SCÈNE V
M. DAUBRET, FLAVIGNAC, HÉLÈNE.
M. DAUBRET, à Hélèni-. 11 lui c:iclic Flavignac.
Seule, ma belle enfant?... que cherches-tu?...
HÉLÈNE, se jellc en sanglolant au cou de M. Daubrel.
Mon père!..
M. DAL'BUET, la (loilolani.
Là, là, tout doucement. Notre cœur est gonflé?... 11 a de gros chagrins?...
HÉLÈNE, émue.
rère, on vous a parlé !
l'ère, vous savez tout!...
M . DAUBRET.
Je ne veux pas qu'on pleure...
(Il l'embrasse.;
Voyons, est-ce bien moi qu'on cherchait tout à l'heure?...
lOZi ACTE IV
Ou ue serait-ce pas ce monsieur-là?
(11 démasque Flavignup. ) HÉLÈNE, rocujanl,
nrand Dieu!
M. DAL'Br.ET.
Approche donc, tu vois que je devine un peu. Qu'on s'explique, h présent, c'est assez de folie!...
HÉLÈNE, éperdue, à Flavignac,
Monsieur, monsieur, parlez!... oh! je vous en supplie!...
Parlez... que voulez-vous? c'est une lâcheté...
Moi, j'ai nié toujours; moi, je n'ai pas douté.
Levez-vous! écrasez toutes ces calomnies,
Déchaînez la colère avec les ironies,
Faites pâlir la haine aux accents d'un cœur vrai,
Dites seulement : Non! et moi, je vous croirai.
M. U A r B R E T, bas, à Flavignac.
Non! non! mille fois non! .Morbleu! pas de faiblesse! J'ai mes fleurs à deux pas. Marchez droit, je vous laisse.
(Il s'écarte au fond sans les perdre de vue.) HÉLÈNE, à Flavifinac, qui csl rcslé silencieux.
Eh quoi! monsieur, j'attends; vous ne me dites rien?... In mot !... oh! pas pour moi, vous le savez trop bien! Croire qu'on peut tromper, c'est s'en montrer capable... J'en réponds, sur mon cœur, vous n'êtes pas coupable.
FLAVIGNAC. »
Je le suis!
HÉLÈNE, bouleversée.
Que dit-il?...
FLAVIGNAC, irès-éniu.
Oh ! laissez-moi parler!
(Au fond, M. Daubrel trépigne, el, de colère, inonde ses fleurs avec son arrosoir.
Diit se briser cette Ame, et mon bonheur crouler,
Dût votre amour s'éteindre, il vautniieux, quand j'y songe, Le perdre étant lo}\n,l, que l'avoir par mensonge ; Je montrerai, du moins, à ceux qui me verront. Plus de pleurs dans mes yeux que de rouge à mon fi-ont 1 Oui, la lettre a raison, je vous cachais ma vie!...
HÉLÈ?iE.
Ciel!...
FLAVIGNAC, avec enlraînemont.
J'étais ivre alors, et mon àme ravie Oubliait, dans l'extase où la plongeait l'amour, Les choses de la terre et les rêves d'un jour!... Voilà mon crime, au fond-'...
HÉLÈNE, d'une voix tremblaule.
Mais... ce billet... infâme...
11 ne mentait donc pas... Et... c'est vrai, cette femme?. .
Tout est vrai, tout est faux, hélas ! en même temps... Que vous dirai-je, moi? Vous êtes le printemps, Mai qui s'épanouit peut-il croire h l'automne? Vous ignorez encor les mois où le ciel tonne, Et votre cœur, exempt de ces convulsions. Ne sait pas l'indulgence et les compassions... Tout est vrai, tout est faux, c'est une nuit profonde! Ne souillez pas vos pieds à ces fanges du monde, Et ne demandez pas, vous qui venez de Dieu, Comment, de l'amour môme, on a pu faire un jeu. Et quel souffle infernal, plein de cendre et de flamme, Par les chemins perdus a roulé ma pauvre âme. Jusqu'à ce désespoir, où je tombe aujourd'hui!...
HÉLÈNE, sanglotant.
Oh I voilà qu'à présent tout mon bonheur a fui !... Qu'ai-je donc fait de mal, en passant sur la terre? Oui, vous aviez raison, pardonnez-moi, ma mère;
106 ACTK IV
Car je ne savais pas encore, comme vous,
Qu'un homme peut tromper avec des mots si doux !...
Adieu, monsieur!...
Adieu!... c'était un trop beaurève!...
Le sort qui me poursuit n'accorde pas de trêve.
Mais vous direz, du moins, en me voyant partir.
Qu'au prix de mon bonlieur, je n'ai pas su mentir!
Adieu donc, pour toujours, vous que j'aurais aimée!...
Mon cceur est un tombeau dont la porte est fermée.
Et si quelque profane ose }■ descendre encor
Avant le dernier jour et la dernière mort,
Il verra, tout au fond de ce sépulcre sombre.
Votre doux souvenir étinceler dans l'ombre!...
Adieu !... je suis, sur terre, un de ces condamnés
Qu'à d'éternels regrets le ciel a destinés.
Et qui, les bras tendus au trépas qui délivre.
Par l'espoir de mourir se consolent de vivre,
A moins que, fatigués du fardeau do leur croix!...
Adieu, vous dis-je!...
(Il l'écarle en sanglolani.)
Adieu, pour la dernière fois!...
HÉLICX E, avec anxiélc.
Mais... vous partez!... Il part!... tout est fini, sans doute! Il dit qu'il va mourir, devant moi qui l'écoute!...
r L AV I G N A c, s'an-ôlanl.
Quel espoir me retient dans ce monde abhorré?...
HKLK NE, joigiianl SCS mains.
Ne mourez pas, monsieur! j'ai déjà tant jtleuré!...
KLAVIGNAC, araèrenienl.
On se console, enfant; on oublie, à votre âge; Que vous fait mon salut? qu'importe mon naufrage?
HÉLÈNE PEYllON 107
HÉLÈNE, avec désespoir.
Jl demande, à présent, ce que cela me fait!...
Sans doute.
HÉLÈNE, d'une voix entrecoupée.
Ah! taisez-vous !... je suis folle, en effet! C'est comme un tourbillon qui roule dans ma tête! iVlonDieu!... je veux parler... et puis... ma voix s'arrête! Je ne sais pas comment vous dire tout cela... Mais... monsieur... quand, tantôt, vous ne serez plus là, Moi, je n'aurai personne à qui me faire entendre!...
(Se passant les mains sur le front.)
Ah !. . . tenez. . . j'y vois clair. . . vous allez mieux compi^cadrc !
Un mot !... pardonnez-moi, si je retiens vos pas...
Je sais bien, maintenant!... Monsieur!... nemourczpas!
FLAVIGNAC, ému.
Mais... vous m'aimez, alors!...
HÉLÈNE, vivement.
Quiditcela?...le puis-je?...
Je connais les rigueurs où mon devoir m'oblige... Oh! ne réveillons pas des regrets superflus...
(Avec des sanglots.)
Je ne vous aime plus !... je ne vous aime plus !...
FLAVIGNAC, transporté de joie.
Vousm'aimez! vous m'aimez!... ces sanglots!... cefrontblêmo !
(La pressant sur son cœur.) Qu'on vienne me la prendre, à présent qu'elle m'aime!.. O monde, je suis prêt à lutter avec toi, Puisque aujourd'hui cet ange est revenu vers moi!...
HÉLÈNE, se dégageant lentement.
Monsieur .. dans tout ceci... vous oubliez... la femme!..,
FLAVIGNAC.
Oublions-la toujours, ô ma vie, ô mon âme! ^'êtes-vous pas la grâce avec la pureté ?... Que vous fait cette femme, en son obscurité? Elle est morte pour moi, quand je vous ai connue! Ce n'était pas l'amour, ô ma belle ingénue, Et vos grands yeux baissés, d'où tombe un feu si douv, ?.ront appris des ardeurs que je no dois qu'à vous ! Oh ! plus de pleurs jamais, plus de soucis moroses !
(roiiibanlà genoux.)
r.ràce, enfant!... Le pardon va bien aux lèvres roses! Ea'sserez-vous mourir cet homme abandonné? M'avez-vous entendu?... m'avez-vous pardonné? ..
M. DAUBRET, an fond, imitanl la voix il'Hélène cl sans se
nnonrner.
Oui!...
HÉLÈNE
Quel est cemot-là?... qu'avez-vous dit, mon père ?..
M. DAUBRET, se rclournanl cl p.isant son arrosoir à terre.
Moi?
FLAVIGNAC, à AI. Daaljrel, avec eiïusion.
Merci! grâce à vous, cotte union si chère...
IJ. DAUBRET, rinlerrompant.
Je n'ai rien dit du tout!
Mais...
M. DAUBRET.
Vous faites erreur)
(Monlranl le jardin.)
C'est très-sonore, ici.
(I)csignanl Hélène.)
C'est l'écho de son cœur.
(A Flavignac qui va vers lui pour lui serrer la main.)
Non, débrouillez d'abord ces affaires mêlées. Je viens, dans...
(Reprenant son arrosoir, il s'éloigne un peu, de fnçdii qu'il n'entend pas la fia de la scène.)
Trois œillets et quatre giroflées 1. .
FLAVIGNA C, à Hélène.
Eh bien, Hélène, eh bien? vous entendez sa voix!
(Souriant.)
Désobéirez-vous pour la première fois?,..
HÉLÎiNE, préoccupée.
Mais, monsieur, cette femme, elle est donc bien jolie...
FLAVIGNAC
Vous, redouter quelqu'un !... laissons cette folie !...
HÉLÈNE
Elle est jeune?
FLAVIGNAC.
Elle est vieille, auprès de vos seize ans !
HÉLÈNE
Un grand esprit, sans doute?...
FLAVIGiXAC, contrarié.
Ah ! vos mots sont blessants!...
HÉLÈNE
Non-seulement, j'ai peur !
FLAVIGNAC, avec force.
Dans mes bras enfermée.
Ne craignez, désormais, que d'être trop aimée! Je ne vous connais pas d'autre sujet d'effroi !
110 ACTE FV
J'y pense, elle a peut-être un plus beau nom que moi?.
Mon Dieu !...
HÉLÈNE
Voyons toujours !
S'il faut qu'on le décline. Peyron, nom de famille.
HÉLÈNE
Et l'autre ?
FLAVIGNAC.
Marceline !
H É L È NE, rêveuse.
Hélène, Marcelin(\ Ilélrne...
Enfant!... Eh bien?...
H É L È N E, nvcc une joie n;iïvc.
Tout pesé, Dieu mei't-i ! je préfère le mien.
(Fliiviguac souiii.)