‹ Hélène Peyron; drame en cinq actes, en versChapitre 48 sur 48 · SCÈNE V Les Précédents, HÉLÈNE, MADAÎNIE DAUBKEI · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les Précédents, HÉLÈNE, MADAÎNIE DAUBKEI

MARCELINE, sur le seuil.

HÉLÈNE

(Echevelée el s'élnnçanl vers Fl.ivignac, malgré madame Daubrcl qui veut la relrnir. )

Oh! taisez-vous, monsieur, vous insultez ma mère!

^ FLAVIGNAC, terrifié.

Sa mère!... votre mère?.. . elle divague aussi !... Quel vertige effrayant prend tout le monde ici?..

M. DAUBRET, hors do lui, cor.ranl à Hélène. ''

Va-t'en!...

(A sa femme el à Marceline.) - •

Tenez-la donc !...

M. DAUBRET, au désespoir, saisissant Hélène.

Elle a fui!...

FLAVIGNAC, avec un cri, apercevant Marceline.

HÉLÈNE, s'arrachant des bras de madame Daubrel. Oui, monsieur, oui, c'est elle !...

M. DAUBRET, très- agile.

Il convient qu'on termine...

HÉLÈNE

(I)'unevoix coupée d'abord par les sanglots, mais s'aninianl peu à peu.)

Laissez-moi!... si j'en meurs, que vous fait mon trépas? Je ne suis pas d'ici !... je ne vous connais pas!...

Je suis l'enfant sans nom que vous avez bannie !... Le remords qui gênait !... le passé qu'on renie!...

(Monlraril madame Daubrel. )

Sans cette dame-là qui m'a prise en pitié,

Mon père, avec dédain, me repoussait dupié !

Oh! laissez-moi!... chez-vous... ce n'est plus ma famille!

A quoi bon tout votre or! pour une pauvre fille! ..

Gardez-le. Si la vie à de trop lourds fardeaux,

On peut entrer, sans dot, au lit froid des tombeaux.

(Marceline cache sa lôle dans ses mains. Hélèiifl se tourne vers Flavignac.)

On vous trompait, monsieur; je ne suis rien, j'ai honte.

Bien souvent, écoutant les choses qu'on raconte

Sur ces proscrits du cœur, qu'abandonne la loi,

J'ai pleuré, songeant peu que je pleurais sur mol!...

Oh ! vous ne savez pas, j'ai fait un rêve étrange :

L'avenir se levait, dans l'azur sans mélange,

J'avais une maison souriante, j'avais

Un père qui disait : Ma fille!... et je pouvais.

Aux heures d'ennui vague, ou de peine éphémère.

Voir rayonner, sur moi, le front pur de ma mère!

Puis l'amour, un matin, chaste et tout parfumé

Me passa sur le front, comme un souffle de mai !...

Je connus le bonheur, dans le bonheur lui-même!...

Mais je ne sais comment, près de l'homme que j'aime,

Là, là, comme un fantôme apparut tout à coup

Une femme... ô mon Dieu!... qui se dresse debout...

Entre nous deux, voilà qu'elle s'avance!... l'ombre

De son bras étendu fait comme une nuit sombre !...

Tout tremble!... l'avenir croule sur le passé!...

Et, de ce noir chaos par sa haine amassé.

Elle me crie, avec une ironie amère :

Cet homme .. estmon amant!... etmoi... je suis ta mère!...

(Elle tombe évanouie sur le parquet. Mouvement général.)

MARCELINE

Grand Dieu!...

(Elle s'élance involonlalremciit et s'arrête à moitié route.) MADAME DAUBRET, soutenant Hélène.

Ma pauvre enfant!...

(Elle lui prodigue ses soins.) M. DAUBRET, à Flavignac.

Monsieur, vous comprenez L'implacable rigueur de ces faits combinés. Et vous appréciez ainsi qu'il le mérite Ce retour imprévu dont votre cœur s'irrite !... Vous sachant galant homme, et plein d'affection, Je ne redoute pas une indiscrétion; Séparons-nous, monsieur, sans discussions vaines..,

(D'un ton rêveur. )

Quelque chose conduit les volontés humaines !

HÉLÈiNE, revenant à elle, au moment où Flavignac va sortir.

Restez!... un mot encor! J'étais folle en entrant...

(Flavignac s'arrêlc.)

Le dernier cri qui monte aux lèvres d'un mourant. On l'écoute; est-ce trop, le peu que je réclame?... Comme je vous aimais, dans le fond de mon àme! .. Et comme j'arrangeais, pour nos cœurs apaisés, Un nid tout frissonnant d'ailes et de baisers ! Vous ne saurez jamais, vous que reprend le monde, Ce que j'osais rêver de tendresse profonde, Et quels purs dévoûments je gardais, ici-bas. Comme un manteau de pourpre à jeter sous vos pas. Puisque tout est perdu, je peux bien vous le dire! Adieu!

(Flavignac s'avance; clhî l'arrête ilii geste)

Qu'importe à vous cette enfant qui soupire?

Celle que vous aimiez, comme un fantôme a fui, C'est Hélène Peyron qu'on me nomme aujourd'hui !... Il faut bien que je parte où ma mère m'appelle!...

MARCELINE, (l'une voix Iremblante.

Votre mère est ici!...

(Elle désigne madame Daubrel.)

Restez, mademoiselle!

Vous pouvez m'écouter, sans vous tourner vers moi,

Je n'approcherai pas, ne craignez rien. Pourquoi

Quitter cette maison ?... Oh! je suis bien maudite !

Moi qui vous embrassais, quand vous étiez petite.

Et qui rêvai, quinze ans, avec des pleurs d'amour.

L'ineffable bonheur de vous parler un jour !...

Du premier mot, mon Dieu, voilà que je vous tue !

Oui, la fatalité sur moi s'est abattue.

Oublions-nous! restez!...

(Avec un grand cfTorl.)

Mon cœur s'est endurci...

Je ne vous connais pas... votre mère est ici !...

HÉLÈNE, repoussant tout le monde, avec des mouvements convulsifs.

Ma mère, ici?... jamais!... non!., non!... ce n'est pas elle!

(Elonnemenl général ; elle continue, comme hallucinée.) Au fond du couloir sombre où la lampe étincelle. Je la vois !... elle marche, au bruit des encensoirs. Blanche... et les yeux baissés, sous ses longs voiles noirs !... Là-bas... entendez-vous, comme le vent d'automne. Bourdonner, dans les airs, la cloche monotone?... C'est elle qui m'attend sous les pâles flambeaux, Où ma cellule est prête, à côté des tombeaux ! Ma mère!... me voilà!... j'obéis, sans murmure!... Mes cheveux tomberont comme une moisson mûre ! Et demain, pour toujours, je me verrai couvrir De la robe aux plis droits, qu'on garde pour mourir!...

134 HELENE l'EYUON

Durant les nuits criiiver, sur mon étroite couclie, Si quelque souvenir m'éveille... si ma bouche Jette un regret du monde à l'écho du saint lieu, La mère au front penché me dira : Priez Dieu!... J'abîmerai mon cœur dans les espoirs sans bornes î Je saurai le secret des sérénités mornes!... Et, frappant ma poitrine, aux marches de l'autel, J'oublierai mon amour en regardant le ciel!

M. D A U B R ET, liiv-cmu.

i\la fille!...

HÉLÈNE, alhiiil h lui, avec calme.

Adieu, mon père, adieu, je vous pardonne !

(S\uliess:^nl à Flavignac aiiéanli.)

Vous le voyez, monsieur, c'est le sort qui l'ordonne... Pensez à moi; là-bas, je prierai Dieu pour vous!...

(Allaiil à niail.inie Daiibrcl cl lui lentlaiU la main.)

Madame!...

(Klle se mel à gouoiix dcvanl rlle.)

Oh ! je voudrais embrasser vos genoux!

Vous seule avez pris soin de la pauvre orpheline... Adieu!... posez vos mains sur mon front qui s'incline!...

(Se relevant.)

Au gouffre de l'oubli, je tombe sans effroi... Mon cœur est mort !...

MARCELINE, ilu f"Mil, avec un grand sanglot,

i'itié!...

UÉLÈNE, se relonrnniil, et avec >in cri involontain-.

Ma mère! ..

(Marceline s'clanee, Hélùnc avec nnc pvaviié froiilc.)

Embrassez-moi...

(Marceline se préeipile clans ses bras,)

PQ Bouilhet, Louis

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