Eloa ne compte que 848 vers
•3i P. 281, note de Ratisbonne.
INTRODUCTION V
infructueuses. M. de Lovenjoul lui-même ignore quel peut être l'heureux possesseur de cette pièce unique ^. Je souhaite qu'il se fasse connaître un jour. En attendant, force m'a été de m'en tenir à la reproduction pure et simple de l'édition originale. Je l'ai transcrite à la lettre, en respectant scrupuleusement l'orthographe et même, — sauf dans quelques cas où la correction s'imposait 2, — la ponctuation de l'auteur.
Si j'avais borné là ma tâche, elle eût été aisée. Mais à défaut d'un apparat critique qui n'a pas de raison d'être, cette réimpression d'Héléna m'a semblé devoir comporter une annotation d'un autre genre. Quiconque a étudié d'un peu près les poèmes de la première manière d'Alfred de Vigny, — j'entends par là tous ceux qui sont réunis dans l'édition collective de 1829, — sait combien souvent on retrouve sous sa pensée une autre pensée, sous ses images des images venues d'ailleurs, sous les formes de son style les formes du style de Chateaubriand, de Chénier, deByron, pour ne citer que les plus illustres de ses maîtres. Comme l'a fait remarquer justement M. Ernest Dupuy, on ne peut apprécier exactement ce poète de « seconde inspiration » sans appliquer préalablement à l'étude de son texte la méthode à laquelle la philologie antique a recours pour Horace et Virgile, la philologie moderne pour
1. Il m'en a donné l'assurance Hvec la bonne grâce qui lui est habituelle.
2. Ces corrections ne valaient pas la peine d'être mentionnées dans les notes ; je me borne à les signaler ici. J'ai supprimé, chant ler, v. 52 et 195, une virgule à l'hémistiche ; chant 11, v. 20, un point à la fin du vers. J'ai remplacé par une virgule, à la fin du vers, chant ler, V. 20, un point et virgule ; v. 59, un point ; chant m, v. 245, un point et virgule.
VI INTRODUCTION
Ronsard et Chénier, qu'elle commence à étendre à Victor Hugo et à Lamartine ^ A plus forte raison était-il nécessaire de procéder de la sorte pour un poème dont l'action se déroule dans un pays lointain, où Vigny n'a jamais voyagé qu'en imagination, et qu'il ne connaissait que par les livres. Auprès de qui s'est-il, comme on dit, « documenté » ? Qui lui a suggéré les épisodes de son poème ? A qui a-t-il demandé le fond et parfois les termes de ses descriptions, les images dont il orne son récit, les traits de pittoresque exotique dont il le relève ? Et ce qu'il a emprunté, quel usage en a-t-il fait ? Comment l'a-t-il, avec plus ou moins de bonheur, fondu dans sa poésie ? Les rapprochements qu'on trouvera presque au bas de chaque page permettront d'en juger. Je ne me flatte pas d'avoir épuisé tous ceux qu'il était possible ou seulement légitime de faire. J'espère toutefois avoir apporté une contribution utile au critique qui entreprendra quelque jour, pour l'œuvre entière d'Alfred de Vigny, cette confrontation du texte avec ses sources, assise nécessaire d'un jugement circonstancié sur l'originalité du poète. J'ai moi-même contracté pareille obligation envers M, Ernest Dupuy. Nous avions fait sur Héléna, à l'insu l'un de l'autre, une enquête du même genre. Il a publié avant moi les résultats de la sienne -, et j'en ai profité. Je tiens d'autant plus à le reconnaître que je me trouverai, pour ce qui regarde l'histoire du poème, en désaccord avec lui.
Cette histoire, Vigny l'a racontée dans le Journal d'un Poète : « Héléna, dit-il, est un essai fait à dix-neuf ans. Il a un vice fondamental, c'est l'action du poème.