ACTE IV
HÉLÈNE
Hélas ! mon âme aussi est trouble et indécise ; Moi, j'ai subi le mal, comme toi, tu l'as fait ; Et néanmoins, je reste à tes côtés, assise Et je trouve en tes pleurs, je ne sais quel attrait. O ces flux et reflux de maux qui nous submergent, O l'air de ces temps noirs brûlant comme un venin ! Oh ! tout ce sang versé sous tes regards de vierge Pour qu'à leur tour, s'y habituent tes pauvres mains. Nous venons de si loin, du fond de nos ténèbres. L'une vers l'autre, et, lentement, nous confondons. Nos détresses, nos cris, et nos pensées funèbres N'osant nous dire encor que nous nous pardonnons. Je t'ai connue enfant, chez ma sœur, ta mère, Tes yeux tristes luisaient sous ton grand front pâli. Un soir, que tu pleurais déjà sur tes chimères On t'apporta chez moi pour dormir en mon lit. Je pris tes mains, je caressai ta chevelure, Et tu t'es endormie en écoutant ma voix. Comme un beau fruit d'été, sous la ramure obscure.
(Depuis quelques instant, Hélène,
comme sans le savoir, a caressé les cheveux d'Electre)
ELECTRE
Prenez garde ! prends garde, Hélène, épargne-toi !
La furie en mon cœur n'est jamais qu'endormie
Oh! tes mains sur mon front! tes mains sur mes cheveux!
Oh ! ton souffle soudain sur ma chair ennemie
Et tes doigts, et tes bras, et ton corps, et tes yeux !
HELENE, qui s'est levée Oh ! les bonds de ton cœur, à travers sa misère !
ELECTRE
(égarée) Hélène ! Hélène !
HELENE, qui s'est reprise
Eloigne-toi ! Séparons-nous !
Le moindre instant de paix m'est refusé sur terre, Il n*est plus que la mort qui nous convienne à tous.