ACTE III
Mais c'est vous qu'on regrette et c'est vous qu'on espère Bien qu'on nç,i\ dise rien.
(Un silence. — Pollux semble écouter.
— Le berger veut se retirer)
Excusez-moij j'ai trop parlé, peut-être.
POLLUX
Non, non, j'ai le désir de m'attarder, ici. Dis-moi, j'aime à connaître
(il écoute et parle distraitement)
Si le bonheur te gare des soucis
Et si les tiens
Soignent ta maisonnée
Et augmentent par leurs travaux, ton bien,
De saison en saison, et d'année en année }
(Il écoute)
Dis, me vois-tu, à cette heure, droit devant toi Plaçant et déplaçant ma main sur ton épaule Et m'éloignant de toi et saisissant ta gaule Et la ployant et te parlant avec ma voix ?
Berger, regarde bien ; berger, qu'il te souvienne Que PoUux est fidèle aux coutumes anciennes. Qu'il t'interroge et qu'il ne veut rien négliger De ce qui touche à l'intérêt de ses bergers.
LE BERGER
Seigneur, tant de sollicitude...
POLLUX
(interrompant, fiévreux un peu) Les temps sont durs, la vie est rude Et les soins incessants qu'on donne à ses troupeaux Ne déjouent point toujours la perfidie Tortueuse des maladies.
Quel est l'homme qui peut compter sur le repos Certain, profond, placide ^
LE BERGER
Seigneur, quand vous régniez, on aimait à songer Que votre esprit fécond, souple et lucide Eloignait de nos murs l'angoisse et le danger ; Et l'on disait : " Un dieu bienveillant l'accompagne ".