‹ Hélène PradierChapitre 25 sur 28 · SCÈNE V Les mêmes, moins DANIEL · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les mêmes, moins DANIEL

LEMUSAT Serait-il sot?

RENE

Une situation si belle comme début! Il aurait atteint aux plus hautes fonctions.

GUSTAVE

Secrétaire particulier d'un ministre à vingt-deux ans!

RENÉ Député bientôt, ou conseiller d'Etat ; que sais-je?

GUSTAVE

Avec la fortune qu'il a !

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RENÉ On exagère peut-être...

GUSTAVE

Il n'est pas dans la misère, voyons ! Ces terres en Tunisie, cette propriété superbe auprès de Paris...

RENÉ

Mme Delavaux n'était pas sans dot.

GUSTAVE

Et le père a laissé à chacun des enfants pas mal de bel argent liquide ! Il aurait eu la plus brillante carrière...

RENÉ Et ce blanc-bec se dérobe!

LE -M USAT

Sa mère sera navrée. Elle l'idolâtre; comment vivra-t-elle sans lui ?

RENÉ Et tout cela pour une amourette I

MARTHE Une amourette, vous croyez, M. Daniel?

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RENE

Dame! quel autre motif? A son âge on ne désire pas l'isolement.

On se mêle à la vie avec ardeur ; on y prend part, on prétend la dominer, la diriger, que sais-je? Une force d'illusion singulière transporte; on suit mille impulsions; on est dans le délire...

MARTHE M, Daniel est un sage!

LEMUSAT Peut-on, si tôt, être désabusé?

RENÉ

C'est un petit sot !

HÉLÈNE Oh! non, c'est une conscience!

AL\RTHE \bas) Hélène, de la prudence.

LEMUSAT

Enfin, vous m'êtes témoin que j'ai tout fait pour le décider. Ce n'est pas ma faute si je n'ai pas réussi!

HÉLÈNE PRADIER iSj

RENÉ Vous y avez mis une patience!...

LEMUSAT

S'il revient à de meilleurs sentiments, il sera toujours le bienvenu.

RENÉ

Vous êtes trop bon! Mais occupons-nous de choses utiles : êtes-vous vraiment sur du général Lacroix de Vauxgaillard? Je conserve des doutes...

Sur ses opinions? Je tiens de source certaine qu'il est prêt à tout sacrifier pour entrer au Conseil supérieur de la Guerre. Quand il sera resté ministre quelques mois...

GUSTAVE

On lui devra une compensation, c'est clair. Vous l'avez à votre merci.

RENÉ Je me rends donc. Et tous les autres?

LEMUSAT

Sûrs! Vous les verrez demain. C'est chose faite. Une fois le Cabinet par terre, nous serons prêts pour le

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remplacer aussitôt. Le décret est là dans ma serviette; avant vingt-quatre heures, il sera signé. Cette rapidité produira son bon effet! Résumons : moi, président du Conseil, ministre de l'Intérieur...

GUSTAVE Fanau à la Justice...

RENÉ

Je l'aurais mis aux Travaux publics, et Berneuf aux Sceaux.

LEMUSAT

L'essentiel est d'avoir leurs noms. Ils s'arrangeront entre eux. Ça m'est égal.

RENÉ Ils tiendront à la Justice, l'un. et l'autre.

Ils tiendront avant tout à être ministres. Ils disposent, à eux deux, de cinquante voix environ. Ils sont incompétents d'ailleurs dans les deux matières. Leurs titres sont égaux et leurs ambitions égales. Ils se mettront d'accord.

GUSTAVE

Espérons-le.

HÉLÈNE PRADTER iSg

RENÉ

Avec Perdurier, à l'Instruction, il nous faudra compter par exemple ! Ne lui rien céder sans qu'il ait accordé au groupe un avantage équivalent. C'est un malin.

HÉLÈNE Jolis marchandages i

RENÉ

C'est toute la politique, chère amie. Vous vous en accommoderez forcément, puisque nous voilà ministres...

HÉLÈNE Ah ! et où vous installe-t-on?

RENÉ Aux finances parbleu !

HÉLÈNE

Vous m'avez mille fois répété que vous n'y entendez rien!

RENÉ

Ça, nous verrons! — Et puis Gustave me prêtera ses lumières. Vous-même ne contestez pas ses talents...

HÉLÈNE Que ne lui cédez-vous la place?

GUSTAVE

Merci! Je n'en veux pas Je ne suis pas homme d'Etat! pas même député ! Défendre mes idées devant les bandes de forcenés qu'on appelle députés ou sénateurs, je n'y tiens guère. Le sort des dompteurs de bêtes fauves ne m'inspire aucune envie.

MARTHE Tu seras décoré, j'espère?

LEMUSAT

C'est bien le moins.

MARTHE Bon cela ! Tu me feras honneur.

LExMUSAT

Et toi, ma nièce, tu ne dis rien : es-tu satisfaite? Voilà ton mari ministre.

HÉLÈNE

Oh ! mon oncle ! Toutes ces manigances me répugnent. Je n'y entends rien. La vie paisible ne doit se trouver qu'aux déserts.

GUSTAVE Confer le jeune Delavaux.

MARTHE {bas) Prends garde, Gustave; tais-toi!

HÉLÈNE

Le jeune Delavaux ! Eh ! oui î Est-ce sa jeunesse qui le préserve? Ou me trompé-je sur sa nature? C'est le seul honnête homme que j'aie rencontré!

GUSTAVE Peste, le bel accès de pessimisme, ma chère!

HÉLÈNE De clairvoyance !

.\L\RTHE (bas)

Oh : Hélène, Hélène, sois prudente : il s'y mêle bien un peu d'amour!

HÉLÈNE

Au reste, pensez ce que vous voudrez. Je ne trempe pas dans vos petites saletés ambitieuses. Je refuse d'entrer au ministère.

RENÉ Ce n'est pas vous; c'est moi !

HÉLÈxNE

Oui ! et je vous en abandonne le plaisir et l'orgueil ! Soyez tranquille, je ne vous les envierai pas. Pendant le temps de votre grandeur, je me retirerai seule, à la campagne.

LEMUSAT Encore! c'est une manie.

RENÉ Hélène, Hélène, vous n'y pensez pas !

J'y suis, au contraire, sérieusement résolue.

GUSTAVE

Allez-vous vous chamailler? Un ménage à peine rétabli; la nouvelle lune de miel... Mais quand vous serez seuls, tout s'arrangera sans peine. Prépare-toi, Marthe; nous rentrons chez nous.

MARTHE Il serait mieux...

GUSTAVE

Ma foi, j'en ai assez de leurs querelles. Je ne m'occupe plus de leurs affaires. Bon courage, René, et sois ferme ! A demain !

HÉLÈNE Au revoir, chérie!

:\L\RTHE

Au revoir!... N'écoute pas trop les élans de ton cœur.

HÉLÈNE Je sais ce que je fais. A bientôt.

{Sortejît Gustave et Marthe Diimont.)

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