ACTE II
Je veux que ce soit vous, vous seul, grand ciel natal Qui l'exaltiez parfois de vos clartés plénières. Oh ! cet air frémissant et clair comme un cristal Vais-je y plonger mon corps, pour qu'il se rassérène!
MÉNÉLAS
Vous Y recueillerez les douceurs d'autrefois Par les soirs bienveillants et les aubes sereines Près des sources dont l'eau fait sangloter nos bois.
HÉLÈNE
Lorsque les vents soufflaient d'Argolide et de Thrace
En Troade, j'en ai rêvé le long des mers.
Je revoyais, soudain, le seuil et la terrasse,
Et le portique et le jardin du palais clair
Où tu m'avais, aux jours de ma splendeur, reçue.
Mon oreille entendait et les abois du chien
Et les pas du berger sur les dalles moussues
Et le chant familier des esclaves lydiens
Qui poussaient les troupeaux vers les étables chaudes.
J'écoutais tout cela, le soir, revivre en moi
50 HELENE DE SPJRTE
Et y rôder, secrètement, comme en maraude Et mon cœur retrouvé se souvenait de toi.
MÉNÉLAS
Vous ne fûtes jamais étrangère et troyenne.
HÉLÈNE
(elle entraîne Ménélas vers un rosier, puis vers un faune)
Vois-tu, c'est le rosier que mes mains ont planté Le jour qu'Agamemnon eut rebâti Mycènes ; Rosier d'orgueil, il vit dans l'ardente clarté. Mais son feuillage est doux et ses roses paisibles. Et ce lierre là-bas, certes me reconnaît. C'est moi qui l'ai tordu comme un faisceau flexible, Aux pieds de ce vieux faune énorme et contrefait : Le faune est envahi par les feuilles nombreuses Et je n'aperçois plus que sa flûte et son front.
MÉNÉLAS
Tout se souvient de vous, et la nature heureuse