‹ Hélène de SparteChapitre 20 sur 66 · HÉLÈNE ET MÉNÉLAS · texte numérisé non relu

HÉLÈNE ET MÉNÉLAS

HÉLÈNE

(à Ménélas)

Ainsi donc, j'ai dormi pour la première fois Depuis vingt ans, calme et douce, en ma demeure, Sans la peur de la nuit, sans l'angoisse de l'heure. Gardant mon triste corps pour toi seul et pour moi. Je n'ai pas demandé si j'étais encor belle Ni à tes yeux, ni à tes mains, ni à tes bras, Et mon cœur, apaisé d'être à nouveau fidèle Goûtait l'ample douceur d'être tranquille et las.

Je suis tienne toujours, et je te remercie D'être venu, là-bas, au travers de la mer, Arracher ma beauté aux villes de l'Asie Pour lui rendre l'éclat d'un nom royal et cher.

MÉNÉLAS

La Grèce entière a fait que la cause d'Hélène Trop grande pour moi seul, fût celle d'un pays. Et que du flanc des monts,jusques au fond des plaines. D'un seul sursaut, d'un seul élan vaste et hardi. Tout un peuple vous dédiât tout son courage. Vous étiez sa splendeur aux horizons debout Et les vaisseaux vainqueurs des vents et des orages Que les vagues portaient, se soulevaient vers vous.

Laisse s'éteindre, ami, cette gloire funèbre Dont mon cœur tremble encor, sitôt qu'il s'en souvient; Ma chair se meurt, hélas ! sous de lourdes ténèbres Dont l'hôte est le silence et la nuit le gardien. Si mon œil s'ouvre encor et s'offre à la lumière

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