ACTE DEUXIÈME
De couvrir votre faute ou bien de la commettre ? Quand vous êtes coupable, et ne le niez point, Il ne m'importe pas de savoir à quel point.
hél|:ne.
Mais il m'importe à moi, dans ma ruine intime,
De recueillir le peu qui me reste d'estime
Et de revendiquer et de vous faire voir
Le seul droit qu'à l'orgueil je puis encore avoir.
Non, l'épouse n'est pas coupable, oh! je le jure!
Mon mensonge n'est pas doublé de mon parjure;
Mais quelle femme alors me supposez-vous donc ?
Oh ! je n'attends de vous ni pitié ni pardon,
Mais justice I Ma faute est dans le passé — toute!
Qu'ayant semé l'erreur je récolte le doute.
Soit! Mais je ne veux pas en prendre mon parti...
Eh! bien, oui, j'ai caché mon passé... j'ai menti!
Je n'avais pas ce droit, dont j'étais si jalousé.
De prendre et de porter votre nom... d'être épouse!
J'avais failli, c'est vrai!... Comment? ahl oui, comment?
Est-ce que je pourrais le dire seulement ?
Comment l'on tombe? On sait cela quand on est femme.
Mais une enfant, monsieur, n'a pas toute son âme,
Et l'on m'avait trompée, et j'étais une enfant
Stupide et seule, et pauvre, et que rien ne défend !
La pudeur?... La pudeur c'est déjà la science!
Rougir c'est voir; la faute instruit la conscience!
Et j'allais en mourir quand vous êtes venu :
C'est vous qui m'avez prise à ce mal inconnu
Et qui m'avez aimée et malgré tout, aimée.
Car moi, dans mon secret effroyable enfermée.
Je luttais I Mais que faire? avouer? Moi? Jamais!
A vous! Comment Taurais-je osé? Je vous aimais!
Et d*un amour profond fait de reconnaissance
Et d'espoir— d'un espoir pur comme l'innocence...
Oh! j'avais tant rêvé que vous seriez heureux!
J'étais folle! Ah ! c'était un combat douloureux !
Je me disais : Non! non! Mais il veut! mais je Taîme!
Et je n'ai pas été plus forte que moi-môme.
Pas plus que vous, pas plus enfin que le bonheur!...
Ohl traitez-moi d'ingrate et d'être sans honneur, .
Dites que cet amour est d'un cœur égoïste
Et que c'est mal, et que c'est lâche, et que c'est* triste!
Oh! mais ne dites pas! oh! mais ne croyez pas
Que j'ai tratné ma faute ou mon crime aussi bas...
Je n'ai pas mérité cette injure terrible,
C'est horrible cela, monsieur, mais c'est horrible !
JEAN
C'est à vous, ce n'est pas à moi de vous juger.
Je ne puis, n'étant plus pour vous qu'un étranger,
Devant cette douleur que vous venez de peindre
Que vous estimer mieux , madame, et plus vous plaindre.
Tout en vous suppliant de n'y point revenir.
Le passé n'est pas plus à nous que l'avenir.
Il s'agit du présent et d'une autre, capable
De payer, innocenté, autant qu'une coupable;
D'une autre heureuse et chaste, et que la vérité
Tuerait dans son bonheur et dans sa chasteté.
Tout est fiili pour nous, tout commence pour elle.
Sa route est longue, à nous de la lui faire belle,
C'est pourquoi nos secrets n'auront pas de témoins.