‹ Hélène: drame en trois actes, en vers--Chapitre 4 sur 75 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

HÉLÈNE, près de la fenêtre. JEAN, entrant par la porte

de ' gauche.

JEAN

Bravo! Parfait!

Nu-tôtel à la fraîcheur du soir! C'est à souhait Pour qui se dit malade au point de fuir le monde.

HELENE, redescendant en scène et souriant.

Est-ce le médecin ou le mari qui gronde?

JEAN

Tous les deux. Le mari se plaint avec raison

Que la chambre à la fin fait tort à1a maison

'Et qu'un peu trop longtemps les gens dont il est Thôte

Restent seuls par ton fait, si ce n'est par ta faute.

Votre sœur Blanche est là qui me supplée?

JEAN

En rien.

Blanche? elle reçoit Paul, très-bien même, et si bien, Qu'à force de mûrir aux champs, comme à la ville.

Le dénoûment est proche et sent son vaudeville;

lui montrant une lettre triomphalement.

Il vient d'écrire enfin et demande sa main 1

Le comte!

JEAN

Oui, monsieur Paul : il a fait du chemin.

Aussi, passe pour lui; la future comtesse Doit le rendre coulant sur notre politesse Et mon reproche, au fond, vise moins le voisin Que ta tante et monsieur de Rive, ton cousin... Gomment! voilà deux ans que René ne t'a vue.

On le rappelle en France, il vient à Bellevue Chez nous avec sa mère, et depuis près d'un mois, Us ne t'ont même pas aperçue une fois.

Je suis souffrante encor I le médecin l'oublie.

JEAN

Souffrante? Mais pourquoi te trouvé-je établie, Rêvant^ SUT ce balcon, tête nue, en ce cas?... Tu veux donc retomber malade?

HÉbÈNE.

Pourquoi pas?

JEAN

Par exemple!

Est-ce donc un état si maussade Qu'il faille en faire fi que celui de malade? Il a bien ses bonheurs, ce malheur.

JEAN

Âhl vraiment!

Comme en rôve on se sent exister... vaguement.

Tous ceux que nous aimons, nous aimant mieux peut-être,

Sont là, qui nous refont un ôlre avec leur être ;

Ils vivent pour nous seuls, on ne vit que par eux

£t Ton en a l'instinct, et Ton en est heureux.

Parfois, il semble voir, sur noire couche blanche.

Une forme inquiète et chère qui se penche,

On cherche à ressaisir un souvenir qui fuit...

Puis une larme tombe et Ton se dit : C'est lui I

Et Ton savoure au fbnd de son âme charmée

L'ineffable douceur de se voir tant aimée!

JEAN

Câline I II est fâcheux que sur ce point, ma foi! Mes clients ne soient point du même avis que toi : Au fond, le paradoxe est dûment égoïste...

Mais mon propos est loin, j'y reviens et j'insiste : Pourquoi garder la chambre alors que le docteur Signe ton exeat?

Je me crains et j'ai peur De quelque pâmoison subite et ridicule.

JEAN, lui prenant U main gaiement.

Que nonl le pouls n'est pas même duriuscule.

Montre- toi 1 ta santé te permet cet effort... Tu t'écoutes guérir... Et d'ailleurs c'est trop fort! Je suis las de répondre alors qu'on m'interroge : C'est nerveux l On le croit, cela fait leur éloge.

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