SCÈNE IV
M. DAUBRET, FLAVIGNAC.
FLAVIGNAC, saluant et tendant la main à M. Daubret. Monsieur...
M. DADBRET, avec force et sans prendre la main.
Monsieur!...
FLAVI GNAC, ébahi.
Je...
M. DADBRET, avec fureur.
Vous!...
FLAVIGNAC.
Mais...
M. DADBRET.
Plus d'affaires!
FLAVIGNAC, ouvrant de grands yeux.
Quoi?...
M. DAUBRET.
Ma fille!... entendez-vous?... ma fille! .. c'est ma fille!...
FLAVIGNAC.
Eh! bien, monsieur?...
Je suis un père de famille!.,.
FLAVIGNAC.
Parbleu!...
M. DAUBRET, étonné.
Vous le savez?...
FLAVIGNAC.
Comment?
M. DAUBRET, ciois.iiU ses braf.
C'est un peu fort !
• Moi, monsieur, ce matin, je l'ignorais encor!...
FLAVIGNAC, éclalanl lIo lire. Il pose son chapeau sur un meuble.
Ah! ah! mille pardons! je fais un pauvre sire... J'oublie, à chaque fois, que vous aimez à rire !
M. DAUBRET, avec feu.
Je ne ris pas!...
FLAVIGNAC, s'cfforçaal île prendre sou sérieux.
Ni moi!...
M. DAUBRET, exaspéré.
Je ne plaisante pas!...
FLAVIGNAC, gravement.
Fort bien!...
(A pan.)
Si je devine où je vais de ce pas!...
M. DAUBRET.
Mais comprenez-moi donc! Hélène, c'est ma fille...
FLAVIGNAC, feigiiaiil rélonnemenl.
Ciel!... et vous êtes, vous, un père de famille! .. Grand Dieu !... je vous pi-oinets (lue je n'en reviens point
M. DAUBRET.
Tout est fini pour vous, retenez bien ce point.
F I.AVIGN AC.
Quoi, tout?...
M. DAUBRET.
Le mariage.
FLAVIGNAC, vianl.
Encore!... je m'incline !...
Vous ne m'avez pas dit que c'était Marceline...
Marceline !
A quoi boni
FLAVIGNAC, lerrifié.
Oui, monsieur, vous ne l'avez pas dit!
FLAVIGNAC, avec slupéfaclion.
M. DAUBRET.
A quoi bon est d'un rude acabit !
Il demande : à quoi bon? maintenant!... c'est plus drôle!
FLAVIGNAC, impalienlé.
Sans doute. Assez, monsieur, si vous jouez vn rôle...
M. DAUBRET.
Eh ! morbleu ! je ne joue en aucune façon !
FLAVIGNAC, liaiissant les épaules.
D'accord, je saurai bien me mettre à l'unisson ; Votre cri : C'est ma fille! est d'un effet qui charme...
M. DAUBRET, revenant à lui.
Ma fille?... ai-je parlé? volts faites-vous une arme D'un mot qui m'est parti, je ne sais trop pourquoi ? Ne croyez pas!... mon Dieu !... dans un pareil émoi, On dit ceci, cela... j'ai la tête perdue!...
FLAVIGNAC.
Quel sujet?...
M. DAUBRET.
Simplement votre conduite indue!...
Un scandale effrayant, dans ma position !
FLAVIGNAC
c'est un peu tard, monsieur, pour la réflexion ! Je connais, là-dessus, toutes vos éloquences. Vous saviez l'incident...
M. DAUBRET
Sait-on les conséquences ?. . .
FLAVIGNAC.
Quoi donc?...
M. DAUBRET.
J'ai cru d'abord, mais on n'y voit pas clair 1 Que c'était seulement une amourette en l'air!...
FLAVIGNAC.
Eh bien?...
M. DAUBRET, trépignant.
Si j'avais SU le nom do Marceline!...
FLAVIGNAC.
Marceline ou Gotlion, c'est tout un, j'imagine?...
M. DAUBRET.
Non, monsieur ! nçn, cent fois!... pas cette femme-là!... C'est monstrueux, vous dis-jc !...
FLAVIGNAC, avec ivonip.
* Eh ! peste!... vous voilà Rigoriste!...
M. DAUBRET.
Je suis comme il me convient d'être 1 Hélène, à vous?... jamais'.., cela se peut connaître... C'est à mourir de honte!...
FLAVIGNAC, furieux et prenant son chapeau.
Arrêtez votre essor !...
.l'ai pu croire, en entrant, qu'on plaisantait encor. Mais vous en dites plus que je n'en veux entendre! A de tels procédés quand je vous vois descendre, Jugeant à sa valeur ce grotesque courroux. C'est moi, monsieur, qui sens mon front rougir pour vous!
Il vous vient, juste ù, point, la pensée opportune De vous débarrasser d'un gendre sans fortune. Mais vous oubliez trop qu'au début du chemin, Vous m'avez forcé l'âme et conduit par la main ; Aujourd'hui que ce sein ne bat plus que pour elle, Est-il temps de me faire une sotte querelle? Et pensez-vous, bonhomme, avec vos airs vainqueurs, Qu'on peut impunément se jouer de deux cœurs ?
(Geste (le M. Daubrcl.)
Moi qui, jetant à bas votre masque hypocrite, Me moque des gros sous qui font votre mérite, J'aurais le droit, sachant la distance entre nous, De vous faire, à mes pieds, tomber sur vos genoux!
(M. Dauhret est allcrré.)
Oh! rendez grâce au ciel qui permettra, j'espère. Que dans l'homme sans foi, je ménage le père, Et que ma dignité se contente à ce prix De joindre à vos remords le poids de mon mépris ! . •
M. DAUBRET, d'une voix élranglée.
Monsieur!...
FLAVIGNAC, sans l'écouler.
Je pars, du moins, en vous laissant entendre Qu'on n'est pas dupe, au fond, de votre amitié tendre ; Quelque profit nouveau vous pousse à chicaner Ce qu'un, autre intérêt vous avait fait donner! Allez donc, maintenant, payer la femme immonde Qui travailla, pour vous, dans cette œuvre profonde!..
(Hélène paraît à la porte de droite sans être vue de Flavignac.)
Marceline est en veine, et, sans transition. Monte de la débauche à la délation, Elle a su dépasser l'infamie ordinaire!...
130 HÉLÈNE PEÏROIN