‹ Hélène Peyron; drame en cinq actes, en versChapitre 25 sur 48 · SCÈNE XII M. DAUBRET, FLAVIGNAC, DESPHEZ, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE XII M. DAUBRET, FLAVIGNAC, DESPHEZ, HÉLÈNE

Morbleu! j'ai gardé le silence.

A-t-on vu quelque signe ou quelque violence?

DESPREio, répondant pour riavignac, qui est tout absorbe.

Pardonnez-lui. Le doute est un empoisonneur. Et, quand il vient si vite, on doute du bonheur !

(S'approchanI, d'Hélôno.)

Le réveil est si sombre, après l'éclat du rêve !

(A l'oreille de Duubret.)

Un amour, vcyez-vous, sans repos et sans trêve!

M. DAUBUET, bas.

Il y tenait, je crois! ■^

DESPREZ, lui prenant le bras et l'enlraînanl an fond.

Prodigieusement !...

(Us eausenl ensemble.) FLAVIGNAC, à part.

OÙ suis-je? est-ce l'époux qui remplace l'amant? Mais non, je le sais bien, c'est la mère que j'aime !

(A Hélène.)

Pardon! mademoiselle, à cette heure suprême

Où, libre d'influence, et seule devant moi,

Vous pouvez, là, d'un mot dégager votre loi,

Avouez-le, tandis que personne n'écoute,

L'idée est de monsieur votive père, sans doute?

Il veut payer ainsi le service rendu,

C'est quelque tyrannie ; et vous n'avez pas dû ,

Vous que le monde attend, vous, jeune, riche et belle,

Vous qui ne trouverez jatîiais un creur rebelle,

Songer à ce passant que sur votre chemin

Le sort jette aujourd'hui, pour l'emporter demain!

HlîI-ÈiVE, avec tristesse.

Ah! monsieur, si j'avais tant de charme en partage. Cette odre démon cœur vous plairait davantage, VA ce consentement, dont vous doutc^z si fort. Peut-être, dans mes yeux, l'auriez-vous lu d'al)ord!

Oue dit-elle? Oh ! m'aimer, moi perdu clans la foule ! Moi dont l(\s jours «'en vont, cuiinno inie c;iu (jui s'écoule,

Abandonnés, sans règle, aux pentes du hasard!... Enfant, prenez-y garde, on se repent plus tard ; Et, peut-être, en ce monde où vous serez la reine, Parmi les tourbillons de jeunesse sereine, (quelque beau fiancé,, plus digne d'un tel choix...

HÉLÈNE, d'une voix tremblante.

Un cœur comme le mien ne cherche qu'une fois, Et s'il voit cet amour se flétrir dans son germe. Il pleure son néant, se résigne et se ferme!...

FLAVIGNAC, avec transport.

Des larmes!... C'est un rêve!... 'Oh! des larmes!... Pourquoi

Cet ange au front sans tache est-il venu vers moi !

Quand j'ai noyé mon cœur, au plaisir qui dévore

Le foyer chaste et pur, est-ce possible encore?

Et vais-je enfin sortir de mon égarement?

Mon âme, suspendue à cet aveu charmant,

Comme une goutte d'eau, tremble tout embaumée.

0 vents, ne touchez pas la branche parfumée!

Ou, si les jours mauvais ne sont pas expiés,

Que le meilleur de moi ne tombe qu'à, ses pieds !

HÉLÈNE, inquiète.

Que craignez-vous, monsieur?

FLAVIGNAC.

Ce que craint, chère Hélèoe, L'avare aux doigts crispés sur sa cassette pleine. Ce que craint le vaisseau qui va toucher au port. Ce que craint toute joie, entre les mains du sort !

HÉLÈNE, très-émue.

Vous avez donc souffert quelque douleur bien forte ?

FLAVIGNAC.

Oh 1 le passé n'est plus, votre souffle l'emporte !

Mon dernier doute expire au son de votre voix, Et j'aime, et je veux vivre, et j'espère, et je crois!

HÉLÈNE, limidenient.

Hélas ! ma joie aussi d'une crainte est suivie, Je ne suis qu'une enfant, je ne sais pas la vie, Et peut-être, monsi(>ur, vous rirez quelque jour Du pauvre cœur naïf qui n'a que son amour !

FLAVIGNAC.

Ne craignez rien, l'amour, c'est la science entière !

HÉLÈNE, avec joie.

Vrai? la science est là? vous me rendez bien fière! Je suis savante, alors !...

FLAVIGNAC.

Savante, en vérité, Vous avez la candeur et la sincérité.

Restez ainsi toujours, simple, charmante et bonne!

HÉLÈNE, souriant.

11 faudra bien, monsieur, ''si mon mari l'ordonne!

FLAVIGNAC, l'emarcjuanl le médaillon d'Hélène.

C'est très-joli, cela; c'est d'un peintre exercé.

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