HÉLÈNE, ZEUS, DEUX BERGERS
Hélène gagne le haut de la terrasse.
Electre n'osant la suivre, continue à errer en silence autour de la demeure de Ménélas et finit par disparaître.
HÉLÈNE
O nuit du calme empire oia Diane, la chaste,
Pose ses pieds d'argent parmi les gazons froids ;
Nuit de funèbre et pâle et glacial arroi
Dont se parent Tazur des mers et des deux vastes ;
Nuit de silence clair et de ténèbres d'or ;
Nuit de Dieux voyageurs qui allez d'astre en astre,
Présider à leur chute et régler leur désastre.
Mêlez mon deuil à leur ruine et à leur mort!
(A l'avant-plan, deux bergers se sont glissés et causent en désignant le bois sans voir d'abord Hélène.)
PREMIER BERGER
Je te dis que là-bas brillent des yeux sans nombre Et que bougent les pins et que vivent leurs ombres ; Si tu n'as vu les satyres viens donc les voir.
DEUXIÈME BERGER
J'ai peur.
PREMIER BERGER
Ne crains donc rien ; ils me connaissent ;
JCTE IV 123
Avec le lait de mes chèvres je les engraisse Regarde : l'un d'entre eux s'accoude à l'abreuvoir Le bois entier remue et chante ; écoute, écoute.
DEUXIÈME BERGER
(bruits dans le feuillage) C'est le cahot d'un char, quelque part, sur la route.
PREMIER BERGER
Ce sont leurs voix folles, te dis-je, ils vont parler ;
C'est à nous deux qu'il appartient de démêler
Ce que, ce soir, les bois touffus disent aux plaines.
UN SATYRE
Toi qui t'en vins du côté de l'Asie, Hélène, Lourde d'amour souffert et de sanglots captifs. C'est nous, c'est nous, c'est nous, les satyres furtifs Qui t'appelons, ce soir, en nos cris de folie ; La terre est molle et chaude et les antres feuillus
Tout s'efFace dans l'ombre et la nature oublie, Et parmi nous, ton cœur ne se souviendra plus.
DEUXIÈME BERGER
O prodige !
PREMIER BERGER
Tais-toi !
(Hélène se penche du côté d'où vient le bruit)
UN SATYRE
Nous sommes la démence Et l'étreinte du vent qui s'accouple au bois roux ; Velue est notre chair, et le désir immense Danse, se tord et bat la terre en nos pieds fous ; L'herbe, le sol, le mont et les combes profondes Et les halliers troués de soudaines lueurs. C'est nous-mêmes quand nous aimons : notre sueur Lascive et bestiale est la sève du monde.