RENÉ PRADIER, GUSTAVE DUMONT MARTHE DUMONT
MARTHE {entrant)
Vous ici!... Hélène se porte bien? Quand la verrons -nous ?
RENÉ Elle compte venir vous voir aujourd'hui même.
MARTHE
Aujourd'hui!.., Et il faut que je sorte... C'est ennuyeux. Voilà bien ma chance.
RENÉ Elle sera aussi ennuyée que vous.
MARTHE
Sans doute. Mais je me dépêcherai. Au revoir, René. Si elle arrive avant mon retour, retenez la, n'est-ce pas?... Je serai ici dans une heure au plus.
RENE
Je m'en vais aussi. Il faut que j'aille à la Chambre... Lemusat interpelle.
GUSTAVE Comment! C'est aujourd'hui?
RENÉ
Oui, accompagne-moi, veux-tu? Ce sera chaud. Tu t'amuseras.
Impossible. Je n'avais pas prévu. Le temps me manque.
MARTHE
Et puis, qui me retiendrait Hélène, si Gustave n'était pas là? Savez-vous ce que vous devriez faire? Dînez tous les deux avec nous ce soir; nous serons seuls, ce sera charmant.
GUSTAVE Excellente idée, ma chère ! Est-ce entendu ?
RENÉ
Ma foi! si Hélène ne s'y oppose pas, j'accepte bien volontiers.
MARTHE
Oh ! je réponds d'elle, et plutôt que de vous. Votre damnée politique vous absorbe à un point...
GUSTAVE Elle a raison. Tu négliges un peu tes amis.
RENÉ
Moi? Foi d'honnête homme, je ne sais ce que tu veux dire...
MARTHE Oh! oh! pas plus tard que jeudi dernier...
RENÉ Quoi donc?
Ne faites pas l'innocent.
Ta femme était réellement inquiète. Toute la soirée elle t'a attendu.
RENÉ
Pardon. Nous avions je ne sais quelle conférence entre tous les collaborateurs du futur ministère Lemusat.
GUSTAVE Tu en seras?
RENÉ
Sans doute. C'est bien le moins. Nous prenions les plus graves dispositions. Demain le Cabinet aura démissionné, et alors...
MARTHE Alors, on ne vous verra plus jamais?
RENÉ
Plus que jamais, au contraire. La place conquise, il faudra se distraire, on aura du temps de reste. Mais jeudi, je vous assure, nous dînions au Café de Paris.
MARTHE Oui, toujours au cabaret.
RENÉ
Entre hommes graves uniquement. Où est le mal?
GUSTAVE Il faudrait voir...
xMARTHE
Le mal est que vos femmes doivent patienter, pen-
HÉLÈNE PRADIER l3
dant ce temps, et que vous les abandonnez tout à fait, Messieurs.
RENÉ Vous exagérez.
GUSTAVE Les devoirs de la vie publique, tu comprends...
iMARTHE
. ■ L'obligent à délaisser Hélène bien souvent! Vous voilà bien, tous les mêmes, les hommes.
RENÉ Je proteste.
GUSTAVE
Et moi donc ! Quand t'ai-je abandonnée? De qaoi vas- tu te plaindre?
RENÉ
Toutes les mêmes, aussi, les femmes!
MARTHE
Oh! si vous abordez le chapitre femmes, adieu! Gros Gustave, soit, je te pardonne, embrasse-moi, là, c'est cela. Assez, assez. Retiens mon Hélène, sois galant, fais-lui la cour. Pas trop, par exemple. De
quoi rendre René jaloux, tout juste... Qu'elle ne s'ennuie pas à m'attendre. Et n'oubliez pas! à ce soir, René, n'est-ce pas?
RENÉ
Je serai exact.
MARTHE
Au revoir.
{Elle sort.)