‹ Hélène: drame en trois actes, en vers--Chapitre 37 sur 75 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

De couvrir votre faute ou bien de la commettre ? Quand vous êtes coupable, et ne le niez point, Il ne m'importe pas de savoir à quel point.

hél|:ne.

Mais il m'importe à moi, dans ma ruine intime,

De recueillir le peu qui me reste d'estime

Et de revendiquer et de vous faire voir

Le seul droit qu'à l'orgueil je puis encore avoir.

Non, l'épouse n'est pas coupable, oh! je le jure!

Mon mensonge n'est pas doublé de mon parjure;

Mais quelle femme alors me supposez-vous donc ?

Oh ! je n'attends de vous ni pitié ni pardon,

Mais justice I Ma faute est dans le passé — toute!

Qu'ayant semé l'erreur je récolte le doute.

Soit! Mais je ne veux pas en prendre mon parti...

Eh! bien, oui, j'ai caché mon passé... j'ai menti!

Je n'avais pas ce droit, dont j'étais si jalousé.

De prendre et de porter votre nom... d'être épouse!

J'avais failli, c'est vrai!... Comment? ahl oui, comment?

Est-ce que je pourrais le dire seulement ?

Comment l'on tombe? On sait cela quand on est femme.

Mais une enfant, monsieur, n'a pas toute son âme,

Et l'on m'avait trompée, et j'étais une enfant

Stupide et seule, et pauvre, et que rien ne défend !

La pudeur?... La pudeur c'est déjà la science!

Rougir c'est voir; la faute instruit la conscience!

Et j'allais en mourir quand vous êtes venu :

C'est vous qui m'avez prise à ce mal inconnu

Et qui m'avez aimée et malgré tout, aimée.

Car moi, dans mon secret effroyable enfermée.

Je luttais I Mais que faire? avouer? Moi? Jamais!

A vous! Comment Taurais-je osé? Je vous aimais!

Et d*un amour profond fait de reconnaissance

Et d'espoir— d'un espoir pur comme l'innocence...

Oh! j'avais tant rêvé que vous seriez heureux!

J'étais folle! Ah ! c'était un combat douloureux !

Je me disais : Non! non! Mais il veut! mais je Taîme!

Et je n'ai pas été plus forte que moi-môme.

Pas plus que vous, pas plus enfin que le bonheur!...

Ohl traitez-moi d'ingrate et d'être sans honneur, .

Dites que cet amour est d'un cœur égoïste

Et que c'est mal, et que c'est lâche, et que c'est* triste!

Oh! mais ne dites pas! oh! mais ne croyez pas

Que j'ai tratné ma faute ou mon crime aussi bas...

Je n'ai pas mérité cette injure terrible,

C'est horrible cela, monsieur, mais c'est horrible !

JEAN

C'est à vous, ce n'est pas à moi de vous juger.

Je ne puis, n'étant plus pour vous qu'un étranger,

Devant cette douleur que vous venez de peindre

Que vous estimer mieux , madame, et plus vous plaindre.

Tout en vous suppliant de n'y point revenir.

Le passé n'est pas plus à nous que l'avenir.

Il s'agit du présent et d'une autre, capable

De payer, innocenté, autant qu'une coupable;

D'une autre heureuse et chaste, et que la vérité

Tuerait dans son bonheur et dans sa chasteté.

Tout est fiili pour nous, tout commence pour elle.

Sa route est longue, à nous de la lui faire belle,

C'est pourquoi nos secrets n'auront pas de témoins.

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