XVIII INTRODUCTION
masse, de secouer le joug. Qu'on ne dise point que tous ces voyageurs étaient des esprits positifs et froids. Parmi eux il y-avait deux poètes, qui aimaient la Grèce, qui avaient été pris au charme de son ciel, de ses sites, de ses ruines, qui la regardaient à travers le mirage de leurs souvenirs classiques, qui rêvaient de la voir reprendre sa place au milieu des nations. Or l’un et l’autre ne faisaient que se lamenter sur l’irrémédiable avilissement des descendants dégénérés de Miltiade et de Thémistocle. Voici comment, en 1811, Chateaubriand résumait son impression dernière du peuple hellène : « Je n’ai point assez vu les Grecs modernes pour oser avoir une opinion sur leur caractère. Je crois qu'il est très facile de calomnier les malheureux ; rien n’est plus aisé que de dire à l'abri de tout danger : « Que ne brisent-ils le joug sous lequel ils gémissent! » Chacun peut avoir au coin du feu ces hauts sentiments de fière énergie. Je pense seulement qu'il y a encore beaucoup de génie dans la Grèce. Toutefois je crains bien que les Grecs ne soient pas si tôt disposés à rompre leurs chaînes. Quand ils seraient débarrassés de la tyrannie qui les opprime, ils ne perdront pas dans un instant la marque de leurs fers. Non seulement ils ont été broyés sous le joug du despotisme, mais il y a deux mille ans qu'ils existent comme un peuple vil et dégradé !. » Et Byron, en 1812, exprimait le même sentiment en termes plus énergiques encore : « Belle Grèce, triste reste d’une gloire qui n’est plus ! disparue et pourtant immortelle, déchue et grande encore ! Qui maintenant guidera
1. Itinéraire de Paris à Jérusalem, à la fin de la première partie
(Voyage en Grèce) ; OEuvres complètes de Chateaubriand, éd. Garnier, Paris, 1859, t. V, p 219.