‹ Héléna, poème en trois chants;Chapitre 9 sur 50 · Article cité, p · texte numérisé non relu

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XXVI INTRODUCTION

Harold, mais le Corsaire, le Giaour, dont on trouve dans Héléna des imitations littérales, et peut-être même le III® chant de Don Juan, qui n'a paru qu'en 1821 '. Même en laissant ce dernier de côté, on voit que Vigny aurait eu en mains et étudié de près les Œuvres complètes — à cette date — de lord Byron en 1816, cfest-à-dire à une époque où personne, pour ainsi dire, n'en avait entendu parler en France, où l'on peut compter sur les doigts ceux qui avaient lu le texte lui-même. La poésie byronienne n'a commencé à se répandre chez nous qu'à partir de 1818, lorsque la librairie Galigani eut publié à Paris une édition en anglais des œuvres du lord, quand Malte-Brun, dans le Journal des Débats, les eut analysées et louées avec un enthousiasme encore un peu timide, mais sincère. Sa grande vogue ne date que de l'apparition, en 1819-1820, de la traduction Pichot ^. Dira-t-on que Vigny était en avance sur son temps ? En 1816, il était loin de penser à Byron et de chercher dans sa poésie les modèles de la sienne. Il commençait à se sentir la vocation littéraire, et, suivant le goût de l'époque, il débutait par des tragédies, « une tragédie de Roland, une de Julien VApostat, une d'Antoine et Cléopâtre, essayées, griffonnées, manquées par lui, raconte-t-il, de dix-huit à vingt ans ^ ». « Tout cela, dit-il encore en parlant de ces premiers essais de sa jeunesse,

1. Voir les rapprochements signalés dans l'annotation du poème, notamment : chant ler, v. 1-60, 86-87; chant ii, v. 47-52, 80, 177- 179, 218, 223, 275, 376 ; chant m, v. 44-48, 49-58, 73-78, 93-112, 155 et suiv., 189 et suiv., 201-207.

2. Sur cette question voir Edmond Estève, Byron et le romantisme rançais, essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en

France de 1812 à 1850, Paris, Hachette, 1907, ch. m, pp. 47 et suiv.

3. Journal d'un Poète, p. 29. Voyez aussi p. 63 : « J'étais lieutenant

INTRODUCTION XXVII

était dans un goût qui se ressentait de ce qui avait été fait dans notre langue par les grands écrivains classiques^. » Le premier contact de Vigny avec le génie byronien, nous pouvons déterminer presque à coup sûr quand il a eu lieu. Le Lycée français, au mois d'août 1819, publiait une traduction de Parisina par Bruguière de Sorsum, et, coïncidence remarquable, c'est de 1819 que Vigny date sa Femme adultère, qui contient des réminiscences certaines du poème anglais. Un passage de la pièce reproduit presque textuellement la prose de Bruguière de Sorsum. L'initiation s'est continuée pendant l'année suivante, et, en décembre 1820, le jeune écrivain insérait dans le Conservateur littéraire un article sur les Œuvres complètes de lord Biron (sic) qui respire tout l'enthousiasme d'une découverte. De 1819 à 1826, il n'y a pas, ou peu s'en faut, un seul poème de Vigny qui ne porte à un degré plus ou moins sensible les traces de l'inspiration byronienne. On peut dire que c'est un des caractères généraux de sa première manière-. Je n'irai pas jusqu'à prétendre qu'on doive reporter avant 1819 ceux qui ne possèdent pas cette marque, mais il me paraît « aventureux » de situer plus en arrière ceux qui en sont revêtus. Ajoutez enfin que Vigny, bien qu'il eût appris l'anglais, n'était pas en état, en 1820, de déchiffrer tout seul le texte de Byron ; il le lisait en s'aidant de la traduction de Pichot. C'est à travers la prose de celui-ci que, dans Héléna, il imite le poète

dans la garde roj^ale, en garnison à Versailles, en 1816, je crois, lorsque je fis une assez mauvaise tragédie de Julien l'Apostat. »

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