ACTE IV III
HÉLÈNE O la folie humaine !
POLLUX
O la puissance vraie !
L'orgueil est le froment ; le désespoir, l'ivraie ; Dans Sparte, à l'Agora, tout le peuple t'attend Les yeux conquis, les bras levés, le cœur battant. Les pères et les fils, les filles et les mères Jettent vers toi leurs cris, leurs vœux et leurs prières ; Leur unanime ardeur m'a dépêché vers toi. Viens entendre l'amour qui halète en leur voix, Viens te brûler dans ton triomphe et dans leur âme; C'est moi qu'ils ont nommé, mais c'est toi qu'ils acclament.
HÉLÈNE
Pourquoi connaître encor ce que j'ai trop connu }
La terre entière exulte et baise tes pieds nus
Avec la bouche en feu de ses foules ardentes ;
Laisse apaiser enfin tes angoisses grondantes
Renais : Theure est unique et je me sens au cœur
Tant de force assurée et de pouvoir vainqueur
Qu'il n'est rien pour nous deux, au monde, que je craigne.
Je tiens le sort en main : je suis maître et je règne.
HELENE
Et que m'importe, à moi, que tu règnes ou non Sur ce pays funeste et désormais sans nom Dont les eaux des torrents et les eaux des abîmes En vain déborderaient pour effacer ses crimes. Ma volonté est morte et ne tend plus à rien, Ton insolent bonheur me fait haïr le bien ; Tout mon être est brisé jusqu'au fond de mon âme; Il n'est plus un orgueil, il n'est plus une flamme Dans mon sein dévasté, ni dans mes yeux déserts.
POLLUX
Tu mérites, ma sœur, ta peine et tes revers. Quand hier, tu m'implorais et que tremblait ton âme