SCÈNE XII
Mnie DELA VAUX, HÉLÈNE
Mme DELA VAUX Il était temps ! J'ai à te parler, Hélène.
HÉLÈNE Me voici, ma chère Louise. Qu as-tu à me dire?
Mme DELA VAUX
Prépare-toi à un devoir pénible, le plus pénible !... Je suis navrée de te causer une souffrance encore. Il le faut cependant... il le faut.
HÉLÈNE Que me dis-tu !
Mme DELA VAUX Je n'aperçois pas d'autre ressource. Ma pauvre
Hélène, je ne puis pas te garder chez moi. Rentre auprès de ton mari.
HÉLÈNE Louise !
Mme DELAVAUX
Daniel m'a tout répété. Je te plains ! Si je pouvais, je te viendrais en aide... Mais sacrifier l'avenir de Daniel!... Toi, ne seras-tu pas raisonnable? La vie n'est jamais ce qu'on en espère à vingt ans. Résignetoi. Pradier te témoignera de la gratitude. Ecris-lui. Il se souviendra de ce temps d'épreuve. Il deviendra meilleur époux, il t'aime... à sa façon, c'est vrai! pas à celle que tu rêves! Mais, telle est la vie, elle n'est faite que de renonciations successives. Incline-toi.
Jamais je ne pourrai.
Mme DELAVAUX
Et comment l'éviter? Seras-tu la femme fatale qui soulève où elle passe des passions sans espoir? Hélène! j'en appelle à ton honneur!... Tune saurais vivre sans personne; la solitude...
HÉLÈNE Retourner là,... moi ! oh!
HÉLÈNE PRADIER io5
Mme DELAVA UX
Ne sois pas une enfant, Hélène! Ton mari vaut la plupart des hommes. Il est indulgent et facile, songes-y, et il t'aime. S il ne t'assure pas le bonheur, n'est-ce pas à un foyer régulier que tu rencontreras, du moins, une tranquillité durable? Et n'est-ce rien, même dans le malheur, de ne pas entraver enfin le bonheur des autres ?
HÉLÈNE
Ecoute, Louise, écoute. Il n'est donc pas un refuge! Il n'est donc pas une protection ! Je n'ai pas cherché à être aimée, enfin! et lui m'aime-t-il, Daniel? qui le sait?
Mme DELAVAUX
Daniel est très jeune; il est inexpérimenté. Lucie et moi, il n'a pas jusqu'ici connu d'autre femme. Tu as été la première ; comment s'étonner?
HÉLÈNE
Hélas! victime partout, toujours! Pas de refuge!
Hélène, je t'en conjure!
HÉLÈNE Ah! Louise!... Tu avais été bonne pour moi, tu
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as accueilli mon infortune,... et tu me repousses dans la fange!
Mme DELAVAUX
due puis- je faire?
HÉLÈNE
Je te sens aussi attristée que moi-même! Va, je me soumets. Ah! pourquoi l'humeur d'un enfant...? Et il taudra... Je ne pourrai jamais... Je tâcherai, je te promets... Ah! cette lettre! Cette lettre!... Eh bien, plus tard, ce soir, oui, il va falloir écrire! J'aurai la force... A mon... mari! Dieu!
(Elle sort)