INTRODUCTION XXXVII
« C'est dans Théocrite et dans Virgile qn'il faut chercher le modèle d'une poésie aussi suave et aussi IVaîche, dont nous n'avons d'exemples en framytis que dans (|uelques idylles d'André Chénier ; mais nous chercherions en vain dans toute notre littérature le type de compositions telles quHi'lcna, le Somnambule, la Prison surtout. Ce sont les grands effets du drame jetés au milieu d'une poésie descriptive toute nouvelle, dont les tableaux sont comme de belles décorations immobiles autour des personnages agissants. Cependant la plupart des poèmes de M. de Vigny ont à peine trois cents vers ; c'est qu'il aura senti, comme lord Byron, que la poésie moderne doit être courte pour produire un enchantement sans fatigue. » Il concluait ainsi : « On a fait de pompeux éloges ou des critiques acerbes de ces deux recueils : c'est le sort des talents d'un ordre supérieur. MM. de Vigny et Hugo doivent se glorifier des uns et profiter des autres. Ils ont tout ce qui ne s'acquiert pas, et ils ac([uéreront (sic) facilement ce qui leur manque. Ils pèchent quelquefois contre les routines de notre versification, jamais contre la poésie ; si dans quelques endroits de leurs livres les grâces du rudiment paraissent un peu négligées, c'est que peut-être il eût fallu leur sacrifier l'élégance d'une ellipse ou le pittoresque d'une expression. Toutefois, ils doivent veiller à ce que dans leurs vers la hardiesse ne dégénère pas en témérité, ni le naturel en négligence, et pour cela ils n'ont qu'à
« M. Alfred de Vigny, un des premiers, a senti que la vieille épopée était devenue presque impossible... A l'exemple de lord Byron, il a su renfermer la poésie épique dans des compositions d'une moyenne étendue et toutes inventées ; il a su être grand sans être long. » (4e éd., 1829, p. xm.)