‹ Héléna, poème en trois chants;Chapitre 39 sur 50 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je me suis efforcé, au cours d'une étude qu'on trouvera peut-être bien minutieuse et bien longue, de mettre sous les yeux du lecteur tous les documents et arguments qui pouvaient l'aider à former son opinion. Pour moi, je me refuse absolument à voir dans Hélénci je ne dis pas une œuvre de jeunesse, — Vigny était jeune encore en 1821, et il y paraît, — mais une œuvre d'extrême jeunesse et comme un premier début. Le poème, à mon sens, a bien été conçu et composé à la date assignée par Sainte-Beuve. Tout ce que j'accorderai, c'est que l'auteur a pu y faire entrer quelques morceaux esquissés précédemment, par exemple les couplets, assez lâchement rattachés au sujet, qui ouvrent le ii'^ chant. Mais l'ensemble donne l'impression d'une œuvre hâtive, écrite sous l'inspiration des circonstances, avec la préoccupation d'aboutir au plus tôt. Ainsi s'expliquent le nombre, l'étendue et la franchise des emprunts faits par Vigny à des écrivains trop admirés. Le fait, à son tour, rend raison du retranchement unique et définitif opéré par lui, et de son obstination à ce qu'il ne fût réimprimé de son ouvrage que des fragments, qui n'auraient peut-être pas été toujours ceux-là mêmes que Ratisbonne a choisis.

Je ne regrette pas, pour ma part, d'avoir contrevenu à la défense signifiée par le poète. Son œuvre, bien qu'inégale et imparfaite, n'est pas sans valeur. Les amis de Vigny qui

IXTllODUCTIOX LXV

ne peuvent avoir entre les mains l'édition de 1822 y glaneront (juelques beaux vers, même quelques poétiques couplets, qui peuvent figurer sans trop de désavantage à côté des belles pages de leur poète. Les historiens de la littérature qui voudront reprendre la question, toujours pendante, de l'authenticité des dates de la Dryade et de Syinétha, pourront trouver dans la conclusion à laquelle je suis arrivé pour Héléna un argument à l'appui de la thèse soutenue par Sainte-Beuve. Quoi qu'il en soit, et en quelque année qu'on place la composition du poème, il est de nature à intéresser la critique par les aperçus qu'il ouvre sur la méthode de travail pratiquée par son auteur. Nulle part ne se révèle plus clairement le caractère composite de la poésie de Vigny ; nulle part peut-être on ne comprend mieux, justement parce qu'ici on n'en retrouve pas assez la trace, ce qui fait en dernière analyse l'originalité de son génie, cette pensée longuement méditée et mûrie, beau papillon qui déploie lentement des ailes d'or et d'azur, encore plissées et froissées de leur séjour dans l'enveloppe obscure où, une à une, elles ont pris leurs couleurs. En lisant les trois chants iVHéléna, je me suis souvenu à maintes reprises, pour en admirer, à travers les ménagements imposés par la susceptibilité de Vigny en matière d'originalité littéraire, la justesse, la finesse et la merveilleuse intuition, de celte page que Sainte-Beuve, en 1835, écrivait sur l'auteur des Poèmes : « Chez M. de Vigny, à part les imitations évidentes d'André Chénier, qui sont une étude en dehors, on cherche vainement union et parenté avec ce qui précède en poésie française. D'où sont sortis en effet Moïse, Eloa, Dolorida ? Forme de composition, forme de style, d'où cela est-il inspiré ? Si

LXVI INTRODUCTION

les poètes de la pléiade de la Restauration ont pu sembler à quelques-uns être nés d'eux-mêmes, sans tradition prochaine dans le passé littéraire, déconcertant les habitudes du goût et la routine, c'est bien sur M. de Vigny que tombe en plein la remarque. Ces poètes, à en juger par lui, étaient en effet des âmes orphelines, sans parents directs en littérature française. Hormis M. de Chateaubriand, qui encore ne les reconnaissait pas bien authentiquement, je ne vois guère de qui ils se seraient réclamés. Oui, dans cette Muse si neuve qui m'occupe, je crois voir, à la Restauration, un orphelin de bonne famille qui a des oncles et des grands-oncles à l'étranger (Dante, Shakespeare, Klopstock, Byron) : l'orphelin, rentré dans sa patrie, parle avec un très bon accent, avec une exquise élégance, mais non sans quelque embarras et lenteur, la plus noble langue française qui se puisse imaginer ; quelque chose d'inaccoutumé, d'étrange souvent, arrête, soit dans la nature des conceptions qu'il déploie, soit dans les pensées choisies qu'il exprime. Les sources extérieures du talent poétique de M. de Vigny, si on les recherche bien, lurent la Bible, Homère, du moins Homère vu par le miroir d'André Chénier, Dante peut-être, Milton, Klopstock, Ossian, Thomas Moore lui-même, mais tout cela plus ou moins lointain et croisé, tout cela surtout fondu et absorbé goutte à goutte dans une organisation concentrée, fine et puissante 1. » Avec quelques retouches, cette page vive et pénétrante pourrait être définitive. Ai-je besoin d'avertir

1. Revue des Deux Mondes, octobre 1835. (Article sur Seivilnde el Grandeur militaires, recueilli dans les Porlrails conlemporains, l'aris, 1869, t. II, pp. 52 et suiv.)

INTRODUCTION • LXVII

le lecteur qui n'aurait pas le temps ou le désir de les faire lui-même qu'il les trouvera indiquées, avec tout le charme d'une plume délicate et savante, dans le bel article, que j'ai souvent cité, de M. Ernest Dupuy ?

Dans quelques instans de loisir j'ai fait des vers inutiles; on les lira peut-être, mais on n'en retirera aucune leçon pour nos temps. Tous plaignent des infortunes qui tiennent aux peines du cœur, et peu d'entre mes ouvrages se rattacheront à des intérêts politiques. Puisse du moins le premier de ces Poèmes n'être pas sorti infructueusement de ma plume ! Je serai content s'il échauffe un cœur de plus pour une cause sacrée. Défenseur de toute légitimité, je nie et je combats celle du pouvoir Ottoman '.

1. Cette « Introduction » (c'est ainsi que la désigne la table des matières de l'édition de 1822), bien qu'elle soit placée entête du recueil, est spécialement destinée à présenter Héléna au lecteur. Une «Note », insérée à la page 67, sert de préface aux autres Poèmes, répartis en trois groupes : Poèmes antiques. — Poèmes judaïques. — Poèmes modernes.

La dernière phrase fait allusion aux polémiques soulevées dans la presse de 1821 par l'insurrection hellénique. Certains journalistes européens étaient allés jusqu'à traiter les Grecs de rebelles et d'ennemis de leur souverain légitime. Dans son numéro du 1er juillet, le Journal des Débats inséra une longue lettre à lui adressée « par un savant distingué originaire de la Grèce ». L'auteur, qui signe N. P., protestait énergiquement contre cette « absurdité ». La question fut discutée et résolue contre la domination turque par de Bonald dans un article du Journal des Débats [Sur la Turquie, 20 septembre 1821;, qui semble bien avoir trouvé un écho dans quelques vers d' Héléna. (Chant Ie% vers 178-180.)

CHANT PREMIER l'autel

Ils ont, Seigneur, affligé votre peuple, ils ont opprimé votre héritage.

Ils ont mis à mort la veuve et l'étranger, ils ont tué les orphelins.

{Psaumes '.)

Le téorbe et le luth fils de l'antique lyre, Ne font plus palpiter l'Archipel en délire ; Son flot, triste et rêveur, lui seul émeut les airs. Et la blanche Cyclade a fini ses concerts.

1. L'épigraphe du I" chant est prise du psaume xciii, versets 5 et6: « Populum tuum. Domine, humiliaverunt, et hereditatem tuam vexaverunt. — Viduam et advenam interfecerunt, et pupilles occiderunt. »

Vers 1 et siiiv. Le dessin général du début de ce chant i^vers 1-60) paraît avoir été suggéré par quelques stances du II^ chant de Childe Harold, où Bj'ron a peint l'esclavage souriant de la Grèce, et opposé à 1 insouciance et à la légèreté du peuple en général les regrets et les préoccupations de quelques patriotes. Je transcris ce passage d'après la traduction Pichot, que Vigny a eue certainement entre les mains. Ceci sans préjudice des réminiscences d'autres ouvrages de Byron ou de Chateaubriand, que l'on peut relever dans ces soixante vers et qui seront signalées en leur lieu.

« ... Jamais la liberté ne reviendra habiter cette contrée malheureuse, où les esclaves succéderont aux esclaves pendant des siècles de douleurs. Observez cependant la gaîté des Grecs. Les jours de l'abstinence chrétienne approchent... Mais avant que le repentir se couvre du cilice, il est permis à chacun de se livrer à la joie pendant quelques jours... Le rivage retentit de cris confus ; la musique ne cesse de faire entendre ses sons variés, les rames des barques semblent frapper la

b L AUTEL

5 On n'entend plus le soir les vierges de Morée, Sur le frêle caïque à la poupe dorée, Unir en dou])le chœur des sons mélodieux. Elles savaient chanter non les profanes dieux, Apollon, ou Latone à Délos enfermée, 10 Minerve aux yeux d'azur, Flore ou Vénus armée,

mer en cadence, et le choc des vagues a aussi son harmonie. La reine des nuits sourit du haut de son trône céleste à cette fête joyeuse... De légers caïques semblent à peine effleurer la plaine liquide; les jeunes Grecques dansent sur les bords du Bosphore ; les danseurs et leurs danseuses oublient également le sommeil et l'heure qui les appelle sous le toit paternel ; leurs yeux languissants font entre eux un échange de |doux regards... Mais au milieu de cette troupe joyeuse, n'est-il pas quelques hommes agités de peines secrètes, et qu'un visage contraint trahit à demi ? La voix des vagues n'est pour ceux-là qu'un gémissement plaintif sur l'objet de leurs regrets ; pour eux, la gaîté de tout ce qui les entoure n'est qu'une source de pensées mélancoliques, et n excite qu'un froid dédain. Ils n'écoutent qu'avec peine les chants et les transports tumultueux de ceux qui se livrent à la joie du moment ; qu'il leur tarde d'échanger leurs habits de fête pour un lugubre linceul ! » (Childe Harold, II, st. 77-82, trad. Pichot, Ile édition, 1820, t. m, pp. 94-96.)

Les quatre premiers vers rappellent l'ode du poète grec, qui se trouve au IIP chant de Don Juan, après la st. 86 :

« Iles de la Grèce, îles de la Grèce ! où la brûlante Sapho aima et chanta son amour, patrie de tous les arts, où s'éleva Délos, où naquit Phébus ! un éternel été vous embellit encore, mais tout est éclipsé, excepté votre soleil.

« La muse de Scio, la muse de Téos, la harpe du héros, le luth de l'amant, ont trouvé la gloire que leur refusent vos rivages ; leur terre natale seule est muette pour des chants que l'écho répète au delà des Iles Fortunées de vos ancêtres. »

Vers 7-10. Réminiscence du P"" livre des Martyrs : « Cymodocée, à la tête de ses compagnes, entonne l'hymne à Diane : « Formez, formez la danse légère ! Doublez, ramenez le chœur, le chœur sacré ! — Diane, souveraine des forêts, recevez les vœux que vous offrent des vierges choisies, des enfants chastes, instruits par les vers de la

L AUTEL ,

Alliés de la Grèce et de la liberté ; Mais la Vierge et son fils entre ses bras porté, Qui calment la tempête et donnent du courage A ceux que les méchants tiennent en esclavage : 15 Ainsi l'hymne nocturne à l'étoile des mers Couronnait de repos le soir des jours amers. Sitôt que de Zéa, de Corinthe et d'Alcime,

Sibylle. Vous naquîtes sous un palmier, dans la flottante Délos. Pour charmer les douleurs de Latone, des cj-gnes firent sept fois en chantant le tour de l'île harmonieuse. Ce fut en mémoire de leurs chants que votre divin frère inventa les sept cordes de la lyre, etc. » {Œuvres complètes, éd Garnier, in-8o, Paris. 1859, t. IV, p. 20.) L'allusion à Vénus armée, divinité Spartiate, a été suggérée sans doute aussi par les Martyrs (p. 189) ou par l'Itinéraire {ibidem, t V, p. 152), à moins qu'elle Devienne d'un poème de Millevoye que Vigny connaissait fort bien, les Adieux d'Hélène :

Ce temple est à Vénus, mais à Vénus armée.

Vers 12-16. Chateaubriand, Martyrs, livre XIX :« Etoile des mers, patronne des navigateurs, le salut de ces infortunés fut un miracle de votre bonté divine ! On ne vit point un dieu imaginaire lever la tête au-dessus des vagues et leur commander le silence, mais une lumière surnaturelle entrouvrit les nuées : au milieu d'une gloire, on aperçut une femme céleste portant un enfant dans ses bras et calmant les flots par un sourire » {Œuvres complètes, t. IV, p. 270- ; — et Génie du Christianisme, Ile partie, liv. IV, chap. vu : (( Déjà l'Océan se creuse pour engloutir les matelots ; déjà les vagues, élevant leurs tristes voix entre les rochers, semblent commencer les chants funèbres; tout à coup un trait de lumière perce la tempête : l'Etoile des mers, Marie, patronne des mariniers, paraît au milieu de la mer. Elle tient son enfant dans les bras et calme les flots par un sourire. » Ibid , t. II, p. 236.)

Vers 17 . Zéa, l'ancienne Céos ; le cap Alcime. promontoire situé à l'entrée du Pirée. Ces noms ont été fournis par l Itinéraire. Œuvres complètes, t. V, pp. 198 et 223.)

Vers l~-2i Comparez la page célèbre des Martyrs : «C'était une de ces nuits dont les ombres transparentes semblent craindre de cacher le beau ciel de la Grèce : ce n'étaient point des ténèbres, c'était seule-

8 l'autel

La lune large et blanche avait louché la cime, Et douce aux yeux mortels, de ce ciel tiède et pur

'20 Comme une lampe pâle illuminait l'azur, Il s'élevait souvent une brise embaumée, Qui, telle qu'un soupir de Tonde ranimée. Aux rives de chaque île apportait à la fois Et l'encens de ses sœurs et leurs lointaines voix.

25 Tout s'éveillait alors : on eût dit que la Grèce Venait de retrouver son antique allégresse, Mais que la belle esclave, inquiète du bruit, N'osait plus confier ses fêtes qu'à la nuit. Les barques abordaient en des rades secrètes,

ment l'absence de jour. L'air était doux comme le lait et le miel, et l'on sentait à le respirer un charme inexprimable. Les sommets du Taj'géte. les promontoires opposés de Colonides et d'Acritas, la mer de Messénie, brillaient de la plus vive lumière. . Le vent de la nuit apportait à Cymodocée les parfums du dictame et la voix lointaine de Neptune... » (Liv. I^r, Œuvres complètes, t. IV, p. 21.) Cette description a été particulièrement admirée des romantiques de 1820. Emile Deschamps l'a versifiée dans ses Etudes françaises et étrangères (4e éd., Paris, 1829 : Une page des Martyrs, p. 273). Vigny paraît avoir eu aussi dans la tête le début du Giaour : « Beau climat! oîi chaque saison propice sourit à ces îles fertiles que l'œil découvre des hauteurs de Colonna. et dont l'aspect enchante le cœur et le plonge dans une douce rêverie! C'est là que l'Océan admire la svirface à peine soulevée de ses flots sur lesquels se réfléchissent les sommets des monts qui couronnent ces îles fortunées, et si parfois une brise passagère vient faire onduler le cristal azuré de la mer ou sépare une fleur de sa tige, les ailes de ce zéphyr bienfaisant transportent en tous lieux les parfums les plus doux. )) (Trad Pichot, t. II, p. 7.)

Vers 20. « La lune décroissante paraissait au milieu du ciel. comme les lampes demi-circulaires que les premiers fidèles allumaient aux tombeaux des martyrs ». (Chateaubriand, Martyrs, liv. II ; Œuvres complètes, t. IV, p. 37.)

l'autel ' 9

30 Puis, des vallons fleuris choisissant les retraites, Des danseurs, agitant le triangle d'airain, Oubliaient le sommeil au son du tambourin, Oubliaient l'esclavage auprès de leurs maîtresses Qui de leurs blonds cheveux nouaient les longues tresses

35 Avec le laurier-rose, et de moelleux filets,

Et des médailles d'or, et de saints chapelets. On voyait, dans leurs jeux, Ariane abusée

Vers 3i-S6. Comparez, pour la chute de la phrase, avec André Chénier, l'Aveugle, v. 254-256 ; Elégies, liv. I, xx, v. 17-20, et la Jeune Tarentine :

Une clef vigilante a pour cette journée

Sous le cèdre enfermé sa robe d'hj'ménée.

Et l'or dont au festin ses bras seront parés.

Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.

Les voyageurs du début du xix^ siècle décrivent ainsi la coiffure des femmes grecques : « Elles ont ordinairement beaucoup de cheveux ; elles les nattent, les laissent flotter en arrière, et ils tombent quelquefois jusqu'à terre. Il nest pas rare de voir déjeunes personnes former plus de vingt grosses tresses, sans compter les deux ou trois dont elles ceignent leurs têtes en forme de couronne, et qu'elles ornent de fleurs, de plumets, de perles et de bijoux. » (Chandler, Voyage dans l Asie- Mineure et en Grèce, trad. Servois et Barbie du Bocage, Paris, 1806, t I, p. 146.) — « Comme les Juives, elles (les Macédoniennes) cachent leurs cheveux avec un bandeau de mousseline auquel est attaché un bonnet rouge en forme de rescille (sic), garni de sequins et de colifichets, qui tombe au-dessous des reins. » (Pouqueville, Voyage en Grèce. Paris, 1820-1821, t. II, p. 424.) Aucun dentre eux ne parle de chapelets. Vigny ne se serait-il pas souvenu d'un détail des Martyrs'? « Eudore prend dans sa main un javelot de frêne; il suspend à sa main droite une de ces couronnes de grains de corail dont les vierges martyres ornaient leurs cheveux en allant à la mort. » {Œuvres complètes, t. IV, p. 54.) Chateaubriand ajoute en note : « La plupart des Grecs portent encore aujourd hui un chapelet à la main. Il était assez difïicile d'exprimer un chapelet dans le style noble : je ne sais si j'ai réussi. » (IbicL, p. 379.) Vigny a été plus audacieux que son modèle.

Vers 37-iO. La danse grecque appelée la Candiote a été souvent

L AUTEL

Conduire en des détours quelque jeune Thésée, Un Grec, ainsi que l'autre, en ce joyeux moment, 40 Tendre, et bientôt peut-être aussi perfide amant.

Ainsi de l'Archipel souriait l'esclavage ; Tel sous un pâle front que la fièvre ravage, D'une Vierge qui meurt, l'amour vient ranimer

comparée par les voyageurs aux sinuosités du Labj'rinthe. Voyez à ce sujet Guys, Voyage littéraire de la Grèce, Paris, 1776, pp. 181-184 et 187, et dans le même ouvrage la Lettre de M'i'e Chénicr à l'auteur sur les danses grecques, p. 198. Chateaubriand, dans les Martyrs, fait le même rapprochement : < Elle se rappelait les antiques traditions de l'île fameuse où elle reçut la lumière, le Labyrinthe, dont la danse des jeunes Cretoises imitait encore les détours. » [Œuvres complètes, t. IV, p. 21 ) Il ajoute en note : « On croit que la danse Cretoise connue sous le nom d'Ariane était une imitation des circuits du Labyrynthe. « [Ibid., p. 374. Pouqueville, dans son Voyage en Morée,lâ décrit presque dans les mêmes termes que Vigny : « Parmi les danses que j'ai vues, il en est une, appelée la Candiote, que les jeunes filles exécutent de préférence. On imaginerait voir Ariane indiquer les détours du Labyrinthe et en dessiner les routes au perfide Thésée » (Paris, 1805, t. I. p. 274 )

Vers i l-ii. L idée première de cette comparaison paraît être venue à Vigny d'un passage célèbre du Giaour, qui a été maintes fois imité par les poètes de la Restauration. (Voir E. Estève, Byron et le Romantisme français, Pai'is, 1907, pp. 116-117.) « Avez-vous jamais jeté les yeux sur une femme qui vient d expirer ? Lorsque le premier jour de la mort n'est pas encore écoulé, ce jour où le néant commence, et qui est le dernier du danger et de la douleur, avant que la main du trépas ait flétri ces traits dont la beauté survit encore, avez-vous remarqué cet air calme et angélique, cette douceur ravissante du repos et le coloris faible mais délicat qui se mêle à la pâleur languissante de ces joues paisibles?... Tel est l'aspect de ce rivage ; c'est la Grèce, mais la Grèce qui ne vit plus : son calme glacé, sa beauté morte, nous font tressaillir... C'est le dernier rayon dune clarté mourante, etc. » (Trad Pichot, t. II, p. 9.) On voit aisément comment la comparaison a été à la fois modifiée et abrégée par le poète français.

l'autel 11

Les lèvres que bientôt la mort doit refermer.

45 Mais depuis peu de jours, loin des fêtes nocturnes, On a vu s'écarter, graves et taciturnes, Sous les verds oliviers qui ceignent les vallons, Des Grecs dont les discours étaient secrets et longs. Ils regrettaient, dit-on, la liberté chérie,

50 Car on surprit souvent le mot seul de patrie Sortir avec éclat du sein de leurs propos. Comme un beau son des nuits enchante le repos. On a dit que surtout un de ces jeunes hommes, Voyageant d'île en ile, allant voir sous les chaumes,

55 Dans lesantres des monts, sous l'abrides vieux bois. Quels Grecs il trouverait à ranger sous ses lois : Leur faisait entrevoir une nouvelle vie Libre et fière ; il parlait d'Athènes asservie, D'Athènes, son berceau, qu'il voulait secourir,

60 Qu'il y fut fiancé, qu'il y voulait mourir, Qu'il fallait y traîner tout, la faiJilesse et l'âge. Armer leurs bras chrétiens du glaive du Pelage, Et, faisant un faisceau de haines de leurs cœurs, Aux yeux des nations ressusciter vainqueurs.

G5 Ecoutez, écoutez celte cloche isolée. Elle tinte au sommet de Scio désolée ; Asesbourdonnemens, pleins d'un sombre transport, Des montagnards armés descendent vers le port, Car les vents sont levés enfui pour la vengeance,

70 Et la nuit, avec eux, monte d'intelligence.

L'écarlale des Grecs sur leur front s'arrondit :

12 l'autel

Tels, quand la sainte messe à nos autels se dit,

Tous les enfans du chœur, d'une pourpre innocente

Ont coutume d'orner leur tête adolescente. 75 Mais à des fronts guerriers ce signe est attaché.

Lequel osera fuir ou demeurer caché ?

Une cire enflammée en leurs mains brille et fume ;

Comme d'un incendie l'air au loin s'en allume ;

Le sable de la mer montre son flanc doré, 80 Et sur le haut des monts le cèdre est éclairé,

Le flot rougit lui-même, et ses glissantes lames

Ont répété de l'île et balancé les flammes.

La foule est sur les bords, son espoir curieux

Sur la vague agitée en vain jetait les yeux, 85 Quand, sous un souffle aini poursuivant son vol sombn

Un navire insurgé tout à coup sort de l'ombre.

Un étendard de sang claque à ses légers mâts.

D'armes et de guerriers un éclatant amas

Surchargent ses trois ponts ; l'airain qu'emplit la poudi 90 Par les sabords béans fait retentir sa foudre.

Des cris l'ont accueilli, des cris ont répondu ;

De Riga, massacré, l'hymne s'est entendu.

Vers 8 I-S2. Chateaubriand, Génie du Christianisme : « La montagne balance sur les flots ses sommets lumineux et ses arbres de neige » (Œuvres complètes, t. II, p. 119); — et Martyrs, liv. XVII : « Les colonnes de marbre blanc semblaient se balancer dans les flots avec la lumière dorée des étoiles. » [Ibidem, t. IV, p. 230.)

Vers 86-87. Comparez Byron, Corsaire, I, 3 : « Ce n'est point une prise; ah ! du moins c'est une voile amie : le pavillon rouge se déroule au souffle du zéphyr » (trad. Pichot, 1. 1, p. 10) :

The blood red signal glitters in ihe gale.

Vers 92. L'hymne de Rhigas ou Rigas, comme écrivent les publi-

l'autel 13

Et le tocsin hâtif, d'une corde rebelle, Sonne la liberté du haut de la chapelle ; 95 On s'assemble, on s'excite, on s'arme, on est armé, Et des rocs, à ce bruit, l'aigle part alarmé.

(( Mais avant de quitter vos antiques murailles, « Il convient de prier l'arbitre des batailles, » Disaient les caloyers. « Dieu, qui tient dans ses mains 100 (( Les peuples, pourra seul éclairer nos chemins, <( Et si dans ce grand jour sa fureur nous pardonne,

cistes français de cette époque, de Riga, selon l'orthographe adoptée par Byron et par Vigny, Aeùtî, TraTôîç xcLv 'EXX-/;vojv, a été mis en anglais par l'auteur de Childc Harold, et traduit avec le reste de ses œuvres par Pichot, qui ajoute cette note : « Avant la publication des œuvres de lord Byron, le chant des Grecs n'était pas connu en Europe. » (T. II, p. 339, n.j Le Conservateur littéraire reproduisit cette traduction dans sa XVIe livraison (juin 1820), en la faisant précéder de ces mots : « Il est encore quelques âmes généreuses en qui se nourrit le désir de voir un jour la Grèce libre et i-endue à son ancienne splendeur. Chaque siècle voit s'élever un vengeur, et, jusqu'à présent, la fortune a été injuste. Le dernier des braves qui ont échoué dans cette noble entreprise est le malheureux Riga, poète et guenner. La dernière livraison des œuvres de lord Bj^ron renferme une ode de ce descendant des anciens Grecs que nous ne pouvons passer sous silence, à cause de l'analogie singulière qui se trouve entre quelquesunes des idées de cette pièce et celles d'une chanson fameuse dans notre sanglante révolution. » Suit la citation, et un court parallèle entre l'hymne grec et la Marseillaise. (T. II, p. 243.) Pouqueville, dans son Histoire de la Régénération de la Grèce, Paris, 1824, se plaint que Ihymne de Rigas, en qui il voit, comme Pichot, une traduction de la Marseillaise, ait été « tronqué et mutilé dans la traduction française de lord Byron ». (T. I, p. 145.) Il semble bien résulter de ces te.xtes que le chant en question n'a pas été connu eu France avant que les œuvres de Byron s'y fussent répandues.

14 l'autel

(( De Moïse à nos pas rallumer la colonne. » Ils parlaient, et leur voix par de sages propos, Dans cette foule émue amena le repos.

105 I/un s'arrache des bras de son épouse en larmes, L'autre a quitté les soins du départ et des armes, Les cris retentissans, le bruit sourd des adieux, S'éteignent et font place au silence pieux ; Celui de qui les pieds ont déjà fui la rive

110 Revenu lentement, près de l'autel arrive; L'agile matelot aux voiles suspendu S'arrête, et son regard est vers l'île tendu. Tous ont pour la prière une oreille docile, Et de quelques vieillards c'était l'œuvre facile:

115 Tels, lorsqu'après neuf ans d'inutiles assauts,

Impatients d'Argos, couraient à leurs vaisseaux Les Grecs, des traits d'un dieu redoutantle supplice, On vit le vieux Nestor et le prudent Ulysse, Du sceptre et du langage unissant le pouvoir,

120 Les rattacher soumis au saint joug du devoir.

C'était sur le débris d'un vieux autel d'Homère Où depuis trois mille ans se brise l'onde amère.

Vers 102. Exode, xui, 21. — « Et deduxit eos (Moyses) in nube diei, et tota nocte in illuminatione ignis. » {Psaumes, lxxvii, 14.) Le vers de Vigny rappelle celui d'Athalie :

Et de David éteint rallumé le flambeau,

dont l'auteur d'Héléna s'est directement inspiré un peu plus loin. (Voir V. 150.)

Vers 415-120. Vigny fait allusion à l'épisode bien connu de l'/Ziade, ch. II, V. 1-393.

Vers 121-122. Ce détail pittoresque est encore emprunté aux

L AUTEL

Qu'un moine, par desTurcs chassé du saint couvent, Offrait, au nom des Grecs, l'hostie au Dieu vivant.

125 Désertant de l'Athos les cimes profanées,

Et courbé sous le poids de ses blanches années, Révoltant l'île, au jour par ses desseins marqué Il avait reparu tel qu'un siècle évoqué. Les peuples l'écoutaient comme un antique oracle,

130 De son centième hiver admirant le miracle. Ils le croyaient béni parmi tous les humains, Deux prêtres inclinés soutenaient ses deux mains, Et sa barbe tombante en Ions fleuve d'ivoire De sa robe, en parlant, frappait la bure noire.

135 « Le voici, votre Dieu, Dieu qui vous a sauvés », S'écriait en pleurant et les bras élevés Le patriarche saint : (( Il descend, tout s'efface ; {( Ses ennemis troublés fuiront devant sa face, (( Vous les chasserez tous, comme l'effort du vent

140 (( Chasse la frêle paille et le sable mouvant,

Martyrs : « Or dans ce temps-là les habitants de la Messénie faisaient élever un temple à Homère. » {Œuvres complètes, t IV, p. 17.) Et en note : « Presque toutes les villes qui se disputaient Ihonneur d'avoir donné naissance à Homère lui élevaient un temple. » (Ibidem, p. 337.)

Vers i33-i34. Comparez ce portrait du père Aubrj' : « Les éclairs qui sortaient des jeux du vieillard, sa barbe qui frappait sa poitrine, ses paroles foudroyantes, le rendaient semblable à un dieu. » [Atala ; Œuvres complètes, t. III, p. 52.)

Vers 137-138. « Inclinavit cœloset descendit : et caligo sub pedibus ejus... Et misit sagittas suas et dissipavit eos : fulgura multiplicavit, et conturbavit eos. » Psaumes, xvii, 10 et 15 ) — « Exsurgat Deus, et dissipentur inimici ejus, et fugiant qui oderunt eum a facie ejus. » {Psaumes, lxvii, 1.)

Vers 139-140. « Non sic impii,non sic ; sed tanquam pulvis quem

16 l'autel

{( Leurs os, jetësaiixmers.qiiitlerontnoscampagnes, (( Et l'ombre du Seigneur couvrira nos montagnes. (( Le sang Grec répandu, les sueurs de nos fronts, (( Lessoupirsqu'ontpoussésquatresièclesd'affronts,

145 « De la sainte vengeance ont formé le nuage ; « Et le souffle de Dieu <3onduira cet orage. (( Qu'il ne détourne pas son œil saint et puissant (( Quand nos pieds irrités marcheront dans le sang; (( Hélas! s'ileûtpermisqu'un prince ou qu'une reine

150 (( Rallumant Constantin ou notre grande Irène,

projiciet ventus afacie terrae. » (Psaumes, i, 5.) — « Fiant tanquampulvis antefaciem venti. » (Psaumes, xxxiv, 5.) — «Etcomminuam eos ut pulverem ante faciem venti. » [Psaumes, xvn, 43.) — « Deusmeus, pone illosutrotam,et sicutstipulamante faciem venti. » [Psaumes, i,xxxn,14.)

Vers lit. « Quoniam Deus dissipavit ossa eoruni qui hominibus placent. » {Psaumes, lu, 6.)

Vers 142. « Sub umbia alai'um tuarum protège me, a facie impiorum qui me afflixerunt. » [Psaumes, xvi, 8.) — « Vineamde ^gypto transtuiisti : ejecisti gentes et plantastieam... Operuit montes umbra ejus. » [Psaumes, lxxix, 9 et 11.)

Vers 143-146. « Ascendit fumus in ira ejus, et ignis a facie ejus exarsit. » [Psaumes, xvn, 9.) — « Sicut ignis quicomburit silvam : et sicut silva comburens montes, ita persequeris illos in tempestate tua, et in ira tua turbabis eos. » [Psaumes, Lxxxn, 15-16.)

Vers 147 . « Ne avertas faciem tuam a me. )) [Psaumes, xxvi, 14, et passim.)

Vers 148. « Dixit Dominus : Ex Basan convertam, convertam in profundum mai-is, ut intingatur pes tuus in sanguine. » (Psaumes, Lxvn, 23-24.)

Vers 160. L image est manifestement empruntée, avec une forte

ellipse, à Racine (Athalie, I, n) :

Il faut que sur le trône un roi soit élevé

Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres

Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres,

L'a tiré par leur main de l'oubli du tombeau,

Et de David éteint rallumé le flambeau.

l'autel 17

« D'un règne légitime eût reposé les droits

« Sous les bras protecteurs de l'éternelle Croix,

(( Jamais de la Morée et de nos belles îles

(( Le tocsin n'eût troublé les rivages tranquilles.

155 « Libres du janissaire, inconnus au bazar, (( Notre main eût porté son tribut à César. (( Mais quel enfant déchu d'une race héroïque (( Ne saura pas briser son joug asiatique ? (( Qui, sans mourir de honte, eût plus long-temps souffert

160 (( De voir ses jours tremblans mesurés par le fer ; (( Chez des juges bourreaux, l'or marchander sa tête, (( Pour son toit paternel la flamme toujours prête, (( De meurtres et de sang son air empoisonné ; (( Au geste dédaigneux d'un soldat couronné,

165 « Les fils novés au sans des mères massacrées,

« Et, sur les frères morts, les sœurs déshonorées ? (( Oublierez-vous, Seigneur, qu'ils ont tous profané « Votre héritage pur, comme un gazon fané ? (( Qu'ils ont porté le fer sur votre image sainte ?

Vers 1'66. Allusion au mot célèbre deV Evangile : « Licet nobis tributum dare Cœsari, an non ?... — Reddite ergo quœ sunt Ca?saris, Ca^sari, et qutc sunt Dei,Deo. » (Luc, xx, 22 et 25.)

Vers i'ôl . Ce vers de Vigny rappelle de très près celui que Lamartine adressait à Byron :

Courage, enfant déchu d'une race divine.

Tu portes sur ton front ta céleste origine, etc.

{Premières Méditations : l Homme.)

Vers /66'-/6'7. C'est la traduction d'un des deux versets du psaume xcxni que Vigny a pris pour épigraphe du le'' chant d'Héléna ; « Populum tuum. Domine, humiliaverunt, et hereditatem tuam vexaverunt. — Ils ont, Seigneur, affligé votre peuple, ils ont opprimé votre héritage. » (Voir plus haut.;

170 (( Que des temples bénis ils ont souillé l'enceinte, (( Placé sur vos enfants leurs prêtres endurcis, (( Et que sur votre autel leurs dieux se sont assis ? (( Ils ont dit dans leurs cœurs despotes et serviles : (( Exterminons-les tous, et détruisons leurs villes.

175 (( Leursjoursnous sont vendus, nous réglerons leur tem (( Comme celui des Turcs cesse au gré des sultans ; « Sur les terres du Christ, nations passagères, (( Que nous fait l'avenir des cités étrangères ? (( Passons, mais que nos bras, dans leurs larmes trempé

1 80 (( Ne laissent rien aux bords où nous étions campés. (( Et vous délaisseriez nos îles alarmées ? « Non, partez avec nous,Dieu fort, Dieu des armées ; (( Avancez de ce pas qui trouble les tyrans ;

Vers 173-1 7 i. « Inimici dixerunt mala mihi : quando morietur, et peribit nomen ejus? » [Psaumes, xl, 6.) — « Dixerunt :Venite, et disperdamus eos de gente, et non memoretur nomen Israël ultra. » [Psaumes, lxxxii, 5.) — « Memor esto, Domine, filiorum Edom, in die Jérusalem, qui dicunt : Exinanite, exinanite usque ad fundamentum in ea. w {Psaumes, cxxxvi, 7.)

Vers 17!). a Vendidisti populum tuum sine pretio. )) [Psaumes, xhin,13.) Vers 177-1 SO. « On a dit que les Turcs étaient campés en Europe, et cette expression rend avec assez de justesse l'état de ce jDcuple armé au milieu d'un peuple sans armes, esclave docile et méprisé des maîtres superbes qui, en se servant de lui pour les arts qu'eux-mêmes dédaignent comme de vils métiers, n'ont fait avec lui aucune alliance, n'ont pris de lui ni sa langue, ni sa religion, ni ses mœurs, ni ses usages, et ne lui ont rien donné des leurs, aujourd hui au même état avec ce peuple conquis que le lendemain delà conquête. C'est là occuper militairement un pays, mais ce n'est pas le posséder en souverains légitimes : ce n'est pas ainsi que les tartares, devenus Chinois, possèdent la Chine devenue Tartare. » (De Bonald, Sur la Turquie, dans les Débats du 20 septembre 1821.)

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« Cherchez dans vos trésors la force de nos rangs ; 185 (( Douhlez à nos vaisseaux la splendeur des étoiles,

« Et que vos chérubins viennent gonfler nos voiles ! »

Il disait, et les Grecs, à ces accents vainqueurs Crurent sentir un Dieu s'enflammer dans leurs coeurs ; Tous, les bras étendus vers la patrie antique,

190 Ils maudirent trois fois la horde asiatique ; Trois fois la vaste mer à leur voix répondit ; L'Alcyon soupira longuement, et l'on dit Qu'au-dessus de leur tête un fugitif orage En grondant, par trois fois, roula son noir nuage,

195 Où, parmi les feux blancs des rapides éclairs, La Croix de Constantin reparut dans les airs.

Fm DU CHA]\T PREMIER.

Vers ISi. « (Dominus) qui producit ventos de thesauris suis. » {Psaumes, cxxxiv, 7.)

Vers 192. Alcyon gémissait doucement sur son nid. * (Martyrs, Vi\.l ; Œuvres complètes, t. IV, p. 21.) — « Tels sont les gémissements de Démodocus et de Cj'modocée : Alcyon, qui bâtit son nid sur les vagues, fait entendre avec ses petits de douces plaintes dans le berceau flottant que la vaste mer doit bientôt engloutir. » (Ibidem, liv. XX.III, p. 316. i Vers 193-196. « Aussitôt le tonnerre gi'onde dans un ciel serein, la foudre frappe les remparts de Rome, un ange trace une voie lumineuse dans l'Occident.. . » [Martyrs, liv. XVIII, t. IV, p. 249.) — « L'on aperçut au milieu des airs une croix de lumière, semblable à ce Labarum qui fit triompher Constantin : la foudre gronda sur le Vatican...» {Ibidem, liv. XXIV, p. 332.) Comparez encore cette strophe de Millevoye :

Aux rapides accords du renaissant Tyrtée,

On dit que tout à coup de Minerve agitée

Tressaillirent la lance et le bouclier d'or.

Un aigle s'élança dans la plaine azurée.

Et sur l'olive en fleur reposa son essor.

[Elégies, liv. II : Slésichore.)

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