-ils sous le vent du matin ?

115 (( Se disaient-ils : quittant l'Afrique dévorée, (( Le Semoun flamboyant souffle-t-il du Pvrée? (( Il accourt vers Athène, et renverse en courant « L'Ottoman qui résiste, et le laisse mourant. (( Ce sont des Grecs ; voyez, voyez notre bannière !

l'20 (( Elle est resplendissante à travers la poussière. » Mora la soutenait, et ses exploits errans

passage quand il a voulu décrire le combat d'un loup contre un troupeau de bœufs :

Les yeux en feu, le loup, comme un trait, sort du bois,

Tue un jeune poulain, étrangle une génisse ;

Mais avant que sur eux l'animal ne bondisse,

Souvent tout le troupeau se rassemble, et les bœufs.

Les cornes en avant, se placent devant eux.

Le loup rôde à l'enlour, ouvrant sa gueule ardente.

Et. hurlant, il se jette à leur gorge pendante ;

Mais il voit de partout les fronts noirs se baisser.

Et des cornes toujours prèles à le percer.

Enfin, lâchant sa proie, il fuit, lorsqu'une balle

L'atteint, et les bergers, en marche triomphale.

De hameaux en hameaux promènent son corps mort.

(Les Bretons, chant ii.)

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Bien loin derrière lui laissaient les premiers rangs. Tenant sa main, paraît la belle et jeune fille, Pâle ; un crucifix d'or au-dessus d'elle l)rille :

125 Elle osait l'élever d'un bras ferme et pieux, Sans craindre d'appeler la mort avec les yeux, MarchaitjCt d'un œil sûr comme sachant leurscrimes, Au Grec avec sa croix désignait ses victimes. Lui, suspendait ses pas, et sa froide fureur

130 Frappait, en souriant de dédain et d'horreur. Alors on entendit, du haut des édifices, Des femmes applaudir ces sanglans sacrifices ; Elles criaient : a O Grèce ! O Grèce ! lève-toi ! (( L'ange exterminateur vient, guidé par la foi ! »

135 Et, la joie et les pleurs se mêlant aux prières. De leurs murs démolis précipitaient les pierres, Et l'huile bouillonnante, et le plomb ruisselant Jetés avec fracas en fleuve étincelant, Répandaient aux turbansque choisissaient leurshain es,

140 Des maux avant-coureurs des éternelles peines ; Tandis que, soulevant les pierres des tombeaux, Leurs pères, leurs enfants, leurs époux en lambeaux,

Vers lil-1'ii. Ces vers sont passablement obscurs. Il semble bien pourtant qu'il s'agit des morts qui sortent de la tombe pour venir au secours des vivants et les assister dans la lutte. Cette imagination assez singulière peut s'expliquer par une réminiscence de l'ode du poète grec, déjà citée, au me chant de Don Juan : « Nous contenteronsnous de pleurer sur des jours plus heureux? Nous contenterons-nous de rougir ? — Nos pères répandirent leur sang. Terre, entrouvre ton sein et rends-nous quelques anciens Spartiates. Ne nous rends que trois des trois cents, pour renouveler l'exploit des Thermopyles. Quoi !

Sortaient, pour le combat, de leurs retraites sombres, Et de leurs grands aïeux représentaient les ombres.

145 Les Turcs tombent alors vaincus ; les deux amans D'un pied triompbateur foulent ces corps fumans. Commeon voit d'un Aolcan le feu long-temps esclave Tonner, couler, descendre en une ardente lave, Et, confondant les rocs et les toits arrachés

150 Aux cadavres brûlans des chênes desséchés. Renouveler le Styx pour les tremblantes plaines, Tels marchaient après eux les rapides Hellènes. Leurs bras rassasiés, désœuvrés de martyrs, Arrachaient en passant quelques derniers soupirs;

1 55 Mais leurs yeux et leurs pas tendaient vers la fumée

tu ne réponds pas? Morts, vous gardez le silence? Oh non! — La voix des morts retentit comme un torrent lointain, et me crie : « Qu'un seul vivant lève la tête, un seul..., nous accourons, nous accourons ! — Les vivants seuls sont muets. » (Str. 7 et 8, trad. Pichot.)

Vers liio et suiv. Le récit de Vigny se rapproche ici sensiblement de celui que fait B5Ton dans le Siège de Corinthe ; mais tandis que dans Héléna les Turcs fuient et les Grecs sont vainqueurs, dans le poème anglais les Turcs l'emportent et les Grecs cherchent leur salut dans la mort. « On peut encore se retrancher dans léglise... Minotti et les siens s'y réfugient, laissant après eux un ruisseau de sang; ils ne cessent en reculant de faire face à l'ennemi, et vont respirer un moment derrière les piliers massifs du lieu saint. Hélas ! que ce moment fut court ! Les musulmans voient augmenter leur nombre et leur audace ; ils fondent sur les chrétiens avec tant d'audace que leur grand nombre lui-même devient funeste aux plus hardis... Les lumières qui ornent les autels des chrétiens ne peuvent percer de leur clarté vacillante les nuages produits par les décharges de mousqucterie. Les Ottomans sont devant la porte ; elle résiste sur ses gonds d'airain ; à travers tous les vitraux brisés il pleut une grêle de traits mortels... » (Trad. Pichot, II- éd., t. I, p. 183.)

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Qui roulait en flots noirs sur l'église enflammée. Là tombaient des eliiétiens au pied de leur autel ; On entendait le cri sans voir le coup mortel, Car l'incendie en vain éclairait tant de crimes :

160 Les portes dérobaient et bourreaux et victimes.

On les frappe à grand bruit. Calme comme un vainqueur,

Mora pressait alors Iléléna sur son cœur.

a Viens, disait-il, viens voir la maison paternelle,

(( Puisque ses murs quittés te font si criminelle;

165 (( C'est là ta seule peine. Allons, viens avec moi, (( Le vainqueur amoureux va supplier pour toi ; (( J'y vais trouver ensemble et ta main et ta grâce : {( Qu'as-tu faitquelagloireetnotreamourn'efface?)) Mais elle s'avançait : « Ne parlez pas ainsi,

170 (( Vous allez m'aft'aiblir ; Dieu m'a conduite ici ! » Et le délire alors semblait troubler sa vue Vers le temple brûlant toujours, toujours tendue. « C'est Dieu qui me fait voir quel doit être mon sort 1 (( Silence! taisons-nous ; j'entends venir ma mort !«

175 On entendait, au fond de l'église en tumulte, Des hurlements, des cris de femmes, et l insulte, Et le bruit de la poudre et du fer. Cependant Un nuage de feu sortait du toit ardent. « Mon ami, disait-elle, ù soutenez mon âme!

180 « Rendez-moi forte: hélas! je ne suis qu'une femme;

Vers 173-177. Comparer ces vers de l'Aveugle (253-256) :

L'autel est dépouillé. Tous vont s'armer de flamme, Et le bois porte au loin les hurlements de femme. L'ongle frappant la terre, et les guerriers meurtris Et les vases brisés, et l'injure et les cris.

(( Quandje VOUS vois, Jesensquej'aimeencorlejour;

(( Il ne me reste plus à vaincre que l'amour ; ^

{( Pour l'autre sacrifice, il est fait, )) Et ses larmes

Qu'elle voulait cacher, l'ornaient de nouveaux charmes. 185 Lui, la priait de vivre, et ne comprenait pas

Quels chagrins l'appelaient à vouloir le trépas.

Elle était sur son cœur ; sa tête était penchée.

On croyait qu'à ses cris elle serait touchée;

Mais la porte du temple est ouverte, et l'on voit 190 Tous ceux que menaçait le poids brûlant du toit :

Tous les Turcs étaient là ; mais chacun d'eux s'arrête.

Croise ses bras, jetant son fer, lève la tète,

Et sur la mort qui tombe ose fixer les yeux.

Un seul cri de terreur s'élève jusqu'aux (jeux ; 195 Le dôme embrasé craque, et dans l'air se balance.

(( Je les reconnais tous ! )) dit-elle. Elle s'élance,

Et sur le seuil fumant monte. «Je meurs ici !

(( — Sans ton époux, dit-il. — Mes époux? les voici !

« Je meurs vengée! Adieu, tombez, murs que j'implore ; 200 (( I^esCieuxmesontouverts,monàmeest viergeencore! »

Vers iS9 et siiiv. «... Mais le portique ébranlé tremble sur ses fondements, le fer cède, les gonds crient et se rompent, la porte tombe... Arrêté sur le marche-pied de lautel, Minotti survit presque seul aux braves qui n'ont pu sauver Corinthe ; il n'a pas cessé de menacer les Turcs qui le poursuivent... La flamme et le fer des Musulmans lenve loppent de toutes parts. » {Le Siège de Corinthe, xxi.x et xxx ; trad. Pichot, t. I. pp. 184-185.)

Vers 200. Rapprochez cette note mise par Vigny sur son exemplaire de Corneille (voir V Introduction, nii à la tirade de Théodore raillée par Voltaire ( Théodore, III, i) :

Je saurai conserver, d'une âme résolue,

A 1 époux sans macule une épouse inipollue.

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