ACTE m
MÉNÉLAS
Les gestes de Castor ne peuvent point atteindre
Les hauteurs de ce front d'où je domine en paix ;
J'ai trop connu l'excès dans les périls, pour craindre
Ici, chez moi, dans ma propre maison, celui
Qui se laisse emporter par des colères vaines.
Je ne veux point qu'il trouble un instant mon esprit
Ni que le soupçon naisse en mon âme sereine ;
Vois-tu, je n'ai jamais, tout au long de mes jours,
Goûté tant de bonheur qu'en ces heures profondes
Où j'ai pu m'assurer du régressif amour
De celle qui s'en vint vers moi du bout du monde.
Tu ne sauras jamais, enfant, comme elle endort.
Au fond des cœurs calmés les soucis infertiles
Et comme sera douce, et ma vie et ma mort.
Sous ses yeux bienveillants et dans ses mains tranquilles.
ELECTRE
Pourtant, si ce bonheur que vous rêvez...
MÉNÉLAS
(indulgent)
Tais-toi !
D'ailleurs, Pollux est là que l'on ne peut surprendre. Il surveille son frère, et sert dûment son roi. As-tu vu quelle ardeur il a mise à défendre, Mon souverain pouvoir que Castor outrageait } 11 sait, suivant le sort, régner ou se soumettre. Peut-être un jour, après ma mort, dans ce palais Si mon geste le veut, marchera-t-il en maître.... Il pourra commander, puisqu'il sut obéir. Puisque son cœur est clair et son âme loyale. Tu vois donc que je puis sûrement m'endormir Dans la paix des longs jours et des heures égales.
ELECTRE
Castor n'est violent, ni farouche à demi Bannissez-le de Sparte, éloignez-le d'Hélène.
MÉNÉLAS
Pollux le contiendra, s'il est mon ennemi.