‹ Héléna, poème en trois chants;Chapitre 26 sur 50 · Chant ni, v · texte numérisé non relu

Chant ni, v

5. « J ai donné à ce petit ouvrage les formes les plus antiques : il est divisé en prologue, réeil et épilogue Les principales parties du récit prennent une dénomination, comme les Chasseurs, les Laboureurs . eic ; et c était ainsi que, dans les premiers siècles de la Grèce, les rhapsodes chantaient, sous divers titres, les fragments de l'Iliade et de l Odgssée. «(Préface d Atala, Œuvres complètes, éd. Garuier, t. III, 1859, p. 3.)

INTRODUCTION XLIX

et celui sur les âmes sœurs qui succède au premier sans précisément lui faire suite. On s'en passerait facilement, et on n'aurait pas à regretter que l'auteur en eut allégé sa composition, s'ils n'étaient, le second tout au moins, parmi les mieux venus, et peut-être les plus originaux de l'ouvrage. Si l'on est en peine de leur raison d'être, qui ne ressort pas nettement du plan du poème, qu'on relise les « ouvertures » du même genre qui se trouvent au début du Giaoïir, par exemple, ou du second chant de Lara. Ainsi, pour ce qui est de sa contexture et de sa forme générale, le poème de Vigny oscille de l'imitation de Chateaubriand à celle de Byron, Il en va de même dans le détail du style, comme il est aisé de le faire voir.

LE STYLE D « HKLENA ».

L'impression générale que donne le style d'Héléna, c'est qu'il est très mêlé et très inégal. A côté de gaucheries qui vont de la cacophonie à l'incorrection ', et de l'obscurité à l'amphigouri -, on y trouve des passages

On voyait dans leurs jeux Ariane abusée Conduire en des détours quelque jeune Thésée.

Ils regreltaient, dit-on, la liberté chérie, Car on surprit souvent le nom seul de patrie Sortir avec éclat du sein de leur propos.

Elle n'implorait point une indigne pitié, Mais, Gère, elle semblait chercher dans sa pensée Ce qui vengerait mieux une femme ofl'ensée.

L INTRODUCTION

heureusement traités et des vers sortis de plein jet. Des développements prosaïques et traînants encadrent des comparaisons soigneusement cherchées et développées avec art. Des formes surannées alternent avec des tours d'un goût moderne, et qui s'applique à l'être. Toutes les lectures que Vignj^ a faites depuis quinze ans ont laissé là leur trace ou leur reflet.

Le fond de ce style est classique, ou pseudo-classique. En feuilletant les trois chants d'//e/e/ja, on peut saluer au passage la plupart des « beautés » chères à la poésie de l'époque impériale. Veut-on de la mythologie? Voici Achille, Diomède, les fils de Léda, « jumeaux radieux des nuits » ; un volcan en éruption « renouvelle le Styx pour les tremblantes plaines », et, sur le blanc rivage de Lesbos, ce n'est pas le rossignol, mais « Philomèle » qui « gémit ^ ». Des abstractions ou des objets personnifiés? La Douleur, la Mort et la Vengeance sont là, pourvues des majuscules convenables ; la Force et le Génie « couronnent le front » de la Grèce ; « la ])udeur tremblante » des compagnes d'Héléna « fuit dans les monlagnes » et « la froide fureur » de Mora « frappe en souriant de dédain et d'horreur- ». L'or « marchande la tête » des Grecs ; les flambeaux <( retournent aux vaisseaux » ; le sable de la mer « montre son flanc doré » ; « les fers indignés » des chevaux « glissent au sang des morts »,

Et demander au Dieu d'amour et de douleur Des forces pour lutter contre elle et le malheur.

(11,133-136.) Leurs bras rassasiés, désœuvrés de martyrs, Arrachaient en passant quelques derniers soupirs

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