SCENE IV
MARTHE
Enfin!... Il est vraiment malaisé de se trouver seuls avec toi !
GUSTAVE
Depuis ce matin, nous commencions à craindre que notre voyage ne fût inutile.
HELENE
Inutile, pourquoi? Je suis si contente d'avoir reçu votre visite.
MARTHE
Nous aussi, ma chère Hélène, nous sommes heureux de t'avoir revue. Tu as l'air si satisfaite, tu as repris une belle gaîté, nous t'avons trouvée toute transformée : n'est-ce pas, Gustave?
GUSTAVE
Il est sûr qu'un séjour de deux mois à la campagne vous aura fait le plus grand bien. Nous nous en réjouissons avec vous. Mais, maintenant vous voilà réconfortée et calme : quand revenez-vous à Paris?
HÉLÈNE
Ne connaissez-vous pas mes intentions?... J'ai écrit à M. Pradier.
GUSTAVE René nous l'a dit. Vous voulez la rupture déii-
nitive. Il a eu beau vous supplier; vous ne lui avez pas répondu.
HÉLÈNE
Je suis lasse de discuter. J'ai trop souffert là bas; je n'y retournerai jamais.
^L\RTHE
Tu t'exagères peut-être les choses. Réfléchis. Ton mari est désolé de ton départ ; tu ne peux pas douter de son affection. Ne t'obstine pas.
HÉLÈNE
J'ignore s'il est désolé ! Je ne m'en occupe pas. Que n'a-t-il été prévoyant? Il ne tenait qu'à lui d'empêcher ce qui s'est produit. Quant à moi, je ne l'aime plus.
x^L\RTHE
Crois-tu? On se dit cela, puis, un beau jour, les regrets viennent...
GUSTAVE
On n'a pas vécu impunément ensemble durant dix ans.
HÉLÈNE
Il est inutile d'insister. Je ne reprendrai pas l'existence d'il y a deux mois.
GUSTAVE
Laissez-nous démontrer que vous avez tort. Tenez, l'heure presse, vos amis reviennent, nous allons partir... Permettez, je vous en conjure, au nom de votre amitié pour nous, qui vous en supplions, souffrez que René lui-même plaide sa cause auprès de vous. Il est plein de désespoir et de repentir. Il saura vous fléchir; vous...
HELENE
Je ne veux pas. Jamais! Déjà, une fois, il m'a demandée ici...
GUSTAVE Et vous ne l'avez pas reçu. Je sais...
MARTHE
Aussi, nous a-t-il priés d'intervenir en sa faveur et de lui obtenir une audience !
GUSTAVE
Il nous attend même à la gare, où nous lui communiquerons votre réponse.
HÉLÈN^E A la gare, ici ! Il a l'audace...
GUSTAVE Il est impatient de savoir ce que vous déciderez.
HÉLÈNE Je ne le verrai pas. Ses démarches sont superflues.
MARTHE Ma bonne Hélène...
HÉLÈNE
Je regrette que vous vous soyez chargés de cette mission. Je ne vous en garde pas rancune, mais j'aurais préféré que vous m'eussiez comprise assez pour ne pas l'accepter.
GUSTAVE Mais pourtant, Hélène, s'il se présentait ici...
HÉLÈNE Je ne le recevrais pas. Je ne veux pas le voir.