BENÉ
Écoute, enfant, Écoute le coupable, au moins, qui se défend.
Eh bien! oui, tu me hais! oui, cela devait être!
J'ai hial agi, moins mal que tu ne crois peut-être?... Et d'ailleurs, et malgré mon refus, ton amour. Plus fort, devait-il pas attendre mon retour?... Ma conduite est indigne et t^a justiûéé.
Mais enfin, pourquoi t'ètre aussitôt mariée?
Pourquoi prendre aussi vite au mot mon abandon? NonI je n'excuse rien, mais je veux mon pardon.
Votre pardon? Eh bien c'est fait, je vous le donne! Et maintenant, partez, puisque je vous pardonne. Partez I
RENÉ
Je veux t'apprendre avant que de partir.
De combien de regrets est fait mon repentir.
Et comme après deux ans, par un retour étrange, Ma faute te punit et mon remords te venge.
Entends-tu, chère femme, et, va, cruellement I
A qui parlez-vous donc, monsieur, décidément?
RENÉ
Tu le demandes, toi? le passé qui nous lie, . Si loin qu'il soit n'est pas de ceux que l'on oublie, Et rien, mon départ même et son indignité.
Ne peut faire que ce qui fut n'ait pas été!
HÉLÈNE, se courbant.
Monsieur f
RENÉ
A qui je parle? à toi, loi, ma jeunesse.
Toi qu'il ne se peut plus que mon cœur méconnaissp,
Qui fas, une heyire au moins que rien n'efface, rien. Celle...
HÉLÈNE, relevant la téta.
Alil dites-le donci votre maltresse, eh bien^ C'est vrai, puisqu'après tout, et malgré mon envie. Je ne puis arracher cette heure de ma vie.
C'est vrai I... Vous avez eu, là, dans votre maison. Sous la main, comme exprès pour cette trahison, Une parente pauvre, une enfant imbécile, Et vous en avez eu raison. C'était facile.
Son honneur ne tenait qu'à votre loyauté I Mais vous êtes parti, vous avez tout quitté.
Elle est femme d'un autre et que Dieu lui pardonne I Je voudrais bien savoir quels droits cela vous donne?* Yous m'avez délaissée? Eh bien, c^est accompli... Mais après l'abandon vous me devez l'oubli!
Je ne vous connais plus, moi, monsieur, je vous jure, Et vous êtes ici, vous? Mais c'est une injure. Sortez!
RENÉ
Ah! cœur de femme! Et pourtant tu m'aimais, Hélène! Souviens-toi, tu m'as aimé.
Jamais!
Et vous le savez trop pour jouer la méprise : Ce qu'un voleur de nuit peut avoir par surprise, Yous l'avez eu de moi, l'enfant slupide, mais Jtfon âme, mon amour, enûn moi! moi! jamais 1
RENÉ
Tu m'as aimé, te dis-je^ et tu m'aimes encore...
Oui, tu souffrais par moi. Crois-tu donc que j'ignore Contre quel souvenir ton cœur a combattu?...
Si tu ne m*aimes pas, pourquoi me fuyais- tu?
U demande pourquoi, de cette voix paisible 1 Lui mon remords vivant, lui ma honte visible, A moi fefhme d^un autre, il demande pourquoi!... Je vous dis de sortir de chez lui, de chez moil
RENÉ
Mais je ne le peux pas... le souvenir proteste.
Alors, ce sera moi qui sortirai...
RENÉ 9 lui barrant le chomiD.
Non! reste!
C'est bien, vous me perdez... Êtes-vous satisfait? Mais, cependant, monsieur, que vous ai-je donc fait? Que voulez-vous de moi? Dit-il pas que je l'aime? Moi, vous aimer! Tenez! je ne vous hais pas môme, Mais j'ai peur, seulement ; j'ai peur, comprenez-vous?... Partez I je vous en prie, à genoux, à genoux... Mais que me voulez-vous à la fin?
RENE, s'ayaDgant.
Le coupable Veut son pardon.
Appuyant et ayec passion.
Je veux mon pardon I
HELENE, le repoussant .
Misérable !
Âhl misérable! Eh bien, vrai, je ne croyais point, Si déloyal qu'on soit, qu'on le fût à ce point !
HÉLISNE.
Voilà donc ce qu'il avait dans l'âme !
De la mal tresse pauvre on ne fait pas sa femme, Mais de la femme on peut redevenir l'amant, Cela permet d'aimer bien plus commodément, Et le calcul est sûr, ayant à son service.
Le souvenir pour arme et la peur pour complice. D'ailleurs, doit-elle pas faillir? elle a failli... En somme on trahit l'autre et l'on n^est pas trahi. Oh! comme à regarder d'une façon plus haute Le vrai de son erreur et l'envers de sa faute, On rougit, découvrant le piège où l'on s'est pris, De se trouver encor si loin de son mépris !
Donc, je me suis refait, dans l'ombre et la souffrance. Une honnêteté presque et presque une espérance. Tout ce que vous aviez tué, je l'ai refait I L'homme à qui j'ai menti je lui dois, en effet, Au moins la vérité de ce mensonge impie Que je n'ai pas pu ne pas faire et que j'expie, Et tout cela vous tente ! il vous prend ce désir De jouer mon bonheur contre votre plaisir Et d'avilir ma faute et d'entraver ma tâche...
Les yeax dans ses yeux.
Eh bien! cela c'est lâche! oui, lâche! lâche! lâche!
RENE, s*aTancant.
Écoute!...
Assez! assez I à cette heure j'y vois!
Je ne suis plus Tenfant candide d'autrefois.
La partie est perdue. Allez, partez I en somme, Il venait faire là son métier de jeune homme...
EUe Ta à la porte de gauche et rouvrant.
Partez! mais partez donc! mais qu'est-ce qu'il attend? Mais puisque je vous dis que je sais tout!.., Va-t-en!
Refermant la porte tout à coup.
Non!
RENÉv
HÉLÈNE, écoutant à la porte.
Écoutez! Écoutez, quelqu'un monte!...
Entendez- vous?
RENÉ, écoutant à son tour.
J'entends!
HELENE^ s'asseyant avec une résignation désespérée*
£h bien ! voilà la honte!
Maintenant, c^est uni!... Je vous le disais bien!
RENÉ, cherchant ô fuir.
Non, je te sauverai, ne crains rien! ne crains rien!
Oh ! c'est fini, vous dis-je, et cela devait-être.
RENÉ
No crains rien! Mais par où s'enfuir?... Ahl la fenêtre.
Il 7 court et saute.