ACTE IV
O Zeus ! roi de l'éther subtil, force du monde, Voici mes bras tendus vers toi, voici mes vœux : J'ai l'horreur de la terre effrayante et profonde, J'y crains encore l'amour et sa douleur en feu. Et puisque désormais, plus rien ne m'est refuge. Ni sous le ciel ouvert, ni dans le sol béant. Anéantis mon être entier, ô toi qui juges. Je repousse la mort et je veux le néant.
(Une grande lueur se fait, tombant des frises, au-devant de la scène, — les deux bergers revenus au milieu de la scène voient l'apparition de Zeus et lèvent vers elle leurs bras.)
ZEUS, invisible
Écoute, ô toi, qui fus pour les hommes, Hélène, Je me dévoile ici, moi Zeus, maître des Cieux ; Ton cœur ne sut dompter ni le deuil ni la peine. Bien qu'il connût l'amour, plus fort que tous les Dieux. Le noir néant que ton désir invoque et prie N'existe pas sous l'or tournant des firmaments, Tout s'épouse et s'épuise, et tout se déparie.
Mais pour s'unir ailleurs et vivre infiniment.
Affres, sanglots et cris ne passent sur la terre
Qu'ainsi que des brouillards sur les ravins des monts.
Ils n'entament jamais l'immobile mystère
Qu'est la réalité des rocs durs et profonds.
Il te fallait saisir l'adversité rebelle %
Pour en tordre la force et la suprême ardeur :
Mais tu n'étais que femme et si ta chair fut belle
Ton front n'imposa point l'orgueil de sa splendeur ;
Meurs donc; meurs, mais renais; si tu souffres, qu'importe!
Ton sort ancien fait place à ton destin nouveau :
Voici ma foudre et mes tonnerres, ils t'emportent
Vers mes amours de Dieu et de père, là-haut.
(Un coup de tonnerre, Hélène est enlevée au ciel).
LE RIDEAU TOMBE