Ibid., pp
INTRODUCTION VII
« Une jeune fille des îles Ioniennes * a été violée par les soldats turcs,
« Son amant, qui l'ignore, la conduit à bord d'un vaisseau grec qu'il commande et mène délivrer Athènes.
« Il la voit mélancolique et souhaitant la mort. Lui, qui ne voit et ne désire que la victoire sous les j'eux de sa fiancée, il lui parle de la Grèce et la lui montre dans le lointain en traversant les Cyclades.
« Elle voit une autre Grèce et ses ruines et ses tombeaux. On attaque Athènes en débarquant. Une église renferme les restes de la garnison turque réfugiée ; Héléna voit ces Turcs qui vont être écrasés et s'élance en criant :
— « Je meurs ici !
— « Sans ton époux ?
— « Mes époux, les voici, dit-elle. — Je meurs. Mon âme est vierge encore. » Voilà le mot de l'énigme.
« Son amant [Mora, nom mal choisi et au hasard, sans étude assez attentive des Botzarîs, Canaris, etc., etc.), son amant est trop naïf en attribuant sa tristesse au regret seul qu'elle a d'avoir quitté sa famille pour le suivre.
1. Vigny analysait sans doute son poème de mémoire, et ne l'avait pas relu depuis longtemps. Héléna comme son amant Mora sont tous deux Athéniens. Ceci ressort de maints passages. Mora a parlé au premier chant (v 59-60) :
D'Athènes, son berceau, qu'il voulait secourir. Qu'il y fut fiancéj qu'il y voulait mourir.
I-*lus loin, chant ii, v. 58 et suiv., il brûle d'aller à Athènes retrouver Héléna. Quand elle rejoint l'escadrille grecque à son départ de Scio, Mora s'étonne qu'elle ne soit pas « dans Athène à cette heure endormie ». |ii, V. 150.) En faisant ses adieux à sa patrie et à la vie, elle regrette de n'avoir pas connu les douceurs maternelles et « élevé les jours d'un jeune Athénien », etc. Il n'est peut-être pas sans intérêt, comme on le verra plus loin, de relever ce lapsus.
VIII INTRODUCTION
« Il n'ouvre les yeux qu'au moment de son aveu public et désespéré.
« Le lendemain, au clair de lune, il va gémir sur sa cendre dans les ruines, invoque Héléna et promet de passer sa vie à pleurer sur cette cendre.
« Cependant il se console dans un coin en réfléchissant, et dit à son ombre qu'il hésiterait à la ressusciter, s'il en avait le pouvoir, et qu'il l'aime mieux morte et à l'état de fantôme et de souvenir ; que leur amour sans honneur eût été très refroidi et fort troublé, et conclut :
Va, j'aime mieux ta cendre encor qu'un tel bonheur.
« C'est une aventure souillée par le fond même du sujet, et je remarquai après la publication que les personnes qui m'en parlaient avec le plus d'enchantement et qui appréciaient le mieux ce qu'il y avait là de digne de la grande cause grecque, ne prenaient aucun intérêt ni à l'héroïne cosaquée, comme il était trop d'usage de le dire après l'avoir souffert dans les deux invasions, ni surtout à l'amoureux refroidi par la découverte fâcheuse du dénouement.
« Refaire une autre aventure avec les mêmes personnages était une absurde et impossible tentative. — Moi-même j'étais saisi de dégoût et d'ennui seulement en relisant cet essai, et la conclusion de mon examen de moi-même fut de retrancher le poème entier de mes œuvres : je le fis, et fis bien.
« Aujourd'hui, mon avis est encore le même ^. »
Ainsi donc Alfred de Vigny a composé Héléna à dix-neuf ans, — dans le courant de 1816 par conséquent, puisqu'il